Logo de Turquie Européenne
Accueil > Articles > Articles 2008 > 02 - Deuxième trimestre 2008 > Viol et meurtre de Pippa Bacca … et de toutes les autres

Viol et meurtre de Pippa Bacca … et de toutes les autres

lundi 21 avril 2008, par Marie-Antide

Pippa Bacca

Le meurtre de Pippa Bacca, cette jeune pacifiste artiste milanaise violée puis étranglée dans une banlieue d’Istanbul, a provoqué une vague de consternation et de colère en Turquie.

« Pippa, pardonne nous ! », « Pippa nous avons honte » titraient quelques grands quotidiens. « Bien sûr, de tels actes peuvent se produire partout. Mais si notre société était moins permissive, Pippa serait peut-être encore en vie » constatait avec tristesse un chroniqueur dans Milliyet. Le premier ministre Recep Tayip Erdogan a présenté ses condoléances à la famille de la jeune italienne.

Auto flagellation de circonstance pour se donner bonne conscience ?

Non car ce terrible fait divers a touché de plein fouet un point très sensible dans la société turque, celui de la reconnaissance du viol comme un acte criminel et puni comme tel par un tribunal pénal.

Jusqu’en 2004, le viol n’était pas un crime. Le violeur n’était pas condamné s’il acceptait d’épouser sa victime, réparant ainsi le tort causé … à la famille. En clair et sans décodeur : la femme, son corps étaient la propriété du clan familial.

Sous la pression des associations militantes pour les droits des femmes et dans la perspective de l’ouverture des négociations en vue de l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne, de tels archaïsmes ont été balayés et le Code Pénal remanié en profondeur en 2004.

Les mentalités n’évoluent malheureusement pas aussi vite et les tristement célèbres crimes d’honneur, qui ont toujours cours dans des milieux très traditionnels, souvent illettrés, en sont la preuve : une femme, sur simple soupçon d’adultère, peut être assassinée par ses frères avec l’assentiment de tous pour laver l’honneur du clan que l’infidélité à son mari aura entaché. La loi punissant cet acte odieux, certains commissariats de police ont enregistré une recrudescence de …suicides.

Les violences domestiques faites aux femmes sont fréquentes. Il n’est pas rare d’entendre qu’un mari qui aime sa femme se doit de la battre. Pour aider ces femmes, peu de recours : la police et la gendarmerie sont encore mal formées à l’écoute de ces drames privés et il existe peu de maisons d’accueil pour femmes en situation de détresse bien qu’une loi demande que toute municipalité de plus 50 000 habitants ouvre un abri de 200 lits qui leur soit destiné.

Par contre, les associations de quartier sont extrêmement actives et pleines de ressources. Ainsi, dans une petite bourgade près de Van, près de la frontière avec l’Arménie, l’association locale pour le droit des femmes n’a pas hésité à demander aux syndicats leur coopération : tout mari coupable de battre sa femme se voit privé de son salaire… qui est reversé à sa femme et risque de perdre son emploi s’il persiste à la maltraiter.

L’espoir que les mentalités évoluent existe. Mais plus pour Pippa.

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

Sources

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0