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L’Empereur Terim mène la Turquie en demi-finale

lundi 23 juin 2008, par Thimotée Guillemin

La Turquie l’a de nouveau fait ! Opposés à la Croatie, première du groupe B, les Turcs sont une nouvelle fois revenu de nulle part après avoir encaissé le 1-0 à la 119e… Massif !

On savait Fatih Terim fin stratège et habile tacticien, on le découvre amateur de littérature ! Terim a en effet réussi à mettre en pratique les fameux vers de Rudyard Kipling :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme mon fils.

Terim a juste changé la conclusion : vous serez en demi-finales, mes fils ! Les Turcs ont en effet vu leurs espoirs quasiment réduits à néant à la 119e avec ce joli numéro de Luka Modric et ce service en or pour Ivan Klasnic.
Quasiment ? Oui, quasiment, car il était frappant de constater l’état d’esprit des Turcs à ce moment-là. Résignés, la tête en bas ? Oh non, bien au contraire, les Turcs avaient la rage, ils ont levé la tête et sont allés au combat sous la conduite de l’Empereur Terim. Ils ont rebâti, en 60 secondes, l’ouvrage des 119 premières minutes, ils ont rencontré Triomphe après Défaite, ils ont renversé la situation.

Les Turcs sont en demi-finales et le résultat est amplement mérité sur l’ensemble de la partie. Le match, d’un superbe niveau technique à mon avis, aurait pu voir les Croates marquer plus vite le 1-0 avec un peu plus de réussite de la part d’Ivica Olic ou d’Ivan Rakitic mais Rüstü et la défense turque veillaient au grain et permettaient aux joueurs du Bosphore de rejoindre le dernier carré d’un tournoi pour la première fois depuis 2002 (demi-finales de la Coupe du Monde, on a tendance à l’oublier !).

Rüstü, l’un des héros de la soirée

La séance de penaltys ? Ben franchement, malgré tout le talent de Stipe Pletikosa, il aurait fallu être sacrément gonflé pour pronostiquer une victoire croate après cet incroyable retournement de situation. L’énergie positive dans l’air était clairement du côté turc et les jeunes Croates Modric, Rakitic et Petric ont craqué, le seul Croate à tromper Rüstü étant l’expérimenté Darijo Srna (Shakhtar Donetsk). Là, sincèrement, et aussi doués que soient les jeunes footballeurs au damier, on pouvait s’attendre à ce qu’ils craquent, bien malheureusement, et Rüstü a été formidable et intimidant dans ses cages.

Alors voilà, en Suisse, on aime croire qu’on est supérieurs à tout le monde, qu’on détient la vérité absolue, que le monde entier doit être comme nous, bien sage et bien rangé. Je trouve que la présence de la Turquie en demi-finales de l’Euro est un formidable bol d’air pour le football européen, un air frais et régénérant sur un football parfois poussiéreux. La Turquie se bat jusqu’à la dernière minute, elle présente un football atypique et fait appel à des vertus inconnues en Suisse : l’audace et la prise de risques ainsi que l’humilité de reconnaître ses erreurs en cours de match.

Je n’ai aucune peine à l’écrire et à le dire : j’adore le football quand il est pratiqué avec cette ferveur. En fait, c’est la principale qualité de cet Euro jusque-là et son principal intérêt, à mon avis : on retrouve diverses sortes de football que l’on croyait enterrées avec la Ligue des Champions, cette compétition où toutes les équipes se ressemblent et présentent des jeux stéréotypés. Là, on a le Portugal, les Pays-Bas ou la Russie qui nous présentent des footballs offensifs, la Turquie un jeu combatif et passionné, l’Allemagne et la Croatie un jeu rapide et également tourné vers l’avant, bref, on voit des pays avec des vraies caractéristiques, bien différents les uns des autres, et cela me réjouit.

Allez, pour finir, je me dois de signaler que j’ai regardé le match sur un écran géant avec Jean-François Develey en fond sonore et je dois avouer que j’ai trouvé ses commentaires très bons. Bien documenté concernant les footballs turcs et croates (même si quelques petites erreurs sont survenues ici et là), Jean-François Develey a proposé, à mon humble avis, une excellente prestation et je me dois de le souligner ici, j’ai bien aimé passer ces 120 minutes « en sa compagnie ».


Croatie - Turquie 1-1 (0-0) 1-3 tab

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Sources

Source : Carton Rouge, le 21 juin 2008

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