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Le malaise des jeunes Turcs

samedi 30 octobre 2004, par Marika Mathieu

Le Parisien - 24/10/2004

COMME tous les dimanches, boulevard Magenta, à Paris (X e ), la musique résonne dans les locaux de l’Association des citoyens d’origine turque (Acort). Ils sont là une trentaine, entre 15 et 25 ans. Ils se retrouvent pour danser, organiser un soutien scolaire ou bien... discuter. Et discuter de quoi ? De l’adhésion de la Turquie à l’Europe, bien sûr. Coordinateur général de l’association, Umit Metin donne le ton : « Ça va trop loin. C’est choquant d’observer la montée du rejet et même du racisme vis-à-vis d’un pays et d’une communauté alors qu’on aspire à l’intégration et à l’ouverture. »

« Qui sait que le voile est interdit dans les écoles publiques turques ? » Les jeunes, moins virulents, tombent d’accord, eux, pour dénoncer « une polémique où l’on mélange tout ». Beaucoup se sentent blessés, un peu perdus aussi. Ozman : « C’est toujours une question de religion, quoi qu’on en dise. » Deniz : « Le débat sur la Turquie tombe vraiment mal. Tout le monde pense que l’islam, c’est le terrorisme et l’oppression. Qui sait, par exemple, que le voile est interdit dans les écoles publiques turques ? » Il est alors question de ce sondage où 75 % des personnes interrogées se disent défavorables à l’adhésion de la Turquie. La réaction est unanime : « Mais ils nous connaissent d’où, ces 75 % ? » « C’est vrai que l’image de la communauté turque de France n’est pas bonne, nuance Engin. On semble très resserré sur nous-mêmes. Nos familles ont peur que les traditions se perdent. Il faudrait qu’on soit plus turc que les Turcs. »

Professeur de folklore, Erkan, en France depuis six ans, décrit alors la jeunesse des grandes villes de Turquie : « Elle est tellement plus ouverte et à l’aise que ce qu’on en voit et dit en France. Sur la religion notamment, mais aussi sur l’avenir. » Osman intervient : « Oui, mais ici la Turquie nous a oubliés ! Nous sommes 400 000 en France, et on ne parle jamais de nous. » Deniz : « La Turquie a du retard pour aider son pays à se faire connaître. » Peu à peu, on en vient à ce que l’Europe « attend vraiment », et sur la signification exacte de ses exigences. Certains s’échauffent : « Ils ont la trouille, ou bien ils se moquent de nous. » Erkan évoque le risque d’une « radicalisation possible » des esprits : « La Turquie progresse vite. Elle ne va pas subir éternellement le jugement moral de l’Union qui lui propose de devenir un partenaire privilégié, alors qu’elle l’est déjà. L’Asie et le Moyen-Orient nous tendent les bras. » Deniz tempère : « On veut une Europe multiculturelle, mais elle ne désire peut-être pas l’être... »

A l’idée d’un échec de l’adhésion, un certain dépit est perceptible : « Je ne chercherais même pas à comprendre, je serais dégoûtée », confie Dilan, une lycéenne de 15 ans. Erkan, le professeur, choisit, lui, de rester confiant : « Il faudrait un débat plus serein. Le processus sera long. J’espère que, d’ici là, la voix de certains partis - plus chrétiens que laïcs - ne va pas devenir la pensée unique des Français. » Solmaz est étudiante en licence d’histoire : « Je suis Européenne car je vis en française. Je suis également Turque, mais aussi Kurde. Et jusqu’à preuve du contraire, je ne dénature l’esprit de personne. »

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