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Yachar Kemal : « la démocratie ou rien ! »

mardi 16 janvier 2007, par Marillac, Yaşar Kemal

© Marillac et Turquie Européenne pour la traduction

L’écrivain turc Yachar Kemal a rédigé et prononcé le discours inaugural de la conférence ouverte dimanche 14 janvier à Ankara et intitulée « la Turquie à la recherche de la paix ». Consacrée à la question kurde qui revient sur le devant de la scène de par la situation au nord de l’Irak et de par le cessez-le-feu unilatéral décidé par le PKK (organisation armée en lutte contre Ankara depuis 1984) cet automne, elle est pensée comme l’occasion de rassembler une plate-forme civile présentant des démarches concrètes en direction de la paix et du règlement d’une question vieille de 80 ans, alors qu’élections et provocations diverses ne contribuent pas peu à exacerber les passions nationalistes.
Le vieux lion Kemal s’attaque de front à toutes ces passions comme aux fauteurs de trouble et autres faiseurs de guerre.

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Le XXe siècle a connu une succession d’événements qui n’assombrirent pas peu la respectabilité de la race humaine. On y a vécu deux sanglantes guerres mondiales. Des génocides. Ce sont cent années terribles que nous laissons derrière nous.
Les rescapés de la première guerre ne furent plus jamais les hommes qu’ils furent avant le conflit : en proie aux peurs, privés de toute confiance en eux-mêmes, de toute créativité, sans espoir avec des personnalités en lambeaux… Ceux qui devaient réchapper de la seconde ne connurent pas sort plus enviable. Surtout si l’on pense à cette « troisième guerre » que fut la guerre froide…Tout cela ne fut que ruine pour l’humanité… Nous ne pouvons pas dire que l’humanité ait complètement réchappé des destructions occasionnées par ces guerres. Et puis cette attente de la bombe atomique et de la boule de feu qu’elle pourrait faire de notre planète… Vivre dans l’attente de la guerre n’est pas autre chose qu’une petite mort.

Vous me direz que je mets tous les maux de l’humanité sur le dos de la guerre. Non bien sûr que je ne suis pas de ceux-là : je n’en reconnais pas moins que les guerres en sont les causes les plus fréquentes. Les guerres sont des arrêts de morts pour les personnes comme pour les terres et la nature où nous vivons.
Nous laissons donc ce siècle derrière nous dans les peurs, les souffrances, avec cette rage de la mort. N’en oublions tout de même pas tout ce qui a pu être mis au crédit de l’humanité dans le même temps. Tout ce qui a pu, autant que faire se peut, déposer quelque lueur sur le visage des hommes. L’humanité peut aussi se flatter de certaines de ses réalisations en ce siècle.

Le projet européen

Progressivement, l’Europe travaille à s’extraire des décombres de ces trois grandes guerres. Et elle s’en sortira. Autant d’efforts ne peuvent pas ne pas aboutir. L’UE n’a pas été fondée pour rien. Elle a été fondée pour des paix sans morts, pour la fertilisation et l’enrichissement réciproque des cultures ; pour un monde sans guerre et heureux. Elle a été fondée au nom de la paix, de la beauté, au nom du respect de la personne, pour dégager les moyens de ne plus rabaisser ou exploiter les hommes. Ce que je dis-là ne relève pas du vœu pieux : ce sont les racines et les causes essentielles de la fondation du projet européen. Voilà ce que l’on pouvait lire en 1973 dans une déclaration de la l’Europe des 9 :

« Fondée dans la perspective de créer une collectivité développée et sur la volonté de garantir les valeurs politiques, légales et spirituelles de tous ceux qui se sentent vaincus, l’Europe est porteuse de l’espoir d’être en mesure de protéger les Droits de l’homme comme de développer vers la forme d’un Etat social la suprématie de la règle de droit, la démocratie représentative et le progrès économique qui participent de ses valeurs fondatrices et de son identité. »

Et voilà la communauté européenne qui embrasse cet espoir après avoir connu trois terrifiants conflits, après être passée par trois guerres portant en elles l’annihilation du genre humain. Les pays n’ayant pas participé à ces conflits n’en ont pas moins été affectés que les belligérants. Ces trois affrontements ont réduit le monde à la misère. Toute guerre fut toujours à travers les siècles la cause de massacres et de lourdes pertes. Les vainqueurs, les vaincus comme les non belligérants ne purent réchapper à son cortège de funestes conséquences.

