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Les bombes pleuvent sur les Kurdes dans l’indifférence générale

lundi 5 septembre 2011, par André Métayer, Gérard Alle

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Avion turc en Irak du Nord

Pauvres Kurdes ! Quarante millions de personnes écartelées entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Et l’on apprend que l’Iran et la Turquie semblent soudain décidés à oublier leurs divergences pour se débarrasser d’un ennemi commun : la résistance armée kurde. L’offensive se poursuit, dans l’indifférence générale.

Depuis quelques mois, la République islamique d’Iran s’est lancée dans une répression féroce des militants kurdes du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan), qui a conduit à la pendaison de nombre d’entre eux, tandis que d’autres, à l’heure actuelle, attendent leur exécution.

Mais que cherche vraiment l’Iran ? Le principal enjeu stratégique, dans le secteur, est la région autonome du Kurdistan irakien, dont les ressources pétrolières attisent les convoitises.
Offensive conjointe

Or, l’armée terrestre iranienne tente, depuis le 16 juillet, de déloger les forces du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), alliés du PJAK, des monts Qandil, région montagneuse du nord de l’Irak, réputée impénétrable. Une partie des forces du PKK, soit plusieurs milliers de combattants restés fidèles au chef de la résistance kurde Abdullah Öcalan, a trouvé refuge dans ces montagnes, à la suite d’une impitoyable guerre asymétrique entre rebelles kurdes et armée turque.

Celle-ci fit 45 000 morts et fut marquée par la destruction imputable aux forces turques de 3 000 villages, entraînant l’exode de plus d’un million de personnes.

Les commandos des forces spéciales turques appuient l’opération militaire iranienne lancée cet été, et l’aviation turque bombarde sans relâche la région depuis le 17 août, avec l’accord et l’aide technique de l’Otan et des Etats-Unis, et ce, sans le moindre égard pour les populations civiles.

L’actuel chef d’état-major de l’armée turque, le général Necdet Ozel, inspire les pires craintes, lui qui est surnommé « Necdet le chimique » depuis qu’il est soupçonné d’avoir employé des armes chimiques contre les combattants du PKK en 1999, dans la région de Sirnak.

Le gouvernement irakien a protesté avec un certain retard contre ce qu’il considère comme une violation de sa souveraineté par la Turquie, qu’il accuse de « bombarder les zones frontalières irakiennes en ciblant des civils innocents ».

Dans le même temps, les médias turcs proches du gouvernement Erdogan évoquent un scénario à la sri-lankaise, en référence à l’opération militaire qui éradiqua la rébellion tamoule dans un grand bain de sang.

La réaction des Kurdes de Turquie

La réaction des Kurdes de Turquie ne s’est pas fait attendre. Les populations, avec à leur tête les maires, conseillers régionaux et députés, se sont massées à la frontière turco-irakienne avec la ferme intention de se rendre dans les régions bombardées pour y former un bouclier humain.

Des heurts très violents avec la troupe se sont soldés par de nombreux blessés. Un élu, Yildirim Ayhan, conseil régional de Van, a été tué d’une balle en pleine poitrine à Çukurca. Ses funérailles ont donné lieu à de nouveaux heurts avec la police, qui a chargé dans le cimetière et dispersé la foule à l’aide de grenades lacrymogènes.

Les manifestations se succèdent dans les régions kurdes et non kurdes de Turquie. Une manifestation aux flambeaux s’est déroulée dans plusieurs quartiers d’Istanbul, aux cris de « vive Apo » (surnom usuel d’Öcalan). Ce dernier, toujours prisonnier sur une île de la mer Noire et condamné à la prison à vie, est souvent considéré un dangereux idéologue marxiste-léniniste, mais il est facile de constater qu’il reste un héros pour l’immense majorité des Kurdes de Turquie, qui le comparent même parfois à De Gaulle.

