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Arménie-Turquie : un fragile accord

samedi 5 septembre 2009, par Jean-Claude Péclet

Jean-Claude Péclet

La médiation suisse a permis la publication de deux protocoles qui prévoient l’ouverture de la frontière commune et la création d’une commission historique qui se penchera sur la question controversée du génocide arménien.

« C’est un grand succès pour la diplomatie helvétique » : Daniel Warner, directeur du Centre pour la gouvernance internationale à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), salue l’accord entre l’Arménie et la Turquie, conclu lundi grâce à la médiation suisse, visant à normaliser les relations entre les deux pays. L’Union européenne, les Etats-Unis, la France et la Grèce se sont félicités de ce « pas positif » qui « contribue à la paix et à la stabilité dans le Sud-Caucase », selon les mots de la commissaire européenne aux Affaires extérieures, Benita Ferrero-Waldner.

L’accord tient en deux protocoles que chaque partie soumettra à des consultations politiques pendant six semaines. Si tout se passe bien, ils seront ensuite signés et soumis aux parlements respectifs.

Par ces textes, l’Arménie et la Turquie s’engagent à établir des relations diplomatiques, à reconnaître la frontière existante et à l’ouvrir « dans un délai de deux mois » après l’entrée en force de l’accord. Celle-ci avait été fermée en 1993 par la Turquie, qui soutenait l’Azerbaïdjan dans son conflit avec l’Arménie à propos de l’enclave du Nagorny-Karabakh, peuplée d’Arméniens mais située en territoire azéri.

Le second protocole contient un paragraphe particulièrement alambiqué sur la question hautement sensible du génocide arménien de 1915-1916, que les Turcs n’ont jamais reconnu. Selon le texte, une commission « lancera un dialogue historique dans le but de restaurer la confiance mutuelle entre les deux nations, incluant un examen scientifique impartial des archives et documents historiques pour définir les problèmes existants et fournir des recommandations ».

Le choix des mots, pesés au milligramme, souligne bien les obstacles qui se dressent encore sur la voie de la concrétisation de l’accord. Le conseiller national vert Ueli Leuenberger, membre du groupe parlementaire Suisse-Arménie, craint que la diaspora arménienne ressente « comme un nouveau coup de poing » un texte qui l’implique indirectement par l’usage non anodin du mot « nation », et qui semble présenter le génocide comme une hypothèse restant à démontrer.

Côté turc, des réactions de la droite nationaliste ne sont pas à exclure, même si une pétition demandant une attitude plus ouverte face au passé du pays a récolté quelque 40000 signatures sur Internet en début d’année.

La reconnaissance des frontières actuelles constitue un deuxième obstacle à la normalisation des relations. « Beaucoup d’Arméniens ne les acceptent pas, ne voulant pas renoncer à de futures revendications territoriales », écrit Harut Sassounian sur le site de l’association Hairenik. Pour lui, la question est de savoir quelle partie osera renier la première ses frêles engagements, au risque de s’attirer la colère de la communauté internationale.

Car celle-ci s’est beaucoup impliquée pour arriver aux deux protocoles publiés lundi. Si la Suisse est le médiateur officiel, le président Barack Obama et sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton, ainsi que l’Union européenne ont multiplié les pressions ces dernières semaines pour amener la Turquie et l’Arménie à surmonter leurs réticences.

Même ainsi, on devine les tensions qui parcourent chacune des deux parties. « Pour l’heure, une ouverture de la frontière n’est pas envisagée et n’est pas la priorité », a par exemple déclaré mardi Ahmet Davutoglu, chef de la diplomatie turque, relativisant la portée d’une des clauses centrales des protocoles. La Turquie n’envisagera pas d’action « qui blesserait les intérêts de l’Azerbaïdjan », a-t-il ajouté.

L’Azerbaïdjan, qui est toujours en guerre larvée avec son enclave indépendantiste du Nagorny-Karabakh, a menacé de couper ses livraisons de gaz à la Turquie si Ankara n’inclut pas cet enjeu dans les discussions. L’Arménie a des troupes au Nagorny-Karabakh, tout en accueillant 35000 soldats russes sur son territoire.

Si les discussions entre la Turquie et l’Arménie aboutissent à un accord, celui-ci pourrait être signé en Suisse, glisse-t-on au Département fédéral des affaires étrangères. Notre pays pourrait aussi jouer un rôle dans la commission historique sur le génocide.

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Sources

Source : Le Temps (Suisse), le 02.09.09

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