Et si nous en venons à ce conflit de basse intensité que l’on dit « guerre light » et que nous connaissons depuis 25 ans, on constate que malgré quelques cessez-le-feu unilatéraux, elle ne trouve aucun moyen de prendre fin. Pourquoi cela ? Comment cela est-il donc possible ? Il doit bien y avoir ici un secret que seuls les dieux sont en mesure de partager. La première guerre a duré 4 ans. La seconde, 6. Notre guerre de 25 ans, combien de temps durera-t-elle encore ? Personne n’est en mesure de prédire quoi que ce soit.

Une guerre de 25 ans

Notre pays a beaucoup souffert de ce conflit. 30 000 morts parmi les combattants. Plus de 70 000 combattants civils, les fameux protecteurs de village, se sont mêlés à cette guerre. Plus de 5 000 villages ont été brûlés, des hommes et des femmes ont été envoyés aux quatre coins du pays. Certains brisés par la faim ou la pauvreté. Les assassinats « inexpliqués » sont devenus monnaie courante ; une arme de guerre parmi d’autres. On a repéré les élites kurdes pour les livrer à de telles méthodes de crime. C’est toute une partie des institutions d’Etat qui ont connu le virus de la corruption. Cela aurait-il été pire de participer à la seconde guerre mondiale ?

Ce conflit a brisé les reins du pays. Nous sommes entrés en guerre contre notre propre peuple. Et le temps aidant, c’est notre position qui se détériore auprès du reste de l’humanité. On ne nous donne raison en rien.

Le monde nous observe tout autant que notre situation. Nous avons donné à la guerilla le nom de terroristes en en attendant secours et soulagement. Les mots changent tout le temps et partout : et il advient qu’un jour ils ne servent plus à rien. Du dehors, les observateurs ne connaissaient pas les raisons pour lesquelles de jeunes gens prenaient le maquis ; ils ont d’abord cru à une aventure de style guérilla. Or une partie de ces jeunes-là étaient des lettrés, des diplômés de l’université. Le presque totalité d’entre eux savaient lire et écrire. Et la presse européenne n’accordaient alors pas trop d’importance à ces faits-là.

Aujourd’hui par contre, la presse du monde entier sait tout de ce qui se passe chez nous. C’est une guerre à mener et à poursuivre en regardant le monde entier droit dans les yeux ; une guerre qui pourrira irrémédiablement le pays.
On dit aussi que ce sont quelques 100 milliards de dollars qui sont partis en fumée dans ce conflit. Qu’on dise ce que l’on veut mais tout cela est encore loin de la réalité. Le prix en est encore plus élevé. Quant à de nouvelles pertes encore, il est beaucoup de pays qui ne sauraient s’en relever.

Des civilisations

Si l’on pose la question des grandes civilisations, nous nous rendrons compte que celles-ci n’ont pu prospérer que sur les terres les plus fertiles, sous les climats les plus favorables : l’Egypte, l’Anatolie occidentale, la Mésopotamie…Les terres de l’Est et du Sud anatoliens sont au nombre de ces régions et ont constitué au fil des siècles et des millénaires le berceau de grandes civilisations.

Les terres de l’Est anatolien ont été des appuis au développement des civilisations mésopotamiennes. Ainsi les fleuves qui y prennent source comme le Tigre et l’Euphrate… La Mésopotamie tire d’ailleurs son nom de ces deux fleuves. Ces terres ont vu naître des civilisations comme l’Ourartu ou l’Hurri et bien d’autres encore. Aujourd’hui, les hommes de ces régions se traînent dans la misère. Avant cette guerre, les habitants de ces zones, malgré toutes les difficultés, ne connaissaient pas telle pauvreté. Les terres des paysans entraînés dans la guerre sont restées incultes. C’en est fini de l’élevage. Les vergers sont asséchés, les ruches abandonnées. Ce qui pouvait rester des villages évacués a finalement été laissé au pillage des protecteurs de village (payés par l’Etat pour combattre le PKK). Et c’est une inimitié sans nom et sans baume qui est née de cette rivalité entre protecteurs et non protecteurs. Quant aux villageois restés sur place, la vie a été rendue impossible.

