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Ergenekon. Le procès qui bouleverse la Turquie

samedi 25 juillet 2009, par Ouest-France

Cinquante-six personnes, dont deux généraux à la retraite, ont été présentées lundi à la justice dans le cadre du procès d’Ergenekon, un groupe clandestin accusé d’avoir cherché à renverser le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Ce procès pourrait marquer un tournant dans la vie politique turque.

Lutte entre le part islamiste et l’élite laïque

Quatre-vingt six prévenus ont déjà été jugés, depuis le mois d’octobre, dans la prison de Silivri, près d’Istanbul. Cette affaire a mis en lumière la lutte de pouvoir que se livrent l’AKP, le parti islamiste modéré au pouvoir, et l’élite laïque.

La tension a été ravivée récemment par d’autres accusations contre certains cercles de l’armée qui auraient cherché à mettre en œuvre une campagne visant à discréditer l’AKP, et par une nouvelle loi autorisant la poursuite de militaires devant des tribunaux civils.

2000 arrestations au total

Le scandale Ergenekon a conduit au total à l’arrestation de près de 200 personnes parmi lesquelles figurent également des journalistes, des avocats et des responsables politiques. Parmi les 56 nouveaux accusés figurent deux anciens généraux quatre étoiles, à l’encontre desquels le parquet a requis des peines de prison à perpétuité.

Il s’agit du général Sener Eruygur, ancien commandant de la gendarmerie, et du général Hursit Tolon, ancien commandant de l’armée. Tous deux sont accusés d’avoir dirigé un groupe terroriste et d’avoir fomenté une rébellion armée contre le gouvernement.

Le général Tolon, vêtu d’un costume civil et apparemment détendu, a répondu aux questions des quatre magistrats dans la salle d’audience installée dans l’enceinte de la prison. Eruygur, qui serait en mauvaise santé, était absent. Devant le tribunal, plusieurs centaines de manifestants brandissant le drapeau turc se sont rassemblés au cri de : « Les patriotes sont en prison. »

« Ce genre d’affaire est inédite en Turquie »

L’enquête, déclenchée il y a deux ans après la découverte d’explosifs dans une maison d’Istanbul, a placé certaines franges de l’armée dans le collimateur même si l’état-major, qui a chassé du pouvoir quatre gouvernements élus au cours des 50 dernières années, dément toute implication.

L’armée, autrefois intouchable, a vu son influence décliner au fur et à mesure des réformes engagées par le gouvernement pour se rapprocher des critères d’adhésion à l’Union européenne.
L’enquête a été saluée par les défenseurs de la démocratie comme une chance de briser les tabous sur les militaires. « Ce genre d’affaire est inédite en Turquie », souligne Akin Atal, un avocat indépendant. « C’est la première fois qu’on entend de telles affirmations faisant état d’une alliance entre l’Etat et le crime organisé. »

Certains commentateurs se demandent toutefois si l’AKP ne cherche pas à utiliser le système judiciaire, autrefois un bastion de l’élite laïque, pour punir ses opposants politiques.

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Sources

Source : Ouest-France, 22.07.2009

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