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Sarko-Ségo : match et florilèges

vendredi 4 mai 2007, par Marillac

Pas de consigne de vote. Telle pourrait être notre devise…
Il faut dire que la Turquie a opéré une si soudaine et violente embardée vers les mers houleuses de l’irrationnel en politique ces derniers jours que les états d’âme de nos deux candidats aux cieux élyséens nous sont apparus quelque peu incongrus.
Et pourtant, les enjeux sont énormes pour la France, l’Europe. Mais aussi pour une Turquie qui, avant de verser dans son épilepsie printanière (espérons-le), en avait plus que conscience : état-major comme gouvernement ont déjà planché sur les lendemains de l’élection présidentielle française.

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Le tableau est simple. Jugez vous-même !

- Sarko élu, il a l’intention de kärcheriser l’Europe de cette Turquie bien trop encombrante dès le Conseil Européen de juin prochain. Soit, mais encore ?!

1- Ce n’est pas au programme de sa comparse Angela qui a d’autres chats à fouetter dans ce magasin de porcelaine qu’est devenue une UE à 27 empêtrée dans les rets du Traité de Nice.

2- Dans le cadre de la crise du nucléaire iranien, une crise majeure avec une Turquie sur les nerfs serait-elle la meilleure carte à jouer ? L’Ahmadinejad de Neuilly qui ne distingue pas son sunnite de son chiite tendra-t-il la main à son modèle persan (euh ?!) dans le sens d’une nucléarisation du Moyen-Orient ? La Turquie servira-t-elle alors de tampon ? Plutôt de bouchon. Auditif.
Nous en reparlerons.

- Ségo élue, l’adhésion turque semblerait en mesure de poursuivre son bonhomme de chemin dans le monde de Oui-Oui. Oui, mais fraîchement adoubée par les corps francs arméniens de la FRA et des Dashnak, champions de la cause nationaliste arménienne la plus dure, ne la voilà-t-elle pas liée par cette promesse de porter la proposition de loi relative à la pénalisation de la négation du génocide arménien devant le Sénat, puis de la promulguer elle-même. Autant dire que dans les conditions politiques actuelles de la Turquie, cela ne reviendrait qu’à tirer un peu plus la manette des gaz nationalo-conservateurs… Et quand on parle de coup d’Etat dans les couloirs de l’état-major ou que se profilent des législatives à haut risque, on ne peut que redouter les « maladresses » venues de l’extérieur…

Aussi, plutôt que de verser collectivement dans un camp ou dans l’autre, avons-nous décidé d’éclairer quelques lanternes par un petit florilège de ce qu’ont dit nos joyeux candidats, sur autant de thèmes nous intéressant directement.

Et joyeuses « votations » donc !!!


Temps de parole du petit Nicolas

- Interviewé par PPDA et François Bachi sur la Turquie, il déclare, lapidaire, le 25 avril :

« Si je suis président de la république, ce sera NON ! » Après avoir écarté d’un revers de main même le référendum, dont PPDA lui rappelait l’existence constitutionnelle.

- Débat télévisé de l’entre-deux-tours (2 mai) :
« Moi ça ne changera pas », a répliqué Nicolas Sarkozy, hostile à l’entrée d’Ankara dans l’UE.
« Quand vous expliquerez aux habitants de la Cappadoce (région de Turquie) qu’ils sont européens, vous aurez fait une seule chose : vous aurez renforcé l’islamisme », a poursuivi Nicolas Sarkozy.

- « A l’école, j’ai appris que la Turquie est un pays qui fait partie du continent asiatique. »

- « Je ne suis pas pro-américain. La preuve : je suis contre l’adhésion de la Turquie à l’UE. »

- « Il nous faut retrouver cette foi dans l’avenir, cette foi dans les capacités humaines et dans le génie français« , a-t-il dit en se référant à »la France des croisades et des cathédrales, la France des droits de l’homme et de la Révolution".

- « La France n’a pas à rougir de son histoire, la France n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale (...) Je suis convaincu que pour un Français, haïr la France, c’est se haïr lui-même.« - »Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter.« - »J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a mille deux cents ou mille trois cents jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense."


