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La question chypriote continue d’envenimer le dialogue entre Bruxelles et Ankara

jeudi 28 juillet 2005, par Marie-Michèle Martinet

Le Figaro - 28/07/2005

Istanbul : La rencontre hier, à Londres, entre le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, et son homologue britannique, Tony Blair, n’a pas permis de préciser les conditions posées par Ankara pour la signature, très attendue, de l’extension de l’accord d’union douanière. Cette étape est pourtant considérée par Bruxelles comme une condition sine qua non de l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie en octobre prochain.

Lundi, on annonçait une signature imminente. Mardi, elle était déjà moins sûre, avant, mercredi, d’être repoussée à une date ultérieure. La question était alors posée : la Turquie signerait-elle ce protocole d’extension de l’union douanière ? Ou tenterait-elle jusqu’au bout de trouver une échappatoire ? Hier matin, le quotidien turc Turkish Daily News, publié en anglais, résumait la situation en deux mots, qualifiant ironiquement ce feuilleton à rebondissements de « saga du protocole ».

On s’était pourtant pris à rêver d’un dénouement rapide, qui aurait comblé d’aise les Britanniques, fervents partisans de la candidature turque. Pourtant, le chef de la diplomatie turque, Abdullah Gül, avait prévenu, à l’occasion des cérémonies d’anniversaire de l’intervention militaire turque à Chypre, le 20 juillet 1974 : « Il n’y a aucune raison d’espérer que la Turquie fasse de grandes concessions à l’Europe », avait-il précisé.

Le protocole d’extension de l’accord d’union douanière fait incontestablement partie de ces grandes concessions. La signature de ce texte élargissant l’accord aux dix nouveaux pays membres de l’Union, dont la république de Chypre, non reconnue par Ankara, obligerait la Turquie, du moins dans les faits, à reconsidérer sa position, notamment en autorisant l’accès de ses ports aux navires chypriotes grecs qui, à ce jour, y sont toujours persona non grata.

La question chypriote complique donc encore une fois le dialogue entre l’Europe et la Turquie, même si de nombreux signes montrent bien que, sur l’île, les relations entre les deux communautés ont déjà beaucoup évolué. Evénement symbolique : pour la première fois depuis trente ans, une compagnie aérienne privée d’Azerbaïdjan devait effectuer hier soir un vol commercial direct depuis Bakou jusqu’au nord de l’île, qui ne bénéficie à ce jour d’aucune existence légale aux yeux de la communauté internationale. Pour la première fois également depuis 1974, des footballeurs des deux communautés se sont rencontrés dimanche dernier autour d’un même ballon, à Nicosie. Cela n’empêche pas les dirigeants des deux communautés de camper toujours sur leurs positions, même si chacun aurait sans doute intérêt à trouver une solution.

A plusieurs reprises, les responsables de l’Union européenne ont assuré que la signature du protocole par la Turquie ne vaudrait pas reconnaissance de la république de Chypre, mais ils ont cependant prévenu qu’un éventuel refus poserait des problèmes. Depuis plusieurs mois, les dirigeants turcs réfléchissent donc à la solution qui leur permettrait de donner satisfaction à Bruxelles sans modifier leur position vis-à-vis de la république de Chypre. Surtout, Ankara ne veut pas perdre la face : « Il n’y aura pas de changement de position sur la question de la reconnaissance de Chypre tant qu’il n’y aura pas d’accord », a menacé hier Recep Tayyip Erdogan à l’issue de son entrevue avec Tony Blair.

Cette position intransigeante comporte cependant certains risques. Si, comme on leur en prête l’intention, les diplomates turcs assortissent leur signature d’un trop grand nombre de restrictions, leurs interlocuteurs bruxellois pourraient à leur tour jouer le blocage. La Turquie doit demeurer dans les limites du « raisonnable », a prévenu, sous couvert d’anonymat, un responsable européen, précisant que la signature pourrait prendre du retard si les conditions posées sont trop litigieuses. « Tôt ou tard, la Turquie va signer le protocole », estime un diplomate français en poste en Turquie. Il n’empêche que les incertitudes qui pèsent sur les éventuelles conditions posées par Ankara obligent à rester prudents... »

Pour effacer les craintes et dissiper les malentendus, le premier ministre britannique a, hier, répété « très clairement que la signature de ce protocole par Ankara n’implique pas la reconnaissance de Chypre ». Il a également appelé ses partenaires à ne pas perdre de vue l’enjeu stratégique d’un éventuel ralliement de la Turquie au clan européen : « Il y a beaucoup d’incertitudes en Europe en ce moment », a rappelé Tony Blair, avant d’expliquer que les perspectives d’une adhésion de la Turquie seront, selon lui « importantes pour l’Europe et sa sécurité ».

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