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Turquie : La nation occupée

samedi 25 février 2006, par Milosz Matuschek

© Turquie Européenne 25/02/2006 - Aurel pour la traduction
© Newropeans Magazine - Milosz Matuschek - 06/02/2006
Article dans son contexte

Cet article, traduit de l’Anglais, inaugure la nouvelle rubrique de Turquie Européenne destinée à devenir un recueil d’ articles présentés comme des analyses socio ou géopolitiques. Sous couvert d’une prétendue expertise, ils sont, en fait, des collections d’arguments fallacieux, d’extrapolations douteuses ou de généralisations qui confinent souvent à la xénophobie... Ils mettent à profit la grande méconnaissance de la Turquie dans le reste de l’Europe pour manipuler l’opinion.

En gras dans le texte original, vous trouverez les contre arguments ou commentaires de Turquie Européenne.

Il est extrait du site de Newropeans Magazine, une organisation favorable à une Europe politique intégrée et démocratique, mais farouchement opposée à l’adhésion de la Turquie. Tous les arguments sont bons, même ce genre d’article en forme de pure escroquerie intellectuelle. Je franchis allègrement le pas d’affirmer qu’en fait, sans l’affirmer ouvertement (ce n’est pas politiquement correct) Newropeans est un mouvement qui défend l’idée d’une Europe basée sur la chrétienté.


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- Commençons par le titre : « La nation occupée » La Turquie serait occupée par sa propre armée !
Le plus ignare sur le sujet de la Turquie sait que l’institution la plus plébiscitée dans le pays est l’armée. Pourquoi ? Parce qu’Atatürk en a fait la gardienne de la République et à cause de l’incurie de politiciens dont la corruption récurrente a fait qu’ils n’ont jamais acquis la confiance de la population.
L’idée d’ « occupation » laisse à penser que le peuple subit l’oppression des militaires, ce qui n’est absolument pas le cas pour l’immense majorité des habitants de la Turquie.
D’accord, ce n’est pas vraiment dans les standards européens, mais lisez, s’il vous plaît, la suite.

EDITO - La Turquie est un champ de bataille pour, d’une part, les forces se battant pour la modernité laïque et, d’autre part, ceux qui promeuvent le traditionalisme religieux. Cette lutte révèle un alarmant fossé entre l’Etat et la société. L’idée de combler ce fossé grâce à l’adhésion à l’Union Européenne serait une erreur.

Voilà donc ce que va chercher à développer notre apprenti politologue. L’objectif de l’intégration de la Turquie serait pour l’Europe de civiliser ces barbares de Turcs incapables d’instaurer la démocratie par eux-mêmes. Un forme de « missionnarisme » politique en quelque sorte

Alors que la Gaule était ethniquement divisée en trois parties (gallia est omnis divisa in partes tres) comme l’affirme Jules César au début de son fameux récit sur la guerre des Gaules « De Bello Gallico », la Turquie moderne semble de même être divisée en trois parties - au moins en ce qui concerne la mentalité de son peuple. La première division peut-être tracée entre l’Etat et la société, et la société elle-même est divisée en une partie moderne occidentale et une partie traditionnelle islamique.

Que vient faire ce bon vieux Jules dans cette galère ? Pour donner du poids (du moins le croit-il !) à son propos, l’auteur fait référence à un ouvrage, en latin s’il vous plaît... La culture c’est comme la confiture.... Pourquoi ce livre là ? Probablement parce que c’est le seul qu’il ait lu et cela uniquement parce que c’était obligatoire dans sa classe de latin !

Lorsqu’on discute de la Turquie et de son accession à l’Union Européenne, on argumente généralement sur des thèmes tels que la géographie, la modernité, la compatibilité des lois, la religion et sur la question de savoir si l’on peut faire confiance « aux Turcs ». Mais qui sont « les Turcs » dont nous parlons ? Est-ce l’Etat ? La société ? Ou les deux ensemble ? La réponse à cette question dans le cas de la Turquie est cruciale, mais notoirement négligée, tant généralement un Etat et sa nation montrent une certaine d’homogénéité. Ceci, malheureusement, semble ne pas être le cas avec la Turquie et c’est une des raisons, pour laquelle une adhésion dans ces circonstances pourrait devenir un sérieux problème pour l’Europe.

