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Rendez-vous européen : Giovanni Scognamillo, héritier de l’Istanbul cosmopolite

mercredi 23 février 2005, par Nicolas Cheviron

AFP - 23/02/2005

Bien malin qui pourra démêler l’écheveau embrouillé des origines de Giovanni Scognamillo, vénérable vieillard qui, après plus de 70 ans passés à Istanbul, dit « nous » quand il parle des Turcs, se revendique de « sujétion italienne » mais a appris le français et le grec avant la langue de Dante.

Le vieil homme est le plus souvent classé dans la catégorie floue et bien commode des « Levantins » -« celle des types qui ne sont ni occidentaux ni orientaux et qu’on a tendance à regarder comme des gens à qui il ne faut pas se fier », résume l’intéressé.

Plus académiquement, sont considérés comme Levantins les catholiques romains -plus rarement les protestants- nés et vivant sur le sol turc, soit une communauté réduite aujourd’hui à quelques centaines d’âmes mais qui, des siècles durant, a fait office de passeur entre l’Empire ottoman et l’Europe.

« Les plus anciennes familles remontent à Constantinople », l’Istanbul d’avant la conquête par les Turcs, en 1453, complète M. Scognamillo. « Les Levantins sont pour l’essentiel d’origine italienne, avec quelques exemplaires maltais ou anglais (...) Ce qui complique l’affaire, c’est les mélanges, avec les Grecs, parfois les Turcs ».

Agé de 76 ans, ce petit-fils d’un cuisinier napolitain émigré en Turquie au milieu du XIXe siècle et d’une Italienne des îles grecques du Dodécanèse a connu les derniers feux de l’Istanbul cosmopolite, entichée d’Europe, où prospérait sa communauté.

« Quand j’étais gosse, il y avait quatre journaux en français, qui était la langue du quartier de Beyoglu, d’où est partie l’occidentalisation de la Turquie », se souvient-il. « Le théâtre, le cinéma, la musique classique, la prostitution à l’européenne, les bars, tout est passé par Beyoglu ».

Le jeune Scognamillo, qui parlait le français et le grec en famille -il apprendra l’italien à l’école, puis l’anglais et l’espagnol-, a d’ailleurs débuté sa carrière tumultueuse en écrivant, à l’instar de plusieurs autres Levantins, dans un quotidien francophone, le « Journal d’Orient ».

Successivement libraire, décorateur, employé de banque, journaliste, ce touche à tout a perpétué la tradition de pont entre les cultures à travers ses deux passions, le cinéma et l’écriture.

« J’ai travaillé comme assistant réalisateur pour plusieurs productions européennes tournées à Istanbul, dont la plupart ont été complètement oubliées depuis, comme ’Golden Horn’, du réalisateur de films trash Jesus Franco, ou ’Coplan à Istanbul’, un film d’espionnage franco-italien », raconte-t-il.

Trois ans durant, cet expert en films de genre -il a notamment commis deux anthologies monumentales sur les cinémas fantastique et érotique turcs- a également essayé, sans grand succès, de vendre des vidéos de films turcs à Londres.

Auteur de plus de cinquante romans et essais, Giovanni Scognamillo se targue par ailleurs d’être « le seul écrivain étranger de langue turque ».

Le titre paraît cependant quelque peu usurpé pour celui que les membres de la communauté italienne surnomment « il Turcho » et qui, s’il a choisi de conserver le passeport transalpin parce qu’il « n’aime pas l’idée de changer de nationalité ou de religion », avoue avoir largement rompu avec l’Italie.

« Je me sens encore un peu Italien, parfois », concède le vieil homme, dont les enfants ont choisi, comme de nombreux descendants de Levantins, de s’installer en Italie et en Grèce, mais qui se considère comme « un exemple rare » d’intégration à la société turque.
De ses multiples identités, c’est au bout du compte celle de citoyen européen que Giovanni Scognamillo préfère retenir.

« Avant tout, je suis Européen, c’est ma culture de base », conclut-il, avant d’affirmer sa conviction de l’appartenance de la Turquie au Vieux continent « depuis l’empire ottoman » et « la nécessité de l’intégrer à l’Union européenne pour permettre (à celle-ci) de dépasser ses horizons de club chrétien ».

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