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Ingmar Karlsson : La Suède croit en l’avenir européen de la Turquie.

Mais le Consul Général de Suéde déplore l’absence d’une opposition constructive.

jeudi 13 novembre 2008, par Fatma DİŞLİ, traduction Anne Guezengar

Ingmar Karlsson, le Consul général de Suède à Istanbul est connu pour avoir œuvré au rapprochement de la Turquie avec l’Union européenne et à l’amélioration des relations turco-suédoises depuis qu’il a été nommé à cette charge en 2001. Selon lui, l’absence d’opposition constructive est le plus grand obstacle à la démocratisation en Turquie. Karlsson est fermement persuadé que si la Turquie parvient à réaliser les réformes exigées par l’UE, les oppositions à son intégration s’atténueront et qu’elle obtiendra une place dans le bloc des 27 nations.

- Depuis que vous été nommé à cette charge, le gouvernement suédois a radicalement changé d’attitude vis-à-vis de l’intégration de la Turquie dans l’UE. De négative elle est devenue positive. Qu’est-ce qui explique ce revirement ?

Il faut inverser la question. C’est parce qu’il y a eu des changements radicaux en Turquie, que l’attitude suédoise a changé. Je pense que la position suédoise avait été mal comprise en Turquie. Lorsque la Suède reprochait à la Turquie ses manquements aux droits de l’homme, notamment dans le Sud-est du pays, il ne s’agissait pas d’une forme de soutien au séparatisme kurde (au mouvement illégal du PKK). C’est parce qu’elle souhaitait que la Turquie fasse ...ce qu’il faut pour rejoindre le chemin de l’UE.

Lorsque je suis arrivé, beaucoup de gens étaient sceptiques. Maintenant ils disent « Nous ne comprenions pas la Suède. Nous pensions qu’elle nous critiquait car elle voulait nous tenir à l’écart de l’UE. Maintenant nous avons réalisé que c’est parce que vous vouliez de nous en Europe que vous étiez critiques »

- Comment définiriez vous ce changement à long et à court terme ? Vers quoi avance la Turquie ?

Les obstacles et les problèmes sont nombreux, mais la Turquie est sur la bonne voie. Comme la plupart des observateurs européens, je pense que le problème principal tient à l’absence d’une opposition constructive en Turquie. Un pays a besoin d’une opposition forte, oeuvrant pour l’intérêt de la nation, pas pour les petits intérêts d’un parti politique. A mon avis, cette absence d’opposition constructive pose un réel problème en Turquie.

- Qu’en est-il du mouvement social démocrate en Turquie ?

Tous les partis politiques suédois entretiennent des contacts avec le Parti de la Justice et du Développement (AKP) actuellement au pouvoir. Et ce n’est un secret pour personne que les sociaux démocrates suédois sont extrêmement critiques quant au maintien du parti de Deniz Baykal (le Parti Républicain du Peuple, CHP) au sein de l’Internationale Socialiste.

- Quel est le problème du CHP ?

Le système d’organisation du parti doit être réformé. Sa structure et son organisation rendent beaucoup trop difficiles toute réforme et changement de leader.

- Pensez vous que la laïcité est en danger en Turquie ?

Un parti politique qui présenterait un programme d’islamisation du pays à l’occasion d’ élection en Turquie ne récolterait pas 10% des voix. Beaucoup de gens qui se définissent comme Européens libéraux et sociaux démocrates soutiennent l’AKP parce qu’ils ne voient aucune alternative. Je pense qu’on peut affirmer sans exagération que le fondamentalisme le plus destructif en Turquie est le fondamentalisme laïc. Nous avons mis en place un système de bourses étudiantes. 200 étudiants turcs sont allés étudier dans des universités suédoises. Quelques unes des étudiantes ont porté un foulard dans leur université suédoise. Personne n’en a conclu que la laïcité suédoise courrait un danger.

- Selon vous, quel est le principal obstacle à la démocratisation de la Turquie ?

L’un d’eux est la situation dans le Sud-est et l’interdiction des partis politiques qui veulent défendre les intérêts de la population kurde. Même certains généraux en retraite disent que cette politique a été une erreur. Elle a donné au PKK le rôle d’unique porte parole des Kurdes. Aucune autre alternative n’a été laissée aux Kurdes parce leurs partis politiques ont systématiquement été interdits.

- Quels sont les autres obstacles à surmonter ?

L’actuelle Constitution et la place de l’armée doivent revues pour que la Turquie rejoigne le concert des démocraties européennes.

- Ainsi vous suggérez l’élaboration d’une nouvelle Constitution

Ergun Özbudun a déjà proposé une bonne ébauche de Constitution. La Cour Constitutionnelle devrait se limiter à intervenir lorsque la législation est contraire à la loi fondamentale. Mais le premier paragraphe de la Constitution stipule que la Turquie est un Etat laïque. C’est une contradiction . Chacun doit avoir le droit de penser et de croire à ce qu’il veut. En Suède nous avons connu la même situation au 19e siècle. Dans les années 1850-1860 y a eu une importante émigration vers les Etats-Unis, due bien sûr à la pauvreté et à la famine, mais aussi parce que beaucoup de Suédois estimaient que l’Etat leur imposait sa pratique de la religion.

