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La Turquie, 26e pays européen

dimanche 16 octobre 2005, par Caroline Taïx

Les négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne vont débuter d’ici peu. Dans dix ans, ce pays rejoindra certainement les 25.

Petit à petit, pas après pas... on s’achemine vers une adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Certes celle-ci, si elle se réalise, n’aura pas lieu avant 2014. Mais tout de même, c’est une étape essentielle qui vient d’être franchie : les négociations entre Ankara et Bruxelles vont pouvoir débuter dans quelques jours après l’accord donné par les pays membres, le 3 octobre. Ce n’est pas rien quand on parle de la Turquie, pays musulman de 71 millions d’habitants qui a des frontières avec l’Iran, l’Irak et la Syrie. Ankara attend ce moment depuis 40 ans. Un cadre de négociation a donc été fixé : 35 chapitres pour conformer les lois turques à « l’acquis communautaire », c’est-à-dire aux lois européennes.
En Turquie, c’est bien sûr l’enthousiasme qui l’a emporté. « On s’est démoralisé à plusieurs reprises avant l’accord final. Par exemple, le veto autrichien aurait pu tout bloquer. Mais cette fois, c’est fait, on est dans la course ! », se réjouit un diplomate turc en poste à Rabat. Il n’est plus question d’un partenariat privilégié, option avancée par plusieurs responsables européens, et surtout par les Autrichiens. Ce diplomate regrette toutefois qu’il faille attendre l’Union européenne pour que son pays s’engage à se démocratiser et à prendre de grandes mesures économiques.

Débats houleux

Il est vrai que la Turquie va devoir faire beaucoup d’efforts pour se mettre en conformité avec les règles européennes. Dans le domaine de l’environnement, pour ne citer que cet exemple, elle doit dépenser des dizaines de milliards d’euros pour harmoniser sa législation nettement insuffisante aux rigoureuses dispositions européennes. Après l’annonce d’une prochaine ouverture des négociations, le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a ainsi prévu que l’application des réformes mettrait la Turquie à l’épreuve et qu’il y aurait « une grande bataille pour appliquer complètement ces réformes entreprises pour satisfaire les exigences européennes ». Le Premier ministre turque a prédit des moments de déception, des embûches. « Mais nous saurons les surmonter », a-t-il affirmé. Enfin, Erdogan s’est laissé aller au lyrisme en proclamant : « notre idéal est une Turquie qui prendra sa place parmi les pays démocratiques, libres et développés. L’Union Européenne est le meilleur chemin pour atteindre cet idéal ».
En Europe, les discussions pour l’ouverture des négociations ont failli donner lieu à une nouvelle crise. Jusqu’au dernier moment, on a cru que l’Autriche allait opposer son veto à cette ouverture des négociations. Cela aurait suffi à tout faire basculer. Mais finalement, après 24 heures d’âpres discussions, Vienne s’est soumise à la volonté générale. Les populations européennes, de leurs côtés, sont peu enthousiastes à l’idée d’une adhésion de la Turquie. D’après un récent sondage, seulement 35% des Européens soutiennent l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. De toute façon, on peut en être sûr : à chaque fois qu’il sera question de l’intégration de la Turquie, on aura droit à des débats houleux. Ce sont toujours les mêmes arguments qui reviennent sur le tapis. La Turquie, pays majoritairement musulman, à la démographie florissante, fait peur à nombre d’Européens. On lui reproche également de ne pas respecter les droits de l’Homme. On craint que sa main-d’�uvre peu chère inonde les marchés de l’Union, alors qu’il faut déjà intégrer les dix derniers pays entrants. Les dirigeants « turcophiles » auront donc la lourde tâche, d’ici à 2014, de convaincre les opinions.

Réussite des pourparlers

Ces derniers, les pro-Ankara, sont assez nombreux. Au premier rang : le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, dont le pays assure en ce moment la présidence tournante de l’Union européenne. « Nous sommes tous gagnants : l’Europe, les membres existants, la Turquie et la communauté internationale », a-t-il assuré après la réussite des pourparlers européens. L’ouverture des négociations avec Ankara était une priorité majeure pour la présidence britannique de l’Union, appuyée en sous-main par les Etats-Unis dont la Turquie est un allié-clé au sein de l’OTAN. Le président français, Jacques Chirac, n’a pas non plus caché sa joie après l’ouverture des négociations. Il est même allé plus loin en proclamant que la Turquie pouvait basculer dans l’intégrisme si l’Union lui fermait la porte. Autre argument du camp des turcophiles : étendre le marché unique et la bonne gouvernance à travers le continent augmentera la prospérité et la sécurité de l’Union. Pour le journal britannique conservateur le Times, « ce processus peut sauver la vieille Europe d’un nombrilisme sclérosant et prévenir le véritable conflit de civilisations que les opposants à l’adhésion de la Turquie affirment redouter ». La Turquie a un peu moins de dix ans pour montrer à l’ensemble des Européens que tous ces arguments tiennent la route. Elle a déjà commencé le travail, mais le plus dur reste à faire. Si les objectifs sont atteints et les règles fixées par l’Union respectées, elle pourra alors devenir le 26e pays membre.

Caroline Taïx

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