Temps de parole de Sainte Marie Ségolène

- Courageuse lors de son débat avec Nicolas Sarkozy le 2 mai dernier, elle défend une position faite de respect et de lucidité vis-à-vis de la Turquie :

N’excluant pas de faire entrer un jour la Turquie dans l’Union européenne contrairement à son rival de l’UMP, Ségolène Royal a accusé mercredi soir Nicolas Sarkozy de « claquer la porte » à un « grand pays » et d’avoir une position « dangereuse » pour le monde.

Sur l’entrée de la Turquie, « les Français seront consultés par référendum » mais « pour l’instant c’est une pause » dans les élargissements de l’UE, a déclaré la candidate socialiste, qui a dit que sa position pouvait « changer ».

« Je ne crois pas que ce soit de bonne politique, comme ça, de claquer la porte à ce grand pays. Méfiez-vous parce qu’il y a grandes forces démocratiques en mouvement en Turquie qui ont besoin d’être consolidées », a-t-elle mis en garde. « C’est dangereux pour l’équilibre du monde », « aidons ce mouvement laïc et démocratique », a-t-elle plaidé.

« Il faut être responsable à l’égard de l’équilibre du monde », a-t-elle poursuivi. « N’utilisez pas ce sujet comme ça de façon aussi brutale ».

- Extraits de « Maintenant » paru chez Hachette, cités en avant première dans Le Monde du 24 mars

"A terme, la Turquie a vocation à rejoindre l’Europe à condition qu’elle satisfasse aux critères d’adhésion, qui ne sont pas seulement économiques et comptables mais également démocratiques. On ne doit pas opposer à la Turquie un argument géographique : l’Europe n’est pas un territoire - Paul Valéry la définissait comme « un petit cap asiatique » - mais un projet politique. L’argument religieux ne tient pas non plus : un pays dont la majorité de la population est musulmane a parfaitement sa place dans une Europe qui n’est pas un club de nations chrétiennes et compte depuis des siècles, dans les pays de l’Est et des Balkans qui l’ont rejointe, des millions de musulmans pleinement européens.

Du point de vue géostratégique, l’Europe a beaucoup à gagner à l’intégration de la Turquie. Quelle belle démonstration dans un monde hanté par le choc des civilisations ! Les démocrates turcs en sont ardemment partisans, car la perspective européenne aide à y consolider un Etat de droit. Elle les aide aussi dans leur combat contre ce négationnisme d’Etat qu’est le refus de reconnaître le génocide arménien. Beaucoup de solides raisons militent donc pour accueillir dans l’Union un pays qui est membre depuis longtemps du Conseil de l’Europe.

Les motifs pour lesquels je n’y suis, dans l’immédiat, pas favorable ne tiennent pas à la Turquie mais à l’Europe : elle a besoin d’une pause et d’un temps de stabilisation de ses frontières, car, aujourd’hui, la plupart de ses habitants ne savent plus où elle commence et où elle s’arrête, à quoi elle sert et où elle va. L’Europe a besoin, je le répète, de faire la preuve de son utilité concrète dans la vie quotidienne de ceux qu’elle réunit déjà. Ses élargissements successifs sans consultation populaire ont été vécus comme un déni démocratique et, souvent, une dilatation angoissante : de plus en plus de pays membres mais un projet politique et social de plus en plus flou. Or qui sont aujourd’hui les plus chauds partisans de son élargissement maximum ? Ceux qui réduisent l’Europe à un grand marché le moins régulé possible (...)."

- Extrait - Communiqué de la FRA Dachnaktsoutioun - Mardi 1er mai.

« Ségolène Royal, la candidate du Parti socialiste, a réitéré, par écrit, dans la presse arménienne, les engagements pris par le Parti socialiste
Le mardi 3 avril dernier la FRA Dachnaktsoutioun et le Parti Socialiste ont tenu un meeting commun à Alfortville dans le cadre de la campagne de soutien à Ségolène Royal. Nous avions décidé de soutenir la candidate du PS à l’élection présidentielle sur la base des déclarations écrites qu’elle avait faites. Ces déclarations s’inscrivant clairement dans le cadre déjà préétabli entre la FRA et le PS, nous considérions que la candidate respectait ainsi les engagements conclus entre nos deux partis tant sur la question de l’adoption de la loi sanctionnant pénalement le négationnisme du génocide arménien que sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.
Avec ce meeting commun le PS s’engage sans ambiguïté et encore plus fermement aux côtés des Arméniens. Il n’y a pas d’autres exemples en Europe d’engagements aussi forts, aussi clairs, aussi nets d’un parti en faveur de la cause arménienne.
 »

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