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Turquie : oui, il y a une barrière culturelle

vendredi 12 novembre 2004, par Samim Akgönül

Dernières nouvelles d’Alsace 11/11/2004

« Depuis que l’adhésion de la Turquie à l’UE est devenue une éventualité plausible, comme tous les Turcs, je suis témoin d’un débat affligeant. Nombre d’entre eux ne se reconnaissent absolument pas dans cette image du Turc « différent » : un Point de vue signé Samim Akgönül, de l’Université Marc-Bloch Strasbourg II et du CNRS.

Depuis que l’éventualité de l’adhésion de la Turquie à l’UE est de plus en plus concrète, la parole s’est libérée et le politiquement correct est mis de côté pour laisser sa place à une argumentation crue, souvent insultante, toujours condescendante : la démocratie, les droits de l’Homme, l’humanisme, bref l’européanité ne seraient pas dans la culture des « Turcs ».
C’est cet holisme qui pose un problème immense. Aujourd’hui on parle encore des Turcs au pluriel, qui sait quand nous allons passer au singulier pour stigmatiser Le Turc, personnifiant toute une nation, avec une série de traits caractéristiques propres différents.

Notre victoire à tous

Quelles seraient ces différences de la culture des « Turcs ». Respect des droits de l’Homme ? Il existe en Turquie des Robert Badinter, des Simone Veil. Il existe aussi des Jean-Marie Le Pen, des Bruno Megret et d’autres champions de la supériorité de la culture turque. Pourquoi ne pas être avec les premiers pour tenter de convaincre les seconds ?
La peine de mort n’existe plus en France, en Turquie non plus. C’est notre victoire à tous, il faut en être fier mais il reste du chemin à parcourir.. Ainsi, il ne faut pas brader notre rêve de son abolition universelle pour vendre deux avions. Il y a effectivement une barrière culturelle qui me sépare de ceux qui parlent des différences culturelles pour prouver que les droits de l’Homme ne sont pas universels, et ce, qu’ils soient en France ou en Turquie.

« Combattons ensemble... »

Atteintes aux droits des femmes ? Indéniablement. Alors combattons les violences faites aux femmes, défendons ensemble l’égalité parfaite entre les sexes. Condamnons fermement toutes les atteintes aux droits des femmes, en France où il existe 1 600 000 femmes qui subissent des violences chaque année, et en Turquie où il y a 1 million de cas de violences conjugales. Oui, effectivement il y a une barrière culturelle qui me sépare de ces hommes qu’ils soient en France ou en Turquie.
Respect des droits des minorités ? Oui, il existe des atteintes aux droits politiques et culturels des minorités en Turquie. Défendons ensemble toutes les minorités, oeuvrons ensemble pour la poursuite du processus engagé en matière des droits des Kurdes, pour que ce processus soit étendu à d’autres groupes. Battons-nous pour la culture kurde, laz, basque, bretonne, corse, alsacienne, ensemble, dans l’Europe. En effet, entre moi et ceux qui désirent l’uniformisation d’une nation, française ou turque, il y a une barrière culturelle.
La corruption ? Elle existe en Turquie. Il faut lutter sans relâche à commencer par le plus haut niveau, celui des responsables politiques. L’Europe, la France en tête, doit aider les démocrates turcs à la combattre, en particulier parce que ce pays a une expérience forte en matière de lutte contre la corruption, contre le financement occulte des partis politiques, contre les hommes politiques véreux. Entre ceux qui n’hésitent pas à utiliser les deniers publics pour leurs propres intérêts, entre ceux qui se cachent derrières des mandats électoraux et moi, il y a une barrière culturelle infranchissable.

De l’Arménie à l’Algérie

Reconnaissance du génocide arménien de 1915 ? En effet, il faut un Grand Pardon, officiel mais fraternel, sans mercantiliser la douleur. Le sujet n’est plus tabou en Turquie. Aidons-nous mutuellement pour ce Pardon, pour celui qui doit être fait aux Algériens torturés, aux victimes de massacres au Rwanda. Mais attention, sans diluer les leçons de la Shoa, sans la relativiser.
Battons-nous ensemble contre toutes sortes de négationnismes, que leurs défenseurs soient des hommes politiques nationalistes turcs ou des professeurs d’université français. Je sens une barrière culturelle en béton armé entre ceux qui bâtissent leurs pensées en niant la douleur de l’Autre et moi.

« N’avons nous pas les mêmes valeurs ? »

En Turquie il y a le travail des enfants ? Ceci est vrai. Pourquoi ne pas nous donner des armes pour éradiquer toutes les injustices faites aux enfants, du travail aux abus sexuels ? 50 000 enfants subissent des actes de violence sexuelle en France chaque année et nous nous taisons. En tant que Turc j’ai honte des enfants qui travaillent dans les usines turques, en tant que Français j’ai honte de voir des milliers de vies brisées. Combattons ces adultes qui gagnent de l’argent sur le dos des enfants ou qui assouvissent leurs pulsions en les utilisant. Combattons-les ensemble, main dans la main. Entre ceux-là et moi il y a indéniablement une très haute barrière culturelle.
N’avons nous pas les mêmes valeurs ? Les miennes sont les droits de l’Homme, droits des enfants, droits des minorités, liberté d’expression, celle de croire et celle de ne pas croire. Tous les Turcs partagent-ils ces mêmes valeurs avec moi ? Certainement pas. Et en France tout le monde croit-il aux mêmes valeurs ? J’en doute également. Alors ne nous séparons plus en tant que Turcs, Français, Grecs ou Lettons, mais en tant que démocrates et humanistes et ceux qui n’attendent qu’on les convainque aux vertus de la démocratie et de l’humanisme. L’Europe est le meilleur cadre pour y parvenir.
Alors faisons en sorte que le fleuve des démocrates turcs rejoigne le nid de l’humanisme français.

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