Comment une région entière a été réduite à l’abandon : les pâturages verdoyants, les terres les plus fertiles ont été laissées à l’abandon. L’Etat mène sa guerre : déplacer les populations et laisser les terres vides…Et condamner, qu’on le veuille ou non, les enfants délaissés de l’exil, à prendre le maquis… Combien de nos jeunes ont-ils gagné les montagnes ? Le gouvernement en a-t-il la moindre idée ?
A-t-on conscience en haut lieu des potentialités destructrices d’une telle attitude ?

Sait-on la nature et la profondeur des pertes ainsi affligées à la Turquie du côté de nos très chers nationalistes « polémophiles » ? Y a-t-il quelqu’un pour penser à la façon dont nous nous épuisons, nous nous épuiserons au fil de ces jours de guerre ? Y en a-t-il pour savoir vers où nous nous dirigeons ?

Il est au Turc d’autre ami que le Turc !

Quoi que vous puissiez faire à un homme ou à un peuple, veillez à ne jamais jouer avec son honneur. Voilà une parole que, depuis ma plus tendre enfance, je n’ai cessé de répéter. Or ceux qui nous dirigent n’ont cessé de faire le contraire. Il n’est plus rien qu’ils n’aient fait subir au peuple : que ce soit eux ou bien ces protecteurs de village agissant indépendamment. Tant de douleurs, d’injustices et d’oppressions que ma bouche ne saurait dire.

Il est dans notre pays des racistes drapés dans les refrains nationalistes et qui ont pour habitude de se fendre d’un mot fameux : il n’est au Turc pas d’autre ami que le Turc. Je ne pense qu’il puisse être proposé au peuple de quelque pays que ce soit, plus terrible parole. Et surtout lorsqu’il s’agit des Kurdes, tu ne dois pas dire de telles choses. Les Kurdes t’en voudraient. Permettez moi de dire à mes amis nationalistes, qu’ils peuvent tout à fait se détendre et se réjouir. Il est d’autres amis aux Turcs que le Turc. Ils ne sont pas si invisibles que cela. De Mantzikert à nos jours, les Kurdes sont les amis des Turcs. Une amitié qui a perduré jusqu’à la guerre de libération. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à dire et à écrire que sans le soutien des Kurdes, cette guerre aurait été difficile et mal engagée.
L’intelligence de Mustafa Kemal Pacha a pu parer à cette difficulté. Après avoir pris pied à Samsun, pourquoi n’ a-t-il pas tenu de congrès sur la Mer Noire ? Allez disons que la côte se prêtait mal à telle organisation, pourquoi ne l’a-t-il alors pas tenu à Amasya ou à Ankara ? Pourquoi ?

Ce cerveau devait bien avoir une solide raison pour agir de la sorte. A Erzurum se tenait une armée devant se tenir à la disposition de l’Inspecteur d’armée qu’était Kemal. Le commandant de ce corps d’armée était Kazim Karabékir Pacha : il a répondu à l’appel de son Inspecteur. Et puis aux côtés du Pacha se tenait encore une autre force : les Kurdes. A Erzurum comme représentant des Kurdes, c’est Haci Musa qui est venu et avec qui un accord a été conclu. De cet accord aujourd’hui, il n’est plus aucune trace.

Dans les années 50, Nurullah Ataç nous avait invité à dîner son ami Cevat Dursunoglu et moi-même. Au cours du repas, nous en sommes venus à parler du seigneur Haci Musa. L’un des convives devait alors demander à Dursunoglu, qui fut en 1919 l’un des membres du Congrès d’Erzurum si Haci Musa et Mustafa Kemal avaient conclu un accord ? Et Dursunoglu de répondre : « Et heureusement que Kemal a passé cet accord. C’est grâce à cette décision qu’a pu prendre fin la révolte des Koçgiri (nom d’une tribu kurde en révolte contre Ankara dans la région de l’anti-Taurus, Tunceli, au début de l’année 1920) ».

A cette époque, l’assemblée nationale comptait 93 députés kurdes. Ces 93 représentants votent une résolution précisant que jusqu’à la fin de la guerre ils resteront sous commandement de Mustafa Kemal. Puis il y a la conférence de Lausanne. Si les Kurdes n’avaient pas soutenu les Turcs mais les Anglais, en serions-nous là aujourd’hui ? Et puis pensez un peu au fait que des Kurdes, au tout début de la révolution bolchévique en Russie, s’étaient alliés aux Kurdes vivant en Russie. La majorité restant fidèle aux Ottomans. Imaginez donc qu’ils aient pris le parti des Russes, les Soviétiques n’en auraient-ils pas fait au final une république kurde soviétique ?