L’intention du discours est ici de faire poindre la sombre menace d’introduire un pays au bord de la guerre civile dans « notre » Europe. Les Turcs ne vivent en démocratie que parce qu’elle est imposée par l’Etat. Comme si dans les autres pays d’Europe c’étaient les masses qui avaient initié la marche vers la démocratie et pas des élites, comme si tout cela s’était déroulé dans le consensus général... Comme si la tentation totalitaire avait disparu partout dans les pays de l’Union, comme si les anciens communistes dans les PECO ne faisaient pas encore des scores inquiétants aux élections, comme si l’extrême droite ne menaçait pas dans les pays de l’ouest européen.

Depuis qu’Atatürk a fondé la Turquie moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui, le combat contre les mouvements islamistes radicaux n’a pas cessé. Le garant pour le maintien du statu quo autour de la modernité a été l’armée turque, qui a joué pendant longtemps non seulement un rôle dans les processus de décision de la Turquie, mais est aussi intervenue trois fois en chassant des leaders élus par des coups d’Etat, ou, comme ce fut le cas en 1997 - a forcé le gouvernement Erbakan à se retirer.

Notre « analyste » oublie de faire entrer en compte le fait que la Turquie est une jeune démocratie, il fait l’impasse sur le fait que le chemin parcouru par la Turquie en moins de 80 ans l’a été par la France en plus de deux siècles !

Bien que l’influence de l’armée ait été réduite, les généraux restent puissants et revendiquent leur rôle. Le rôle de l’armée turque n’a pas été réduit afin que la Turquie ait l’air plus acceptable aux yeux des européens de l’ouest. Son rôle s’est principalement réduit, parce que l’Union Européenne essaie de remplacer l’armée comme gardien de l’intégrité interne de la Turquie. Ceci, bien qu’étant une sorte de prise de contrôle politique, est officiellement vendu sous le nom de « nécessité de continuer le processus de réformes en Turquie ». Quoiqu’il en soit, comme l’Union Européenne pourrait apparemment ne pas s’opposer à des changements radicaux probables, l’armée reste susceptible d’intervenir en cas d’urgence même en cas d’adhésion, comme deux majors des forces armées turques l’ont affirmé dans une publication des Affaires Etrangères récente.

Vue de façon superficielle, la Turquie est un Etat militaire. En regardant plus profondément, on peut remarquer, que le rôle de l’armée n’est pas l’oppression du peuple, comme c’est le cas dans de réels Etats militaires, mais pour garantir l’existence de la constitution moderne et des institutions laïques, même - et cela est un problème - contre la volonté du peuple exprimée démocratiquement. Cela nous mène à la question cruciale : quelle est la réelle cohésion d’un Etat, quand il a besoin de l’intervention des forces armées pour empêcher le peuple de voter pour de « mauvais » leaders ? L’histoire de la modernité turque est un combat entre l’Etat et son peuple : le peuple élit démocratiquement des leaders, souvent venus de mouvements islamiques, et l’armée les retire. N’est-ce pas le réel fossé entre la Turquie et les états de l’Union Européenne ? En disant qu’il est nécessaire d’ « accompagner » le processus de modernisation, l’Europe confirme, que la Turquie a en effet besoin de gardiens qui ne peuvent pas la quitter des yeux, sans courir le risque que l’Etat s’effondre.

Pour ce qui est de cette vision fixiste et caricaturale de la Turquie ancestrale, on dira merci à Pierre Loti. On ne manquera pas non plus de s’en référer à Baskin Oran, jardinier, amateur de raki, et accessoirement professeur de sciences politiques. On appréciera, dans ses éditos pour Turquie Européenne, la conception « héraclitéenne » d’une histoire (ah, culture quand tu nous tiens !) qui ne coule jamais dans le même lit, comme la compréhension d’un processus de modernisation dont le sens a profondément évolué depuis les années 20.
Coalition par Baskin Oran

D’un côté, la Turquie est une nation fissurée, déchirée entre les traditions et la religion d’une part et la modernité et la laïcité d’autre part. Le problème de la Turquie à long terme n’est pas de remplir ou non les critères de Copenhague. L’économie turque et particulièrement la résorption du déficit public font d’étonnants progrès. Le problème de la Turquie est la cohésion de sa nation et personne d’autre que les Turcs ne peut le résoudre. L’ Union Européenne devrait arrêter de jouer les accoucheurs d’identité des nations. La politique d’adhésion des Commissions est loin de constituer uniquement à donner une motivation pour un état de bonne volonté. Le paradoxe de l’accession de la Turquie est, que les Turcs essaient de construire une nation moderne grâce à l’adhésion au lieu d’attendre préalablement d’être unis. L’UE tend à générer un statut fictif, sans garantie de résultat, au lieu d’en exiger un préalablement sur lequel elle puisse se baser. La conséquence négative de ce genre de politique pourrait être que, le jour où les Turcs rejoindront l’UE, qu’ils ne soient pas européens par conviction, mais simplement parce qu’ils sont déjà membres de fait.

