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Les députes kurdes occupent le Parlement turc

vendredi 1er mai 2009, par Marie-Antide

A Ankara, les 21 députés du parti kurde DTP [Parti pour une Société Démocratique] ont occupé l’hémicycle du Parlement durant toute la nuit du 23 au 24 Avril afin de signifier au gouvernement que la résolution de la question kurde en Turquie devait se faire par la voie démocratique et non par la répression.

La semaine précédente en effet, la police turque avait lancé deux coups de filet dans les milieux kurdes aboutissant à l’arrestation d’une centaine de personnes à travers tout le territoire. La majorité des personnes interpellées est suspectée d’appartenir à des sections militantes du PKK, le Parti interdit des Travailleurs du Kurdistan, mais parmi elles figurent aussi des cadres du DTP. La police a fouillé le siège du DTP à Istanbul et saisi documents et ordinateurs. A l’issue de ces interpellations, 51 personnes ont été mises en examen, dont 3 vice-présidents du DTP.

Le DTP est sous le coup d’une procédure de dissolution

Le DTP est la principale formation politique militant pour la reconnaissance de l’identité kurde. Fortement implantée dans la région du Sud-Est, elle s’y est d’ailleurs renforcée à l’issue des élections municipales de mars 2009 alors que l’AKP de Recep Tayyip Erdogan avait fait de sa progression dans cette région l’un des objectifs majeurs de sa campagne.

Sous le coup d’une procédure de dissolution devant la Cour constitutionnelle, le DTP ne s’est pourtant jamais clairement démarqué des actions violentes du PKK, au risque de se faire traiter de vitrine de ce dernier. Ce coup de force contre le DTP apparaît donc comme une tentative de l’Etat de prouver la collusion entre les deux partis.

Si ces arrestations ont suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté kurde, elles ont aussi créé un vif émoi dans la presse nationale.
Dans une tribune publiée par le quotidien Radikal le 19 Avril, le journaliste et écrivain Oral Calislar rappelle que « depuis 20 ans, les partis axés sur la défense de l’identité kurde ont été fermés ». Pour autant les Kurdes ont-ils renoncé à leurs revendications identitaires ?

La naissance d’un nouveau parti sous un autre nom après chaque dissolution est bien la preuve de la persistance de cette question qui est devenue au fil des ans un élément incontournable du paysage politique de Turquie.
Dénonçant la « violence de l’Etat qui a appelé à la violence des Kurdes », le journaliste fait part de sa déception face à ces arrestations, preuve que l’Etat semble décidément sourd à toute solution autre que répressive sur la question kurde.

L’Etat est-il aussi sourd que ces récents évènements le laisse paraître ?

Des indices d’évolution réelle se sont multipliés récemment. Ainsi, le 14 Avril, le chef d’état major des armées, Ilker Basbug, a surpris beaucoup de monde en abordant la délicate définition du citoyen en Turquie lors son discours annuel devant l’académie militaire.

La Turquie est en effet une mosaïque culturelle puisqu’elle est composée d’une cinquantaine d’ethnies (turcs, kurdes, arabes, lazes, circassiens, serbes …). Comme le rappelle le Professeur Jean Marcou dans sa note de blog (OVIPOT, 20 Avril), dans les premières années de la République turque (fondée en 1923), Atatürk avait donné de la citoyenneté une définition ouverte, tenant compte de cette diversité culturelle : la République a été fondée par le peuple de Turquie (Türk halki).
Puis, la définition officielle de la citoyenneté, celle de l’armée, de l’establishment et de l’Etat, s’est refermée autour d’une citoyenneté d’essence ethnique, celle de l’Etat-nation turc (Türkler), position qui a permis de nier les particularismes culturels et de justifier les politiques d’assimilation successives.

Rompant avec cette interprétation, le chef d’état major a réintroduit la notion de citoyenneté ouverte (peuple de Turquie = Turkiyeli) et admis que les citoyens puissent avoir une « identité multiple … s’ajoutant à l’identité nationale principale ».

Véritable ébauche d’ouverture ou propos destinés à encadrer une mutation qui s’annonce inéluctable ? Les réactions ont été plutôt favorables et qu’un chef d’état major tienne de tels propos a créé une réelle surprise : il y a peu, son auteur aurait connu de sérieux démêlés avec la justice.

Pour autant, la résolution de la question kurde n’a pas été amorcée. D’ailleurs, le maire de Diyarbakir vient d’être condamné à 10 mois de prison pour propagande séparatiste. Ses avocats ont fait appel.

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