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La Turquie passe outre le refus des Européens pour un barrage controversé

mardi 20 avril 2010, par Michel Sailhan

HASANKEYF — Le gouvernement turc a obtenu le soutien d’une des principales banques privées locales pour construire un barrage sur le Tigre, un projet contesté par les écologistes et boudé par les Européens, inquiets pour l’environnement et un site au patrimoine millénaire.

La participation d’Akbank a été confirmée jeudi à la presse turque par la présidente de son conseil d’Administration, Suzan Sabanci Dincer.

Les écologistes opposés au projet de barrage d’Ilisu, qui entrainerait le départ de 54.000 riverains et la disparition du site historique de Hasankeyf, dans le sud-est du pays, affirment quant à eux qu’une deuxième grande banque privée turque, Garanti, a donné son accord de financement.

« A partir de maintenant, nous ferons très attention aux crédits donnés aux projets qui ont un impact sur l’environnement. Les banques ne pensent souvent qu’au retour financier. Ilisu sera le dernier exemple de ce comportement », s’est excusée Mme Sabanci Dincer, en confirmant l’accord.

La responsable répondait indirectement aux inquiétudes exprimées le 11 avril par l’association de défense de l’environnement Doga et la municipalité de Hasankeyf, lors d’une conférence sur place qui a réuni des experts locaux et de Grande Bretagne, Afghanistan ou Syrie.

« Avec ce projet, 214 sites archéologiques sont menacés », a affirmé à l’AFP lors de cette conférence Adnan Cevik, professeur à l’Université de Mugla (sud), montrant les ruines de la forteresse du 13e siècle qui domine le fleuve bordé de cabanons, où viennent déjeûner les touristes.

« Il y a ici des sites préhistoriques, helléniques, assyriens, sassanides, romains et pré-ottomans », a-t-il rappelé, alors que des visiteurs escaladaient les parois trouées d’habitations troglodytes du village, le long de la majustueuse falaise qui surplombe le Tigre.

Les habitants de ce village d’environ 4.000 habitants et les ONG veulent prouver que le tourisme suffira à faire vivre la région et militent, par des pétitions sur internet, pour un classement du site au patrimoine mondial de l’Unesco et le retrait du projet des banques.

En juillet, les organismes suisse, autrichien et allemand de garantie des crédits se sont retirés du projet, estimant qu’Ankara n’avait pas répondu à leurs inquiétudes sur la défense de l’environnement et du patrimoine culturel.

Leur engagement portait sur 1,2 milliard d’euros.

Selon les créditeurs, des enquêteurs indépendants ont estimé que les normes retenues par la Banque mondiale n’étaient pas respectées.

La Turquie, qui est candidate à l’Union européenne, a immédiatement qualifié cette décision de « politique » et assuré qu’elle irait de l’avant dans son projet de barrage, qui doit assurer une puissance de 1.200 mégawatts.

Quelque 172 centrales hydroélectriques fonctionnement en Turquie, assurant 17% de l’électricité du pays, selon les chiffres officiels, et 148 autres sont en construction.

« Nous sommes ici à la porte de la Mésopotamie. Cet endroit est la combinaison incroyable de la nature et de la culture », affirme Güven Eken, le président de Doga.

L’Euphrate, qui comme le Tigre prend sa source en Turquie pour descendre en Irak, « est déjà détruit par les barrages, et maintenant, on s’attaque au Tigre ! » s’insurge à son tour l’avocat Murat Cano, qui a présenté un dossier pour défendre Hasankeyf devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

Il affirme que ce projet est « suivi personnellement » par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, « qui a demandé l’aide financière de pays arabes, car Akbank et Garanti ne suffiront pas ».

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Sources

Source : AFP le 18 avril 2010

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