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Turquie : vers une démocratie « théocratique » ?

jeudi 17 avril 2008, par Marillac, Türker Alkan

Le Président de la commission européenne ne s’est pas peu inquiété en se demandant s’il pouvait oui ou non soutenir l’AKP. Mais je crois bien que ce problème est loin d’être aussi facile à résoudre que ce qu’il peut en paraître depuis l’Europe.

Il a donc employé un style et un ton plus modéré une fois en Turquie. « Sur les questions de la laïcité et du voile, nous ne sommes pas en mesure d’imposer quelque standard que ce soit », a-t-il déclaré. « Chaque pays européen s’est inventé la formule qui lui convenait le mieux. La Turquie également finira par s’inventer un modèle approprié. »

Et puis, il a lancé une formule inédite : « la démocratie laïque » !
La visite de Barroso aujourd’hui en Turquie nous prouve toute l’importance que notre pays peut revêtir pour l’UE. Il semble que la Sarko passion à tenter de laisser la Turquie sur le bord de la route ne soit pas des plus évidentes à faire partager à toute l’Europe.

Et ce qu’a dit Barroso est assez juste : chaque pays européen s’est inventé un modèle et a suivi une voie propre sur cette question de la laïcité. Dans le respect de leurs traditions et histoires respectives.
Sur les questions de l’éducation religieuse, du droit familial ou des modes vestimentaires, aucun pays n’a suivi la même route. Mais au bout de celles-ci s’est toujours trouvé d’une façon ou de l’autre, le principe de laïcité.

Et ce processus n’est pas encore achevé. Il se poursuit encore. Par exemple en Italie, en Espagne ou en Irlande, c’est-à-dire dans des pays où l’Eglise pèse d’un poids certain, on connaît encore des limitations au droit à l’avortement. Mais les disputes sur la laïcité ne font plus aujourd’hui trembler les fondements politiques et institutionnels de ces pays.

Pourtant les pays européens n’ont pas peu connu des bouleversements et d’embardées politiques jusqu’à une pacification des relations Etat-religion : guerres entre royautés et papauté, massacres… ce fut alors la question de savoir sur quoi asseoir la légitimité des institutions politiques.
Ce n’est pas par intelligence et culture que les Européens se sont décidés un beau jour à « être un peu laïques ».

Non, c’est pour pouvoir vivre dans un monde réconcilié qu’ils ont fait leur cette option de la laïcité. Parce que la modernité, le processus d’émergence de l’individu et la démocratisation passaient par la laïcité.
Bien évidemment, nous en Turquie, nous avons vécu une tout autre expérience. Les pays européens se sont laïcisés du fait de leur modernisation. Nous autres, nous tentons de nous moderniser et nous laïcisant ! Et comme l’a rappelé Barroso, chaque pays poursuit son chemin par ses propres moyens.

Mais pour en revenir à l’expression de « démocratie laïque », je ne peux m’empêcher de penser que nous avons ici affaire à un genre de nominalisme. Au genre de tentative qui consiste à croire qu’une chose va advenir par le simple fait de son appellation.

Si l’on parle de « démocratie laïque », c’est que, apparemment, son contraire, soit une démocratie bigote ou religieuse est en droit d’exister. Du moins en est-ce une conséquence logique. Mais ceci est une abomination !

Avez-vous déjà entendu parler de « démocratie religieuse » ou encore de « démocratie théocratique » ? Moi non. A moins que vous ne considériez la République islamique d’Iran comme un modèle de démocratie.

Avec le temps, la Turquie poursuivra sa route sur le chemin d’une laïcité et d’une démocratie plus abouties.

Il y a quelques jours, une nouvelle comme on entend régulièrement en provenance d’Arabie est encore tombée sur nos écrans. Un coiffeur turc travaillant en Arabie a été dénoncé à la police par son voisin égyptien au motif qu’il avait insulté Dieu. Et le Turc d’être immédiatement appréhendé et condamné.
En Turquie à peu près au même moment. Une fatwa nous arrive de la Direction Générale des Affaires Religieuses : « la liberté de changer de religion existe. Elle n’implique aucune peine ».
Dans combien de pays musulmans une telle fatwa est-elle susceptible d’être édictée ?

Nous tentons tant bien que mal de réaliser en un siècle ce que l’Europe a mis des siècles à accomplir. De temps à autre, en effet, il est des problèmes et des à-coups. Mais la situation se régularisera. Parce qu’en Turquie, il est un socle solide à la démocratie comme à la laïcité.

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Sources

Source : Radikal, le 12-04-2008

- Traduction pour TE : Marillac

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