Logo de Turquie Européenne
Accueil > Articles > Articles 2009 > 02 - Deuxième trimestre 2009 > Turquie : Marmaray, un tunnel entre l’Europe et l’Asie

Turquie : Marmaray, un tunnel entre l’Europe et l’Asie

jeudi 28 mai 2009, par Marie-Antide

Marmaray est le nom donné au projet de construction du tunnel ferroviaire qui relie les deux rives du Bosphore, à proximité de la mer de Marmara. Par 60 mètres de fond, le tunnel est en place puisque la dernière soudure a été posée le 21 avril et ses 11 tubes sont maintenant assemblés.

Istanbul, renommée pour son histoire et sa movida, est aussi une mégalopole de 13 millions d’habitants, traversée en son cœur par le détroit du Bosphore, parsemée de collines, héritière de plusieurs civilisations … et posée à quelques kilomètres de la faille anatolienne, qui compte parmi les zones sismiques les plus actives du globe.
Dire qu’Istanbul souffre de la circulation est un doux euphémisme puisque certains quartiers sont devenus inaccessibles aux heures de pointe.
Malgré l’incessante circulation des navettes maritimes qui desservent de multiples embarcadères échelonnés tout le long du Bosphore, la construction de deux ponts transcontinentaux mis en service en 1973 et 1988, d’une ligne de métro et de plusieurs lignes de tramways, se déplacer dans plusieurs quartiers de la ville revient à planifier une expédition qui doit prendre en compte le critère météo (qu’il pleuve et tout devient plus lent), la concentration de commerces (essayez de circuler entre Osmanbey, Sisli et Mecidiyeköy en plein après midi …) et les horaires de travail (2 millions de Stambouliotes traversent chaque jour le détroit, les ponts transcontinentaux sont donc impraticables à certaines heures de la journée).

Marmaray est une prouesse technologique

Pour essayer de remédier à cette folle circulation et créer une interconnexion avec les autres réseaux (métro, tramways, bus), le projet Marmaray a été lancé en 2004 : un tunnel long de 14 km dont 1.4 km creusés sous le Bosphore et 60 km de voies ferrées modernisées.
Le tunnel permettra de relier les deux rives en 18 minutes contre … un temps certain actuellement. Aux heures de pointe, un train toutes les deux minutes permettra de véhiculer 75 000 voyageurs par heure dans chaque sens.
Marmaray est une prouesse technologique compte tenu des contraintes naturelles et certains n’hésitent pas à le citer comme l’un des plus grands chantiers du XXIe siècle. En effet, il est à … 20 km de la faille anatolienne et les fonds du Bosphore sont sablonneux.
Comme le montre cette video, il a fallu évider le fond du Bosphore, le combler par un mélange de béton permettant aux éléments du tunnel de reposer sur du solide, immerger chaque élément, les recouvrir et les souder, poser aux deux extrémités des joints antisismiques pour permettre une flexibilité à l’ensemble du système en cas de tremblement de terre.

Le lot de construction de la partie sous-terraine est été remporté par un consortium turco-japonais, les chantiers d’électrification sont sous la responsabilité d’Alstom et les rames seront fournies par une société coréenne. Le tunnel a été conçu pour résister à un séisme de 7.5 sur l’échelle de Richter (celui d’aout 1999 avait atteint 7.4) et des pressions de 20 000 tonnes sur chacun de ses éléments.

Suite aux travaux, des trésors archéologiques réapparaissent

Le tracé du tunnel a très vite suscité de nombreuses controverses, surtout à l’emplacement de la future gare côté européen car de nombreux riverains, logés près des murailles, se sont vus menacés d’expropriation. A ce jour, ils ont obtenu la modification du tracé du tunnel.
Toutefois, les principaux responsables du retard pris par rapport au calendrier initial (mise en service en 2009) ne sont pas tant les riverains en colère que les trésors d’archéologie enfouis sous le macadam, témoins du fabuleux passé d’Istanbul et que chaque coup de pelleteuse fait sortir de terre.
En effet, le tunnel relie deux cités parmi les plus anciennes de la ville : Byzance, à l’embouchure du Bosphore, fondée au VIIe siècle avant JC et Scutari (Üsküdar) fondée au VIIe siècle après JC.
A ce jour, l’inventaire des fouilles est déjà impressionnant : un port byzantin du IVe siècle, 32 caïques et navires marchands dont les cales pleines d’amphores et de provisions confirment la richesse et la diversité des échanges de l’époque, un pan de mur de la muraille de Constantin, une église du XIIe, un phare hexagonal, un jeu d’échec en ivoire, des sandales de cuir …
Tous ces trésors, quand leur état le permet, sont exposés au Musée archéologique. Quant à Marmaray, sa mise en service a été retardée en 2013.

Animation

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

Nouveautés sur le Web

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0