S’il en est ainsi, pourquoi, selon vous, ont-ils accepté tant de souffrances et d’isolement ? Les Kurdes n’étaient-ils pas au courant de ce qui se passait dans le monde ?
Si l’on s’en tenait à la politique d’Etat menée aujourd’hui, on les ferait passer pour les rois des ânes.

Et l’Irak aujourd’hui ?

Nos dirigeants, nos journalistes font de l’indépendance des Kurdes d’Irak un véritable casus belli. Pourquoi ? Qu’avez-vous à voir avec les Kurdes d’Irak ? Que l’on en pense ce que l’on veut, eh chers nationalo-racistes, mais s’il nous est en ce monde un seul ami, alors ce sont bien les Kurdes d’Irak qui se tiennent au sud sur de vastes gisements pétrolifères ?

Et tel ami en vaut bien de nombreux autres. Quel dommage que de leurs amis ils aient tant goûté du bâton pour aujourd’hui n’apprécier le yaourt qu’avec l’appréhension de la brûlure !!! Les Kurdes d’Irak ne veulent pas de l’indépendance. Parce qu’elle ne leur serait d’aucun intérêt. C’est à une fédération qu’ils aspirent au plus profond d’eux-mêmes. Vivre dans le cadre d’un Etat fédéré viendrait bien mieux servir leurs intérêts.

Et certaines personnes, l’Etat, la presse, tous comme un seul homme se dressent : «  les Kurdes vont diviser la Turquie. » Peut-être savent-ils quelque chose que nous ignorons. Peut-être sont-ils en possession d’une information que tout le monde leur envie. Peut-être encore savent-ils que cette violence ne cessera ni ne s’amoindrira jamais. Et s’ils ne le savent pas, peut-être le souhaitent-ils. Peut-être enfin que personne ne sait rien.

Une guerre, d’aussi faible intensité soit-elle, n’en reste pas moins une guerre. Et l’Etat qui souhaite que la guerre perdure, aussi puissant soit-il, ne peut pas ne pas connaître de pertes, ne pas être affecté. Nous nous rendons bien compte que les forces de ceux qui veulent poursuivre la guerre en pure perte ne servent pas à grand-chose. La douleur occasionnée par la guerre se loge dans le cœur de tout un chacun.

Les Kurdes veulent la paix. Et si ce désir n’était pas sincère, cela se comprendrait très vite. Il est toujours nos nationalo-racistes à exclure les Kurdes. Ils sont tout à fait libres de discuter de ce qu’ils veulent. Mais ces gens sont restés sans nouvelle ni du monde. Bien que notre peuple brûle d’un désir de démocratie, nous n’avons pas été en mesure d’en épouser les formes et les bienfaits. Et si une telle situation venait à perdurer, nous ne la connaîtrons jamais. A notre époque, les noces d’un pays avec la démocratie font le lit de sa respectabilité.

Il y a des années, j’avais dit que la démocratie passerait par la question kurde. Et toi continue donc d’interdire la langue maternelle de millions de tes concitoyens, de refuser l’ouverture d’écoles où lire et écrire cette langue… Les universités où étudier et développer cette même langue… Les Kurdes ne sont pas une minorité d’après le Traité de Lausanne. Et c’est tant mieux. Parce qu’il ne leur serait rien resté qu’on ne puisse pas interdire.

Comment aurions-nous pu faire une minorité de nos frères depuis Mantizkert, de ceux qui se sont battus à nos côtés durant la guerre d’indépendance ? Les Kurdes ne se sont d’ailleurs jamais vus comme une minorité. Même dans les pires conditions, ils ne se sont jamais considérés comme une minorité. A tous les exils, toutes les vexations, à tous ceux qui tenaient leur langue pour une invention, ils n’ont jamais brandi l’identité de la minorité. Pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont pas minorité mais bien des frères. Personne ne peut les arracher à leur fratrie. Il en va d’un passé millénaire.

