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Turquie-Arménie : Finalement le Président Serge Sarkissian assistera au match.

jeudi 15 octobre 2009, par Jean Marcou

Le Président arménien, Serge Sarkissian, assistera ce soir, à Bursa, au match retour de football, Turquie-Arménie, dans le cadre des phases éliminatoires de la prochaine Coupe du Monde de football. Il s’apprête ainsi à rendre la politesse à son homologue turc, Abdullah Gül, qui était venu à Erevan, pour le match aller, il y a un an, et permet surtout à la « diplomatie du football » de conserver toute sa crédibilité, trois jours après la signature par les gouvernements des deux pays des protocoles qui doivent leur permettre de normaliser leurs relations et d’ouvrir leur frontière commune.

La nouvelle a été accueillie avec soulagement, car jusqu’au bout un certain suspens aura été de mise. De nombreux commentateurs ont, en effet, analysé l’accord turco-arménien avec scepticisme, en s’appuyant tant sur le retard et les incidents de dernière minute qui ont perturbé sa signature, le 10 octobre, à Zurich, que sur les déclarations récentes du premier ministre turc insistant sur la nécessité d’aboutir à un règlement du conflit du Haut-Karabakh. Dans un tel contexte, il est certain que l’annulation de la venue du président arménien aurait relancé l’humeur dubitative ambiante. Mais finalement, Serge Sarkissian viendra et les autorités turques se préparent à l’événement. Le président Gül a notamment reçu les principales associations de supporters de Bursa pour leur demander de bien accueillir l’équipe arménienne et le président Sarkissian. Il faut dire que récemment, dans la capitale turque de l’automobile, un match de football entre le club local et celui de Diyarbakır s’est mal terminé, les supporters de Bursa ayant conspué leurs adversaires kurdes en les qualifiant de supporters du PKK ! Le match de ce soir n’est donc pas sans danger. Des associations pro-azerbaïdjanaises auraient tenté de circonvenir certains groupes de supporters pour qu’ils agitent des drapeaux azéris pendant le match en signe de protestation. Des mesures de sécurité exceptionnelle ont ainsi été prises pour que le match puisse se dérouler sans incident.

Si le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, a lui aussi exhorté Bursa à faire bon accueil au Président Sarkissian et à ne pas céder à la provocation, il a néanmoins répété à plusieurs reprises, ces derniers jours, que la ratification des protocoles serait facilitée par le règlement du conflit arméno-azéri du Haut-Karabakh. On ne saurait pourtant considérer ce vœu ardent comme une mise en demeure conditionnant la ratification parlementaire. Car, en réalité, il est peu probable que le gouvernement turc, qui a accepté de disjoindre la question du Haut-Karabakh de la normalisation de ses relations avec l’Arménie, revienne à retardement sur une position qui a permis la signature des protocoles. Toutefois, il est compréhensible que la diplomatie turque essaye aujourd’hui de tirer parti de l’effet créé par la signature des protocoles pour tenter de débloquer le conflit fossilisé du Haut-Karabakh. Conformément d’ailleurs à ce qu’avait souhaité le premier ministre dans une interview au « Wall Street Journal », la semaine dernière, les ministres des affaires étrangères des pays qui président le groupe de Minsk (Etats-Unis, Russie, France) étaient présents, lors de la signature des protocoles à Zurich. L’idée est ici que si le règlement du conflit du Haut-Karabakh ne conditionne pas la normalisation des relations turco-arméniennes, il n’est pas interdit d’espérer que cette dernière puisse favoriser à son tour une normalisation arméno-azérie, et d’agir en conséquence.

En tout état cause, ce qui favorisera sûrement la bonne tenue du match de ce soir, c’est que son enjeu sportif sera limité. En effet, l’Arménie occupe la dernière place du groupe 5 de la zone européenne des tours préliminaires de la Coupe du Monde 2010. Quant à la Turquie, bien que demi-finaliste de l’Euro en 2008, elle a laissé récemment à la Bosnie-Herzégovine la place de barragiste qui lui aurait peut-être permis de se qualifier pour la phase finale de cette Coupe du monde. Pourtant, ce match Turquie-Arménie, comme l’accord samedi dernier à Zurich, n’en sera pas moins historique, et c’est sans doute pour cela que le président de l’UEFA, Michel Platini, sera aussi à Bursa, ce soir.

JM

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Sources

Source : Ovipot, le 13.10.09

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