Dans les prisons turques, des détenus politiques ont commencé une grève de la faim « illimitée ». Les réseaux sociaux se mobilisent, comme à Londres et à Rome, où les « Twitterkurds » ont appelé à manifester contre les raids aériens au-dessus du Kurdistan irakien.

Le BDP (Parti pour la Paix et la Démocratie), parti social-démocrate kurde qui est sorti renforcé des élections législatives de juin dernier, va tenir son Congrès début septembre. Au cours de celui-ci, il devrait affirmer le concept « d’autonomie démocratique dans une république démocratique », défini le 14 juillet dernier, par le DTK (plateforme d’associations et mouvements kurdes dont le BDP est membre).

L’intergroupe parlementaire belge pour la question kurde va se réunir à Bruxelles le 6 septembre et le groupe d’amitiés kurdes au Parlement européen se retrouvera le 15 septembre à Strasbourg. Mais le temps presse !

Leyla Zana appelle à l’aide

Leyla Zana, députée de Diyarbakir - qui se vit jadis décerner le Prix Sakharov par le Parlement européen - fut condamnée, en 1995, à 15 ans de prison pour avoir osé prononcer au parlement turc des mots kurdes appelant à la paix et à réconciliation. Elle vient d’écrire une lettre à tous les grands de ce monde pour dénoncer l’option militaire et s’étonner du silence des démocraties occidentales à ce sujet.

Rappelons d’autre part que 151 élus kurdes sont jugés à Diyarbakir pour leurs liens présumés avec une organisation terroriste, en l’occurrence le PKK. Ce dernier a en effet été couché par les Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes, liste que l’Union européenne s’est empressée d’adopter.

Qu’on éprouve ou non de la sympathie pour sa lutte et pour son chef, le PKK procède à des attaques ciblées contre des militaires ou des policiers turcs, et ne s’est - jusqu’à preuve du contraire - jamais attaqué à la population civile. A plusieurs reprises, des agents des forces spéciales turques ont été surpris en train de préparer des attentats en vue de les voir attribuer aux rebelles kurdes.

La situation est rendue d’autant plus complexe que nombre de familles kurdes ont des parents dans la guérilla. Et de toute façon, la population est solidaire de ces combattants, ne serait-ce qu’au nom de la répression subie durant tant d’années, des viols, de la torture, des humiliations et de tout ce qui a fait des Kurdes des citoyens de seconde zone, en Turquie.

C’est donc toujours la solution militaire qui prévaut à Ankara pour résoudre la question kurde, malgré les promesses d’Erdogan de rechercher une solution politique. Faute de loi d’amnistie pour les combattants, par exemple, ceux-ci ne peuvent rentrer chez eux, risquant la prison à vie, voire la torture et l’assassinat, qui sont monnaie courante dans les geôles turques.

Le silence de l’Occident

Le silence de l’Occident et des médias à propos de ce qui se passe en Turquie peut étonner. Déjà, dans les années 1990, lorsqu’une centaine de prisonniers d’extrême-gauche poursuivirent jusqu’à la mort leurs grèves de la faim, cela n’émut guère, en tout cas beaucoup moins que lorsque Bobby Sands et ses camarades perdirent la vie pour les mêmes raisons, en Irlande du Nord.

Pourquoi les récentes arrestations massives de militants culturels kurdes, en Europe, pourquoi ces vieillards jetés violemment au sol par les policiers de nos pays ? Pourquoi ces étranges réunions régulières entre policiers turcs, américains, français, allemands ? Pourquoi ce silence de nos médias à propos de la brutalité de ce régime ?

Parce que certains considèrent le parti majoritaire en Turquie, l’AKP (Parti pour la justice et le développement), comme une sorte de démocratie chrétienne version islamique, et veulent miser sur lui ? Mais ce choix stratégique implique-t-il le sacrifice du peuple kurde ?

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Sources

Article original publié sur Rue89 le 4 septembre 2011par Amitiés kurdes de Bretagne sous le titre : Les bombes pleuvent sur les Kurdes dans l’indifférence générale

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