- La Turquie peut-elle devenir membre de l’UE en dépit de l’opposition de certains pays ?

Il ne sera pas possible d’empêcher la Turquie d’intégrer l’UE, si elle-ci poursuit son processus de réformes. Et je suis convaincu que si ces réformes se poursuivent, les opinions européennes évolueront.

- Vous réfutez les thèses défendues par certains analystes comme Samuel Huntington et Francis Fukuyama I

l y a bien un « choc des civilisations ». Seulement il n’est pas entre civilisations, mais au sein même de celles-ci, au sein du monde chrétien comme au sein de l’Islam. Il y a des Chrétiens et des Musulmans qui ont une conception moderne et positive de la religion et d’autres qui ont une lecture rétrograde des textes. C’est là qu’il y a « choc ».

- Peut-on parler de « choc » au sein de la société turque d’après vous ?

La société turque est en mutation. Une nouvelle classe moyenne émerge. Cette classe sociale veut avoir son mot à dire et ne veut pas que la politique reste uniquement l’affaire de quelques clans d’Istanbul. Ainsi, je pense que la Turquie est en train de vivre un véritable changement sociologique. Cela apportera peut-être davantage de démocratie mais sans doute aussi un peu plus de conservatisme social.

- Cette évolution peut-elle être stoppée ?

La tendance va se poursuivre. Si Deniz Baykal veut remporter les élections, il va devoir créer lui même ses nouveaux électeurs. Sa façon de faire de la politique n’est pas adaptée aux grands courants sociaux et économiques du pays.

- Parlez nous de vos activités de Consul Général à Istanbul.

En 2000, le gouvernement suédois avait pris la stupide décision de fermer le Consulat Général d’Istanbul. Il voulait faire des économies et en regardant une carte du monde, il avait remarqué qu’il y avait deux missions en Turquie. Fermons Istanbul, disait-il. Le Consulat d’Istanbul est la plus ancienne propriété de l’Etat suédois à l’étranger. Il existe depuis 1757. Cette décision a déclenché un tumulte de protestations, venues de toutes les couches de la société, tant en Suède qu’en Turquie. Finalement le gouvernement a renoncé à cette fermeture. Et il a décidé non seulement de conserver le Consulat, mais aussi d’accroître ses activités ainsi que d’ouvrir un nouvel institut : le Centre pour la Coopération turco suédoise. Bülent Ecevit, qui dirigeait le gouvernement turc et Göran Perrson, le Premier Ministre suédois ont signé un accord à cet effet lors du sommet suédois de juillet 2001.

Je suis arrivé à Istanbul avec deux titres, celui de Consul Général et celui de directeur de ce nouvel institut. Mais lorsque que nous avons voulu démarrer ses activités, le gouvernement turc de l’époque a crée quelques difficultés pour des questions de statut, si bien qu’il n’a jamais vu le jour. Alors nous avons poursuivi le projet au sein du Consulat Général. Je ne suis Consul Général que 5% de mon temps. Je consacre la majeure partie de celui-ci à ma fonction de directeur d’un institut qui n’existe pas. Son rôle est de promouvoir l’intégration de la Turquie au sein de l’UE, en organisant des séminaires par exemple, mais aussi en collaborant avec d’autres partenaires occidentaux sur des sujets concernant le Caucase, les Balkans et le Moyen-Orient. Notre agenda est bien rempli.

Nous organisons ainsi de nombreux séminaires sur le thème des relations de la Turquie avec l’Union Européenne, dernièrement à Corlu, Amasya. Je me suis rendu dans une trentaine de ville, d’Artvin à Antakya. Ca a été une belle expérience. J’ai même présenté leur propre pays à des amis turcs. Nous avons organisé un séminaire à Edirne. Le journaliste Sahin Alpay a couvert l’événement. C’était la onzième fois que je me rendais dans cette ville et c’était la première visite de cet universitaire turc.

- Et pendant vos loisirs, quelles sont vos activités ?

Bien qu’Istanbul soit une grande métropole, il est aisé d’en sortir. Je vais souvent marcher dans la forêt de Belgrade. Et le week-end je joue régulièrement au golf à Kemer Country.

- Quels sont selon vous les principales qualités et les plus gros défauts des Turcs.

Hospitalité, cordialité et convivialité sont les qualités que j’apprécie le plus chez les Turcs. Qu’ils soient d’invétérés fumeurs est leur principal défaut.

-  Quelles sont les premières impressions des Suédois visitant la Turquie ?

Les Suédois qui viennent ici pour la première fois ont un choc. Ils ne s’attendaient pas à découvrir une Turquie aussi moderne. J’essaie toujours de faire en sorte que mes hôtes suédois se rendent à Kayseri, Konya, Malatya, Izmir pour qu’ils découvrent le dynamisme de l’ensemble du pays, pas seulement d’Istanbul.

- Quelle équipe de football supportez vous ?

J’ai toujours supporté les perdants. J’ai été supporter de Kasimpasa, cela l’aurait un peu aidé. Naturellement, maintenant je dois supporter Galatasaray à cause de Tobias Linderoth (footballeur suédois). J’ai supporté Fenerbahce. Kennet Andersson jouait dans ce club.

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Sources

Today’s Zaman, le 14 Septembre 2008

Traduction pour Turquie Européenne : Anne Guezengar

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