Si l’on n’avait pas connu ces interdictions pendant 80 ans, si l’on n’avait pas oublié la proximité des Kurdes, si on ne les avait pas étouffés sous des lignes et des lignes d’interdictions, alors aujourd’hui il ne me serait même pas venu à l’esprit de dire de telles choses. Le peuple turc n’a pas oublié son frère. Une farouche propagande a pris les Kurdes pour cible. Ils ont dû endurer des lynchages, des exils puis des exils encore. Certains ont tenté de nous pousser tous à la guerre civile. Mais voilà, les gens qui vivent ensemble sur ces terres n’ont pas laissé d’espace à ces provocations, à ces incitations à la haine. Voilà, une attitude réjouissante, une réaction chargée d’espoir. Nous sommes passés par tant de tempêtes jusqu’à présent que nous irons dorénavant là où nous devons aller par la voie la plus courte.

Démocratie et richesses culturelles

Puis il y eut tous ceux qui prétendirent qu’il n’y avait pas de langue kurde, qu’elle n’était qu’une mosaïque de parlers locaux ! Soit ils ne savent pas soit ils inventent. La langue kurde est une langue riche. Et des langues kurdes procèdent de nombreux parlers selon les régions, selon les villes.
La langue kurde est également forte d’une riche littérature. Et les langues dotées d’une littérature écrite savent se perpétuer à travers les siècles. Il est des grandes et anciennes épopées en langue kurde. Les aèdes kurdes continuent aujourd’hui encore d’aller chanter ces épopées de village en village : ils en créent de nouvelles. On parle encore d’anciens auteurs comme Abdala Zeyniki : à la fois grand poète et grand conteur…

Fakiye Teyran fut un autre aède. Il vécut au 14e siècle. Fils de Müküs Emiri. On lui connaît des compositions de cette poésie du Divan. Ses textes se colportent encore de conteurs en chanteurs. La plupart de ses poèmes ont les oiseaux pour sujet. Voilà pourquoi on le tient pour le « conteur des oiseaux ». Il a passé toute sa vie avec les oiseaux.
Aujourd’hui sur la planète, il est des conteurs et créateurs d’épopée au Kirghizistan. On les appelle Manasdji. Il y en avait encore en Irlande jusqu’au siècle dernier.

Notre époque traverse une crise de la culture. Et particulièrement ces dernières années, on mène de nombreux travaux sur les cultures. Les questions culturelles sont constituent des problèmes de tout premier plan, notamment en Europe…

Il n’est pas anodin que l’on donne de plus en plus d’importance à la culture. Ce qui fait d’un homme un homme c’est bien la culture. Et le monde est un jardin de cultures couverts de milliers de fleurs. Chaque fleur possède une couleur, un parfum particulier. L’humanité se doit de frémir sur chaque culture. Si de toutes ces fleurs nous en coupons une alors c’est un parfum et une couleur dont nous restons orphelins.

Jusqu’aux temps de l’impérialisme, les cultures se sont nourries les unes les autres en toute réciprocité. Il en va ainsi des civilisations… Il n’est aucune culture, aucune civilisation en ce monde qui ait pu se développer seulement par elle-même.

Il est un certain nombre de gens parmi les scientifiques ou les intellectuels qui refusant la pluralité des cultures se déchirent eux-mêmes et notre pays par la même occasion. Ils nous parlent de l’Anatolie comme du berceau de grandes cultures. Mais pour eux, nous n’avons pas le droit à l’expression.

Jusqu’aux temps impérialistes, qu’on le veuille ou non, les cultures se fécondaient l’une l’autre. L’impérialisme, quant à lui, s’est attaché deux notions héritées de la Renaissance : l’homme primitif et l’homme supérieur. Et les impérialistes, sûrs de leur bon droit, se sont mis en tête d’apporter la culture aux hommes primitifs.

Si nous sommes en mesure de créer une véritable démocratie en Anatolie alors les cultures de cette région se remettront à se féconder l’une l’autre. Et la Turquie, comme par le passé, renouera avec cette habitude de contribuer de la plus belle manière au patrimoine culturel de l’humanité.

Si les hommes de ce pays font le choix de la beauté, du bonheur et de l’humanité, alors cela ne pourra pas passer par autre chose que les Droits universels de l’Homme et la liberté d’une pensée sans borne et universelle.

Quant aux citoyens des pays qui s’opposeront à ces valeurs, ils vivront sans respectabilité aucune dans le siècle qui vient, comme des personnes incapables de regarder l’humanité dans les yeux.

Il est en notre pouvoir de sauver l’honneur, le pain et la richesse culturelle de notre pays. Une véritable démocratie ou rien.

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