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Turquie : la guerre contre le PKK exige de la transparence. 1- Barzani

Entretien avec le colonel Isik, ancien commandant des forces spéciales turques.

vendredi 7 novembre 2008, par traduction Anne Guezengar, Yonca Poyraz Dogan

Une délégation turque vient de rencontrer le leader kurde irakien, Massoud Barzani, à Bagdad afin d’aborder la question de la coopération contre le PKK. Jusqu’alors Ankara refusait de discuter avec les Kurdes d’Irak, les accusant de soutenir le PKK.

Le colonel Isik, aujourd’hui retraité de l’armée, est connu en Turquie, pour avoir capturé Semdin Sakik, un des dirigeants du PKK. Il a animé plusieurs rencontres avec les Kurdes d’Irak dans le passé. Il répond aux questions de Today’s Zaman.

En Turquie il y a toujours eu un problème de confiance dès qu’il s’agit de traiter avec les leaders kurdes et particulièrement avec Massoud Barzani, le dirigeant de l’administration régionale kurde (M. Barzani est le Président de la région autonomel du Kurdistan irakien NdT). La Turquie peut-elle faire confiance à Barzani ?

Nous ne devons pas attendre une relation parfaite avec Barzani. Il vit en Irak et c’est un citoyen irakien. L’organisation terroriste (le PKK, NdT) a des éléments dans la région qu’il administre. Il n’est pas en capacité de contrôler la zone où le PKK a trouvé refuge. Depuis l’époque de Saddam Hussein, cette zone est toujours restée hors de contrôle. Nous ne pouvons tenir Barzani responsable de tout ce qui se passe dans la région. Nous devons être en bons termes avec lui.

Pourquoi ?

Meilleures seront nos relations avec Barzani, plus l’espace de manœuvres du PKK se restreindra. Avoir de bonnes relations avec Barzani ne suffira pas à en venir à bout. Mais l’avoir de notre côté est important dans notre lutte contre le PKK.

Dans le passé la Turquie a coopéré avec Barzani. Vous avez eu des relations avec lui.

Quand je commandais les forces spéciales entre 1995 et 2000 en tant que colonel dans le Sud-est de la Turquie, l’armée turque (TSK) et les pershmergas de Barzani ont combattu ensemble le PKK. Nous avons obtenu de bons résultats. Un millier de pershmergas ont été tués dans ces combats. Nous devrions évaluer notre relation avec Barzani en tenant compte de cela.

Pourriez vous développer ce point ?

Jusqu’à récemment les partis de Massoud Barzani et de Jalal Talabani se sont mutuellement combattus. Jusqu’en 2003, il existait une frontière entre leurs deux zones. Barzani vit à Erbil, Talabani à Suleymaniye. Ils désirent développer chacun de leur côté leur propre région. Mais un risque potentiel de conflit entre eux n’a pas disparu.

Refusent-ils de coopérer entre eux ?

Ils paraissent coopérer, parce que Talabani est le Président de l’Irak et Barzani est à la tête de l’administration régionale du nord (La province automne du Kurdistan irakien est généralement nommée « nord-Irak »en Turquie, NdT). Pour le moment, ils ont chacun leur poste. Quand la situation en Irak sera devenue plus stable, nous verrons s’ils continuent à avoir de bonnes relations ou s’ils redeviennent ennemis.

Comment voyez vous l’avenir de la politique intérieure (kurde) irakienne ?

Le bras droit de Massoud Barzani est son neveu Nechirvan Barzani (qui dirige le Gouvernement Régional du Kurdistan, le KRG, situé à Erbil NdT). Berham Salih est le responsable de Suleymaniye. Mesrur, le fils de Barzani, dirige les services de renseignements de la région, Et Kubat, celui de Talabani est le représentant du gouvernement régional à Washington. Quand Barzani et Talabani laisseront le pouvoir, il peut y avoir un conflit entre Berham Salih et Kubat Talabani - de même qu’entre Nechirvan et Mesrur Barzani.

Pensez vous que les messages de soutien à la Turquie des leaders kurdes irakiens sont suffisamment clairs et sincères ?