Quels fainéants ces Turcs ! Ils essaient de se faire démocratiser par les Européens alors que c’est leur boulot ! Plus sérieusement, la démocratie ne va pas être exportée en Turquie sur un terrain vierge. Certes il y a encore, de la part des institutions, des gros progrès à réaliser pour faire passer dans les faits la nouvelle législation, mais ça n’a rien de plus impossible ou inconcevable que lors de l’entrée de l’Espagne post-franquiste, du Portugal d’après Salazar ou de la Grèce qui sortait d’une dictature. Les pays de l’est, mais on n’en parle jamais (étrange n’est-ce pas ?), sont très loin d’avoir des lois et des usages parfaitement en conformité avec ceux des pays initiateurs de l’UE

Plus encore, il est tenté de pallier au déficit d’homogénéité de la nation turque par une exacerbation du sentiment national. Le procès de Pamuk et l’incrimination de prés de 50 autres écrivains sont exemplaires de ce phénomène. Comment la résolution d’un problème historique d’intérêt public, comme le génocide arménien, peut elle être qualifiée d’injure par la Loi ? En fait, comment un état peut-il être l’objet d’une offense et mettre en avant un sentiment d’honneur prétendument lésé ?
La plus criante représentation de cette dichotomie est l’actuel premier ministre lui-même. « De quel côté êtes-vous, Mr Erdogan ? » demandait le Turkish Times en 2002 en citant les paroles du même Erdogan lorsqu’il était plus jeune « La démocratie n’est pas un but en soi mais un moyen pour arriver au véritable objectif ». En 1998 encore, Erdogan fut condamné à 4 mois de prison pour avoir défié l’Etat laïque.

C’est vrai les nationalistes sont très actifs en ce moment. Ils ont un terreau fertile, tous les Turcs reçoivent une formation très patriotique à l’école qui n’est pas sans me rappeler ma scolarité primaire ou on nous apprenait et faisait chanter des chants guerriers stigmatisant les ennemis de la nation. Nous oublions tous très vite d’où nous sortons...
Tout comme le nationalisme a disparu chez nous en même temps que les menaces à nos frontières, celui des Turcs prendra le même chemin.
Les gesticulations actuelles des groupes nationalistes ressemblent plus à un chant du cygne dans un pays en pleine mutation.

On ne peut parler du problème du devoir de mémoire des Turcs sans insister sur le fait qu’à cause de la réforme de la langue, la quasi-totalité d’entre eux ne peut accéder aux archives de leur passé. Le peuple turc tout entier est amnésique et les gouvernements du passé en ont largement profité pour réécrire l’histoire afin de développer un sentiment national qui n’existait pas à l’époque ottomane en le basant sur la glorification de la turcité. On nous a fait le même coup avec les Gaulois et Jeanne d’Arc à ceci près que, nous, nous pouvons lire les écrits de nos aïeux.
Cette mémoire est en train de revenir, le débat est ouvert, mais il est inéluctable qu’il y ait des résistances fortes, mais minoritaires, de la part de ceux qui croient défendre l’honneur du pays.

Non la Turquie n’est pas monolithique, elle a sa droite, son extrême-droite, des libéraux, des sociaux-démocrates : est-ce si surprenant ?

Même si les gens peuvent changer d’opinions au cours des années, et personne ne devrait être condamné jusqu’à la fin de sa vie pour les choses qu’il a dites quand il était jeune, est-ce que ne provoque pas au moins l’incompréhension, quand Erdogan rêve bruyamment de devenir président un jour et alors qu’il sait déjà que sa femme et ses filles, qui cachent leurs visages derrière des foulards, ne pourront jamais venir le voir dans le palais présidentiel ? Récemment, il a dévoilé son jeu en répondant à la question portant sur sa volonté d’abolir le paragraphe 301 du code pénal turc, qui punit l’insulte à l’identité turque, en disant : “ Oui, si cela est nécessaire”.

