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La Turquie signe un accord douanier avec les Vingt-Cinq

dimanche 31 juillet 2005, par Philippe Ricard

Le Monde - 31/07/2005

La Turquie a signé, vendredi 29 juillet, par l’intermédiaire de son ambassadeur à Bruxelles, le protocole d’extension de son union douanière avec les Vingt-Cinq, dont Chypre qu’Ankara ne reconnaît pas officiellement.

Avec ce geste très attendu, la Turquie remplit l’ultime condition posée par l’Union européenne (UE) à l’ouverture de négociations d’adhésion, prévues, en principe, pour le 3 octobre. Le gouvernement turc a toutefois décidé d’accompagner cette signature d’une déclaration annexe concernant ses relations avec Chypre, dans laquelle il est précisé que le document ne vaut pas reconnaissance de la partie sud de l’île. « La Turquie continuera de considérer les autorités chypriotes grecques comme n’exerçant d’autorité, de contrôle et de juridiction que sur le territoire situé au sud de la zone tampon, comme c’est actuellement le cas » , est-il indiqué.

La Commission européenne devait « se féliciter » , samedi, de cette signature, tout en ajoutant vouloir « étudier la déclaration et ses implications juridiques » . Ce texte, qui doit être également passé au crible dans les capitales de l’Union, est susceptible de provoquer de nouvelles tensions avec les Etats membres les moins favorables à la perspective de l’adhésion. Chypre a « déploré profondément » l’attitude d’Ankara : « Il est regrettable qu’un candidat à l’accession déclare qu’il ne reconnaît pas l’un des Etats membres de l’union à laquelle il souhaite adhérer » , a souligné un porte-parole du gouvernement. Les Vingt-Cinq « examineront les termes de la déclaration turque en temps voulu dans le but d’y apporter une réponse » , a précisé vendredi soir la présidence britannique de l’UE.

Ankara a tergiversé avant de signer le protocole. Sous la pression des militaires et des mouvements nationalistes, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan refuse de reconnaître la République de Chypre, tant que l’île, dont la partie nord est occupée par l’armée turque depuis 1974, ne sera pas réunifiée. M. Erdogan a toujours été très ferme à ce sujet au point de susciter une mini crise lors du Conseil européen de décembre 2004 qui a ouvert la voie à des négociations d’adhésion. C’est là qu’il avait dû s’engager à signer le protocole avant le début des pourparlers. Afin d’inciter Ankara à concrétiser sa promesse, Tony Blair a assuré lors d’une visite du premier ministre turc à Londres, mercredi 27 juillet, que « la signature du protocole n’implique pas la reconnaissance de Chypre » .

NOUVEAU CLIMAT

Aux yeux des Européens néanmoins, l’extension de l’Union douanière aux dix nouveaux membres de l’Union constitue une première étape avant la reconnaissance formelle de la République chypriote : « Cela montre que la Turquie admet que l’Union compte vingt-cinq Etats membres, dont Chypre » , dit-on à Bruxelles. Mais on fait remarquer également qu’il ne sera guère possible, à terme, de négocier avec un candidat qui ne reconnaîtrait pas chacun des membres de l’Union.

« La teneur de la déclaration annexe est déterminante, il est possible qu’elle relance le débat sur les modalités d’ouverture des négociations » , relevait un diplomate français avant la signature des Turcs, tout en notant que l’engagement pris pour le 3 octobre devrait être respecté. En attendant cette signature, la République chypriote a bloqué toute discussion sur le cadre de négociation avec la Turquie. La présidence britannique de l’Union, qui fait de l’ouverture des négociations avec Ankara l’une de ses priorités, s’est bien gardée de précipiter le débat. Les ministres des affaires étrangères veulent aborder le sujet lors de leur prochaine rencontre les 1er et 2 septembre.

En prélude, les diplomates reconnaissent que le climat a changé en l’espace de quelques mois, en ce qui concerne l’adhésion turque. Ainsi une victoire d’Angela Merkel en Allemagne en septembre est susceptible de remettre en cause, sinon le rendez-vous du 3 octobre, du moins l’objectif des négociations : à l’inverse du chancelier Gerhard Schröder, qui y est très favorable, la candidate chrétienne-démocrate répète qu’elle est contre l’adhésion de la Turquie. Elle souhaite, à l’instar de Nicolas Sarkozy, la mise en œuvre d’un « partenariat privilégié » .

Après les référendums français et néerlandais, où la question de l’élargissement a joué en faveur du non, la France plaide pour que soient prises en compte les réticences perceptibles dans plusieurs pays. Elle affirme vouloir respecter l’engagement du 3 octobre, mais suggère de préciser le caractère « ouvert » des négociations, et les critères liés à la « capacité d’absorption » de l’Union. L’Autriche est le seul pays à exiger que soit mentionnée la possibilité d’un « partenariat privilégié » avec la Turquie en cas d’échec du projet d’adhésion. Perspective que ne veut pas envisager la Grande-Bretagne.

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