Ce sont des hommes politiques. Barzani est à la tête du Parti démocratique du Kurdistan, le PDK et Talabani dirige l’Union Patriotique du Kurdistan, l’UPK. Nous pouvons aimer ou ne pas aimer leurs messages. Ils doivent penser à leur électorat.

Qu’est–ce qui les différencie l’un de l’autre ?

Talabani est un leader qui a voyagé dans le monde. Il a une vaste vision et connaît les valeurs démocratiques. C’est un leader de parti, plus qu’un chef de clan. Il souhaite développer les relations avec la Turquie pour permettre à l’Irak de s’ouvrir au monde économique. Il souhaiterait l’ouverture d’un corridor entre l’Irak et la Turquie passant par Suleymaniye, Rania, Haciuram, Harkuk, Sidekan (au Kurdistan irakien ) et Derecik (en Turquie, dans la province d’Hakkari. La frontière est actuellement fermée au transit international NdT) Talabani possède pour le moment une frontière ouverte avec l’Iran, mais pas avec la Turquie. Ce corridor faciliterait les échanges routiers entre l’Irak et la Turquie, ce qui serait bénéfique pour les deux parties.

Nous devons avoir de bonnes relations avec nos voisins dans notre lutte contre le PKK. L’exemple à suivre est celui des relations de la Turquie avec la Syrie.

Dans les années 80 et 90 nos relations avec la Syrie étaient loin d’être cordiales et le PKK y avait alors trouvé refuge. Lorsque ces relations se sont améliorées nous avons pu le déloger de la plaine de la Bekaa. Maintenant le Président syrien et son épouse viennent passer des vacances en Turquie. Nous pouvons faire de même avec l’Irak malgré les problèmes qui existent.

Tels que ?

Il y a un vide du pouvoir en Irak. Qui possède le pouvoir (dans la zone où s’est réfugié le PKK, NdT) ? Est-ce que sont les Etats-Unis ? Est-ce le gouvernement irakien ? Est-ce l’administration nord irakienne (le KRG. NdT) ? Dans cette région il n’y a pas de troupes américaines, ni de troupes contrôlées par Talabani. Il y a quelques pershmergas de Barzani. S’il dit qu’il ne peut pas contrôler cette zone où le PKK a trouvé refuge et si Talabani et les Américains disent de même, alors il n’y a aucune raison de craindre la proposition turque de s’en charger – notamment dans la zone critique d’Hakurk. La Turquie doit montrer clairement qu’elle n’a pas l’intention d’être une force d’occupation et qu’elle veut juste combler cette vacance de pouvoir jusqu’à ce que l’Irak puisse se charger de contrôler la zone

Pensez vous que la Turquie ait proposé aux Américains d’effectuer des opérations communes contre le PKK en Irak du nord ?

Je suppose qu’elle l’a fait. Mais les Américains ne devaient pas être chauds. Si la Turquie a fait une telle proposition aux Américains, elle doit être rendue publique. Il faut de la transparence sur ces questions.

Pourriez spécifier sur quels points il faudrait davantage de transparence ?

Les Etats-Unis fournissent des renseignements à la Turquie qui lancent des attaques aériennes en fonction de ces renseignements. Pourtant l’opinion publique turque a le sentiment que les Américains ne soutiennent pas les opérations turques dans le nord de l’Irak. Les autorités turques doivent faire savoir publiquement dans quels domaines Turcs et Américains coopèrent et dans quels domaines ce n’est pas le cas.

Est-ce que la Turquie peut déloger le PKK (de la zone de Kandil, NdT) sans faire d’opérations terrestres ?

La Turquie doit conduire des opérations terrestres et avoir un certain nombre de postes ou de forces côté irakien pour pouvoir combattre efficacement le PKK. Ce dernier n’a commis aucune attaque contre des avant postes turcs à l’ouest de Cukurça ( province d’Hakkari, NdT), le long du périmètre de sécurité Zaho– Batufa et Kani Masi ((au Kurdistan irakien, NdT). Ses attaques se concentrent dans la zone à l’Est de Cukurça.

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Sources

A SUIVRE : 2nd partie : Aktütün

Source : Today’s Zaman, le 20 Octobre 2008

Traduction pour Turquie Européenne, Anne Guezengar

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