Ah sacré Tayyip ! Tes débordements passés n’ont pas fini de faire couler de l’encre. Erdogan est un pragmatique et un populiste. A l’époque de ses débuts il avait compris qu’il fallait s’appuyer sur l’Islam qui est un ciment national (même si ce n’et pas le seul) pour conquérir les urnes et nombreux ont été ses dérapages verbaux pour séduire un électorat musulman à la recherche d’un idéal ou d’une nouvelle identité en réaction aux rigidités kémalistes.
Il avait compris dès le début, qu’en Turquie, faute de l’existence d’une vraie gauche, le vote protestataire ou le vote d’alternance allait toujours vers des partis se réclamant de l’Islam.
Il faut bien comprendre qu’il est arrivé au pouvoir grâce à un vote majoritairement protestataire et non à cause des convictions pro islamiques des Turcs. D’ailleurs l’AKP, son parti est totalement hétéroclite et nombre de ses députés sont des transfuges des autres partis qui, avant d’y adhérer, ne mettaient jamais les pieds à la mosquée, et même pour certains encore maintenant, n’y vont que pour qu’on les y voient.

Maintenant qu’il est au pouvoir, en dehors de quelques tentatives de mesures mineures pour satisfaire la partie le plus islamisante de son électorat. Elles n’ont d’ailleurs pas manqué d’être annulées ou vidées de leur contenu préjudiciable sous la pression l’establishment kémaliste (et il savait très bien que ce serait le cas), force est de reconnaître qu’il a mis en œuvre des réformes que personne avant lui n’avait voulu ou osé mettre en œuvre, la corruption a reculé, l’argent de l’Etat a enfin été consacré au développement du pays plutôt qu’à l’enrichissement personnel de quelques politiciens véreux.
Il m’en coûte pourtant de le reconnaître, je n’ai aucune sympathie pour ce genre de personnage prêt à tout pour accéder au pouvoir et le conserver.
Mais on a tous les mêmes à la maison, ce n’est pas une particularité turque, certains sont d’ailleurs français d’origine hongroise.

« (...) sa femme et ses filles, qui cachent leurs visages derrière des foulards (...) » Voilà encore une manipulation typique par exagération : sa femme et ses filles ne cachent pas leur visage, mais portent un foulard sur la tête, pourquoi pas la bourka tant qu’il y est !

Personne n’exige que l’Etat et la société soient identiques, parce que cela signifierait le totalitarisme. Mais ce qui est souhaitable, est un minimum d’homogénéité. Bien sur, les turcs pourraient argumenter, que si quelqu’un demande aux français, allemands ou aux britanniques, ce qu’ils pensent de l’égalité des hommes et des femmes, ou de l’autorisation de la torture dans les situations extrêmes, on obtiendrait les mêmes réponses problématiques. Mais ce n’est pas la même dimension. Les opinions marginales sont les prix que nous payons en voulant la liberté d’expression. Un état doit être un ensemble de gens consentant aux mêmes principes. Les démocraties européennes sont stables concernant leurs autodéterminations et leurs identités nationales respectives, parce qu’elles ont combattu par leurs propres moyens pour des principes qu’elles partagent. La modernité turque n’a pas été obtenue par le peuple dans les rues, mais a été installée par un leader militaire, qui n’a demandé d’avis à personne pour le faire.

Ah ! le fameux mythe du peuple s’étant libéré lui-même ! Par une sorte de révélation sans doute ? Il y a encore des gens qui y croient apparemment ! Dans absolument tous les pays ce sont des élites qui ont changé les régimes très souvent par la force et dans le sang, une partie du peuple a suivi, l’autre a bien été obligée, et c’est progressivement que la majorité a faite siennes les idées de liberté et des droits humains. Mais rien n’est acquis définitivement, tous les pays utilisent des artifices plus ou moins sophistiqués pour ne pas être débordés par des mouvements extrémistes, systèmes de barrages électoraux, de cooptation ou interdiction de partis.
Encore une fois rappelons nous de 2002, l’improbable n’est jamais impossible ! En France, en Turquie comme ailleurs les élites ont tendance à oublier que sans effort pédagogique permanent l’idée démocratique recule inéluctablement.

