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Oenologue en Anatolie

samedi 9 janvier 2010, par Delphine Nerbollier

Créer des vignobles là où le vin est né, dans l’est de la Turquie, voilà l’intérêt déclaré de Jean-Luc Colin. Cet oenologue français parle avec passion de cette région où serait née la culture du vin 6.000 ans avant J.-C. « La vigne est adaptée au climat dur et continental des hauts plateaux de l’Anatolie », explique ce Français, patron depuis 2002 d’une société de consulting, Anatolian Vineyards, basée sur la rive asiatique d’Istanbul.

Pourtant, c’est par hasard qu’il est arrivé en 1991 en Turquie, un pays dont il ne connaissait rien. Interpellé par une petite annonce diffusée à l’université de Bordeaux, ce jeune oenologue a débuté à Ankara comme directeur technique de l’un des plus gros producteurs de vin de Turquie, Kavaklidere. Il n’y avait pas d’amateur pour ce poste à part moi, se rappelle-t-il. « J’ai accepté en pensant faire une ou deux vendanges mais finalement je suis resté. »

LANCEMENT DE CéPAGES

Cette expérience au sein de Kavaklidere durera onze années durant lesquelles il assiste, en 1996-1997, au « petit boom sur les vins » qui frappe une société très majoritairement musulmane. « La consommation de vin reste stable en Turquie. Elle atteint 1 litre et demi par habitant et par an mais les habitudes ont changé. Avec la fin des années 1990, les Turcs ont commencé à boire du vin à l’européenne, en choisissant leurs bouteilles et à s’intéresser à la plantation de la vigne. C’est à cette époque que j’ai lancé des cépages autochtones. » Narince, Bogazkere, Kalecik Karasi, Okuzgozu, ces cépages sont originaires de l’est de la Turquie et du centre de l’Anatolie, là où vivaient jusqu’à il y a encore un siècle de nombreux chrétiens, arméniens et syriaques, producteurs et consommateurs de vin. « Créer des vignobles dans la région de la mer Égée n’est pas très original, confie-t-il. Ce qui m’intéresse, c’est de créer de nouveaux terroirs. » Il parle ainsi avec passion de la cave qu’il a créée près de la ville de Malatya et des 3 millésimes sortis depuis 2007 sur le marché à raison de 120.000 bouteilles par an. Mais ce Français tourne aussi ses yeux vers des zones plus proches de la frontière syrienne, à 800 m d’altitude, près de Kilis.

« En France, un consultant travaille sur les détails mais en Turquie, il faut tout gérer, explique-t-il. Aider les gens à créer un vignoble, à construire la cave, le chai, à créer l’étiquette des bouteilles. Je fais tout. » En parallèle, Jean-Luc Colin tente de fédérer certains petits producteurs de vin afin de briser l’emprise des deux grands acteurs du marché, Doluca et Kavaklidere. Il a aussi créé une école du vin à Istanbul et travaille sur la création de deux autres clubs, à Ankara et à Bursa. Mais Jean-Luc Colin voit encore plus loin et rêve de mettre sur pied des voyages organisés sur le thème de l’Oenologie, afin de faire connaître la culture, la gastronomie et les vins de ce pays.

PAR DELPHINE NERBOLLIER, à Istanbul

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Sources

Source : La Tribune.fr, le 07.01.10

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