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Rencontre entre historiens turcs et arméniens

vendredi 17 mars 2006, par AFP, Ismail Saymaz

© Radikal, le 17/03/2006

© AFP, le 16/03/2006

© Crédits photo : Bünyamin Aygün

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ISTANBUL, 17 mars 2006 (Radikal) - Par Ismaïl Saymaz

C’est une initiative positive qui devait être lancée hier lors du second jour d’une conférence organisée par l’Université d’Istanbul sur « les nouvelles approches dans les relations turco-arméniennes » : la décision a été prise d’instituer une commission commune rassemblant les historiens défenseurs des thèses arméniennes et turques.

Le président de l’institut pour l’histoire turque, Yusuf Halaçoglu devait proposer à M. Ara Sarafian, président du Comité Komitas basé à Londres, de constituer une commission composée d’historiens turcs et arméniens et chargée d’étudier les pertes turques et arméniennes de cette époque comme de déterminer le destin des Arméniens de l’Empire ottoman en 1915 et au-delà. M. Halaçoglu a indiqué par la suite que M. Sarafian allait rencontrer des historiens arméniens et qu’ils allaient �uvrer à la constitution de cette commission [...].


ISTANBUL, 16 mars 2006 (AFP) - Un premier pas timide vers le dialogue a été franchi par les milieux académiques turcs les plus hostiles à la définition des massacres d’Arméniens de 1915-16 comme un « génocide », avec la tenue d’une conférence laissant une place aux vues de chercheurs étrangers.
Organisée par l’université publique d’Istanbul, la rencontre, qui s’est ouverte mercredi et doit se poursuivre jusqu’à vendredi, est numériquement dominée par les tenants de la position officielle de l’Etat turc, admettant l’existence de massacres d’Arméniens sous l’empire ottoman mais récusant le terme de « génocide ».
A son premier jour, on y a ainsi abondamment évoqué « les vrais responsables » supposés des massacres, à savoir, selon l’historien turc Mehmet Saray, « les Etats impérialistes russe, français et britannique, qui voulaient se partager l’empire ottoman et ont encouragé le nationalisme arménien ».

On y a aussi contesté le bilan des victimes -1,5 million- avancé par les historiens arméniens, y opposant les nombreuses pertes turques, un contexte de révoltes arméniennes qui soutenaient les armées russes en guerre contre l’empire ottoman, et dénonçant la « propagande » arménienne et occidentale.

Des opinions discordantes, émises par certains chercheurs étrangers -une douzaine sur quelque 70 intervenants- se sont néanmoins faites entendre.
Détaillant les références aux massacres d’Arméniens puisées dans les archives de la communauté juive de Palestine au temps de la domination ottomane, le chercheur israélien Yaïr Auron a ainsi évoqué sans ambages un « génocide » et appelé les Turcs à s’interroger sur leur histoire.
« Toutes les sociétés civiles doivent faire face à leur passé, notamment les pages sombres de ce passé », a-t-il affirmé devant une assistance fournie.
« Il n’y a pas de vrai dialogue sur la base de ces interventions », a commenté pour l’AFP l’historien britannique d’origine arménienne Ara Sarafian, qui n’en a pas moins qualifié la conférence de « premier pas important ».
« Nous sommes capables de nous retrouver sous un même toit pour exprimer nos opinions plutôt que de rester à l’extérieur et de nous crier dessus : c’est un changement fondamental », a-t-il assuré, estimant qu’il était indispensable de « donner aux autorités turques l’opportunité d’entamer le dialogue ».

L’universitaire s’est également réjoui d’avoir pu présenter, aux côtés d’une abondante littérature turque sur les massacres, des livres exposant les thèses arméniennes, qui, selon lui, « apparaissent ainsi pour la première fois en Turquie ».
M. Sarafian a néanmoins regretté l’absence de la quasi-totalité des intervenants à une conférence d’intellectuels turcs critiques de la position officielle organisée en septembre, qui avait contribué à une relative décrispation sur ce sujet longtemps resté tabou en Turquie, évoquant leur crainte d’être « utilisés par l’establishment nationaliste ».
Interrogé mardi par l’AFP, l’historien Edhem Eldem, qui avait participé à la conférence de septembre, a estimé que le forum organisé par l’université d’Istanbul était une « riposte » à cette percée d’opinions divergentes, « une façon pour les historiens qui se sentent proches des milieux d’Etat de remettre les pendules à l’heure ».
Le scientifique a toutefois qualifié de « positive » la mise en présence de chercheurs d’horizons divers.
« Le fait qu’ils aient invité des gens qui ne sont pas du même avis qu’eux est un point important : ils sentent qu’ils ne peuvent plus jouer cette partie seuls », a-t-il déclaré.

nc/sf/jr

AFP 16/03/06

© Radikal, le 17/03/2006

© AFP, le 16/03/2006

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