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Israël, la Palestine et un autre pays encore...

dimanche 24 octobre 2010, par Baskın Oran

C’est de façon résolue qu’Israël va de mal en pis. İl ne suffisait pas de faire essaimer les colonies juives un peu partout, y compris sur les terres pour lesquelles les Palestiniens détiennent des droits de propriété. L’Etat juif modifie maintenant sa loi sur la citoyenneté. Une loi qui crée l’obligation de prêter un serment de fidélité à “l’Etat d’Israël, démocratique et juif”.

Cette disposition ne s’appliquera pas aux Juifs. Seulement aux non-Juifs désireux d’acquérir la nationalité israélienne.
La judéité signifie deux choses : la religion et l’ethnie. Pour cette raison, faire reposer de la sorte la citoyenneté sur l’ethnie et la religion conduit tout droit au racisme d’un côté, à une sorte de théocratie de l’autre. Dans les cités de la Grèce antique, que nous tenons pour le berceau de la démocratie, les droits et la démocratie n’existaient que pour une poignée de citoyens ; ils ne s’appliquaient ni aux étrangers, ni aux esclaves (par exemple, deux personnes sur cinq, voire quatre sur cinq selon certains auteurs, étaient des esclaves). Et de façon bien semblable, Israël à son tour n’applique la démocratie et les droits qu’aux seuls citoyens juifs. Voilà bien le fond et le sens de ces dernières dispositions législatives.

Israël, forcé à cette calamité

Forcé oui, parce que, finalement, c’est là, dans cette fosse, que l’a poussé son déni des réalités. Les Juifs massacrés par les nazis ont reporté leur douleur sur les Palestiniens après avoir fondé un Etat et être devenus majoritaires ; la cruauté des victimes est la chose du monde la plus affligeante. Et, en 1947, l’ONU n’avait-elle pas décidé qu’ici soient fondés deux Etats ? Certes, beaucoup d’eau, depuis, a coulé sous les ponts, mais Israël a toujours refusé qu’en échange de la paix les Palestiniens se dotent de leur propre Etat (Principe de la “Paix contre la Terre”).

Et refusant ce principe, l’Etat juif s’est retrouvé avec, sur les bras, la question des Arabes israéliens devenus des parias. Et pas seulement du point de vue de cette résistance maintenue depuis 1947.
Voyez un peu :
Le professeur Arnon Sofer de l’Université de Hayfa a été entendu par la Commission de la défense et des affaires étrangères de la Knesset : l’année dernière, les Juifs israéliens étaient au nombre de 4,8 millions, les Arabes de 3,3 millions. En 2020, les Juifs seront 6,4 millions, les Arabes 5,8. A cela ajoutez les 1,8 millions de personnes ni juives, ni arabes qui seront 3 millions en 2020, et les Juifs passent du côté de la minorité (8,8 millions contre 6,4).
Il est aussi, bien évidemment, cette peur des millions de réfugiés palestiniens vivant à l’extérieur d’Israël, particulièrement en Jordanie. D’ailleurs, cette loi raciste et d’inspiration théocratique a dû être conçue dans le but de prévenir leur retour.

Bien sûr, les autorités israéliennes n’opèrent pas le même décompte démographique. Même si on ne leur accorde pas l’indépendance, les Arabes de Cisjordanie (2,5 millions) et ceux de Gazza (1,5 millions), n’entrent pas dans leur calculs. De cette façon, 75% de la population israélienne est juive, 20% arabe et 5% de diverses origines. Revenons donc au professeur Sofer qui, d’un trait de plume, efface de telles inepties seulement destinées à “dissuader l’ennemi”. En un mot, la situation qui pousse Israël à voter une telle loi est la même qui, au final, le poussera à accepter la perspective d’un Etat palestinien. Tata dialectique quand tu nous tiens !

Que fait Israël ?

A force de nier la réalité, Israël a fait beaucoup pour acquérir un statut de moufette sur la scène internationale. Il fait encore beaucoup. Je ramasse en quelques lignes ce qui me vient à l’esprit.
A cause de cette chaîne de dénis :

- La minorité si différente de la majorité, du point de vue de l’ethnie, de la langue et de la religion croît plus vite que la majorité. Ce qui suscite la panique parmi la majorité, la pousse à faire des choses à ne pas faire.

- Une psychose du démembrement étreint le pays. Et si nous épousons le point de vue populaire, cela accroît le sentiment d’hostilité réciproque entre majorité et minorité ; cela les noie sous le malheur.

- Si nous envisageons cette psychose de la désintégration du point de vue de l’Etat, cet psychologie pousse constamment le balancier du côté de “l’Etat de Securité Nationale”, elle contraint à tout envisager sous l’angle de la sécurité. Et par conséquent, tout cela concourt à porter atteinte à l’Etat de droit comme à la sécurité individuelle. En plus, la minorité est de plus en plus stigmatisée comme étrangère, voire poussée à la révolte.

- Il est un phénomène terroriste dans le pays, mais il est aussi une terreur d’Etat. L’Etat déplace son propre peuple ou le livre à l’exil en abattant officiellement les murs de ses maisons. Il interdit les entrées et les sorties dans certaines zones du pays déclarées zones interdites.

- Il existe une armée puissante mais cette armée est programmée, non pas pour se défendre de voisins trop faibles pour s’en prendre au pays, mais pour agir en interne.

- De temps à autre, cette armée néglige la souveraineté des Etats voisins et peut lancer des opérations internationalement illégales au-delà de ses frontières sur le territoire de ses voisins. Pour légitimer cela, elle s’appuie sur un concept politique aussi flou que le “droit à la vie de l’Etat”.

- Toutes les propositions de solution faites par l’Occident sont perçues comme des “atteintes à la souveraineté nationale”, voire comme des “ plans de partition”.

- A mesure que parviennent de telles propositions, d’un côté monte un nationalisme mêlé de xénophobie, de l’autre la maladie du repli sur soi et sur son passé atteint des proportions inquiétantes. “Le Juif n’a pas d’autre ami que le Juif” : voici le genre d’atmosphère qui baigne alors le pays.

- Bien que le régime soit généralement démocratique, ceux qui proposent des réformes internes sont qualifiés de “traîtres à la patrie”.

- Et comme conséquence de tout cela, la crédibilité du pays décroît auprès de l’opinion publique internationale, et plus elle décroît plus s’accroît la paranoïa.

Et si nous allons un tout petit peu plus loin...

Bref, à cause de ce comportement envers ceux qui resteront en dehors de la citoyenneté israélienne, Israël se met, place et placera son peuple dans une situation incroyablement difficile. Et quand je dis incroyablement, vous pouvez tout imaginer.

Bien sûr, dans le même temps, libre à vous de penser qu’au Moyen-Orient en ce moment il n’est pas qu’Israël à se mettre dans une telle situation, qu’il est aussi un autre pays dont le nom ne me vient à l’esprit pour l’instant, un autre pays, qui, même si les conditions ne sont pas exactement les mêmes, se met dans le même genre de posture. Libre à vous de le penser ; je n’aurais aucune objection.

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