L’adhésion de la Turquie à l’UE serait la troisième prise en main de la nation turque, après l’imposition de la modernité par Atatürk et le maintien de celle-ci par l’armée. Jusqu’où peut aller l’imposition du changement par le haut ? Où le soutien aux réformes finit-il et où commence l’ingérence ? Le plus fort indicateur est probablement la volonté du peuple lui-même. La démocratie n’a pas été imposée aux Allemands par les alliés après la seconde guerre mondiale, mais elle se développait déjà dans les régions. Idem avec la chute du rideau de fer : les changements furent soutenus, mais pas imposés par les pouvoirs étrangers. Est-ce que les Turcs consentent aux mêmes principes que nous, alors que leur armée doit interférer de façon régulière pour protéger l’état du peuple et de gouvernements qui ont été élu par la majorité ?

Sans blague ! La démocratie n’a pas été imposée aux allemands ? Tiens donc, il n’y a donc pas eu de purges massives et de dénazification ? Quel choix avait un peuple dont le pays n’était en grande partie plus que de ruines fumantes ? Le nazisme l’avait plongé dans le chaos, il n’allaient pas en redemander ! Quand aux pays de l’Est quand on voit les scores des ex-communistes ou des partis d’extrême-droite aux élections, on finit par se demander si, pour une grande partie de leurs citoyens la volonté d’accès à la démocratie n’était pas avant tout due à l’illusion que l’opulence y était liée automatiquement. Il n’ont pas plus de tradition démocratique que la Turquie, même plutôt moins.

Autant qu’il est permis, la situation globale pour la Turquie ressemble à un dilemme : Dans le même temps ne pas se moderniser soi même est considéré comme une régression, et se moderniser, cela donne l’impression de faire ami ami afin de recevoir quelque chose en contrepartie. Comment résoudre ce dilemme ? Se préparer à une adhésion signifie plus que de se coller des étiquettes. Nous devrions moins faire attention à l’aspect superficiel d’une coquille purement formelle ou au « lyrisme de l’adhésion » des politiciens, et plus aux convictions et à la profondeur des changements, même si cela doit prendre peut-être beaucoup plus de temps aux turcs d’outrepasser leurs divisions intérieures. De toute manière, cet évolution est indispensable pour les turcs et est dans leur propre intérêt, parce que, comme nous le savons d’Abraham Lincoln, une maison divisée ne peut pas tenir. Même si c’est avec une construction européenne.

Pour conclure toute cette argumentation ne serait pas tout à fait vaine si la Turquie adhérait demain. Mais il ne se trouve pas même un seul Turc pour prétendre que son pays est prêt pour cette adhésion. L’Europe n’a pas à démocratiser la Turquie comme les missionnaires allaient civiliser les Africains, c’est méprisant et insultant que de concevoir ainsi le processus d’adhésion. La perspective d’entrée dans l’UE est tout au plus un catalyseur, un objectif qui permet de mobiliser les foules dans un projet enthousiasmant. Il risque bien de le devenir de moins en moins, face aux tergiversations de prétendus proeuropéens qui sont en fait les promoteurs d’une nouvelle citadelle bâtie sur des critères inavoués. « Restons entre nous, vieux, chrétiens et riches » en quelque sorte. Exit le grand projet d’une Europe intégrant progressivement sur une communauté de valeurs humaines ses voisins les uns après les autres.
Le monde, pour eux, semble constitué de peuples élus ayant reçu la démocratie comme les Hébreux l’arche d’alliance et d’autres génétiquement incapables d’accéder à cette démocratie, les nouveaux peuple inférieurs à qui l’on dit avec arrogance : « Nous ne sommes pas du même monde, restez entre vous ». Cette forme d’idéologie est tout à fait l’héritage d’une pensée religieuse d’un autre temps, elle a de nouveau de nombreux adeptes. Quand on ne sait plus ou on va, on retourne en arrière.

Je le demande : Qu’est ce qui menace le plus dans le monde la démocratie et les valeurs des Lumières ? N’est ce pas plutôt le retour de l’intolérance, de la xénophobie et celui de l’ostracisme ? Les Turcs ont bon dos à qui on veut absolument faire porter un fez bien trop grand !

La réponse inspirée par le même article d’Aurélien et Nobel de Turquie Européenne. Elle a eté postée traduite en anglais le 24/02/2006 sur le forum attaché à l’article de Newropeans Magazine.

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