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Faute « collective » en Turquie

mardi 9 octobre 2007, par Julie Alev Dilmaç, Murat Belge

Avec le meurtre de Hrant Dink, certains jeunes hommes venus de la campagne et cherchant la renommée au nom du sentiment national , affirment de jour en jour que cet événement, loin d’être une entreprise « individuelle », n’est en fait que le reflet des sentiments d’une partie non négligeable de la population.

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Cette idée semble se renforcer de nos jours par l’idée du fameux slogan : « tu l’aimes ou tu la quittes ». C’est sur ce point que le fascisme turc se bat et se défend.

Le pilier principal du « fascisme turc » repose sur la xénophobie, c’est-à-dire « la haine de l’étranger ». Ceci peut être pensé dans un cadre général, dans un sens se reportant à « l’inconnu ». C‘est le cas notamment de « la haine de l’intellectuel ».

Cependant, ce sentiment tend à devenir plus important et plus sauvage lorsqu’il se réfère aux minorités. Dans ce cas-là, le représentant de cette haine n’est autre que l’étranger. De plus, celui-ci n’est ni abstrait ni éloigné et encore moins fort.

Le père du « jeune héros turc » ayant assassiné le prêtre avait prononcé cette phrase : « s’il avait tué un chef religieux (muftu) il n’en aurait prit que pour trois ans ». Ceci n’est en fait que le reflet d’un complexe puisant ses racines dans le passé : l’intériorisation du sentiment d’infériorité face à « l’étranger » et la croyance que ce problème ne peut être résolu que par « l’anéantissement de l’ennemi ».

Ces jours-ci, « l’ordre établi » discute de ce que nous n’avions jamais entendu parler jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’AKP, concernant la Malaisie et « la pression du quartier » : et si cela nous arrivait ? A nous ?…

Or, quelque chose s‘est déjà produit. Le meurtre de Hrant Dink… « l’indicateur de la police » est impliqué dans cette affaire ; nous avons pu constater les fondements des relations entre cet agent et la police, à travers des conversations téléphoniques retransmises par la presse ; ceux qui ont posé avec le meurtrier pour une photo souvenir, ceux qui étendent le slogan « tu l’aimes ou tu la quittes » ; les comportements et paroles des avocats du criminel ; les comportements et paroles des avocats du criminel, choisis eux-mêmes par la présidence du Barreau, ceux qui composent et chantent des chansons et leurs comportements pouvant être tout aussi menaçants.

Après avoir rassemblé tous ces éléments, malgré leurs volontés de camoufler la faille à sa source, pouvons-nous encore affirmer que l’évènement de Trabzon n’était que l’affaire de quelques jeunes irrespectueux ?

Après tous ces faits malencontreux est-il encore nécessaire de débattre de l’affirmation / rumeur selon laquelle il faudrait stopper l’autobus parce qu’un individu a décidé de faire sa prière ?

Il y a un lien concret entre « l’ordre établi » et les meurtriers de Hrant Dink. Or, avant d’arriver à cela, on retrouve déjà dans les « discours nationalistes » que l’on nous sert matin et soir, cette logique, sous prétexte d’éducation et d’apprentissage.

Nous n’allons pas nous occuper de cela, nous allons accepter et trouver tout cela normal, nous allons distribuer des sermons visant à comprendre les sentiments du meurtrier de Hrant, puis, face à cette société conditionnée, nous serons intimidés et aurons peur de nous demander « et si le quartier faisait pression ? ».
Quelle autre pression peut-elle exercer ?

Un groupe ne pouvant s’empêcher de faire de la politique en la fondant sur des meurtres, un autre groupe plus important ne sachant faire de la politique que par le biais de l’hypocrisie… Cette société a encore beaucoup de travail à fournir.

- Traduction pour TE : Julie Alev Dilmac

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Sources

Source : Radikal, le 6-10-2007

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