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Un groupe d’avocats nationalistes mène l’offensive contre l’UE

vendredi 17 février 2006, par Alix Rijckaert

Le Monde - 17/02/2006

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« L’Union européenne, c’est non. Nous n’en voulons pas », explique sans ambages Kemal Kerinçsiz, président de Türk Hukukçu Birligi, l’Association des avocats turcs. Inconnu il y encore un an, ce groupe de pression nationaliste a déposé une trentaine de plaintes contre des intellectuels turcs, mais aussi contre un parlementaire européen. Selon Halil Berktay, historien à l’université Sabanci d’Istanbul, « ces activistes, informels et peu nombreux, proches des Loups gris, sont prêts à tout pour faire se fâcher l’Union européenne et la Turquie ».

Leur stratégie consiste à porter systématiquement plainte contre les auteurs de remarques critiques sur des sujets « sensibles » en Turquie, comme le génocide arménien, le conflit avec les Kurdes ou le fonctionnement de la justice. A chaque procès, ils déplacent une centaine de personnes. Aujourd’hui, ils sont « le fer de lance de toutes les oppositions à la liberté d’expression et à la démocratisation du pays », ajoute l’historien. Leur principale offensive a été celle menée contre l’écrivain Orhan Pamuk, dont le procès a scandalisé les opinions publiques européennes, en décembre 2005, avant que le parquet n’abandonne finalement les poursuites.

Au premier rang, Kemal Kerinçsiz, qui s’est porté partie civile - en vertu de l’article 301 du code pénal - contre Orhan Pamuk, puis contre le député européen Joost Lagendijk, venu à Istanbul soutenir le romancier turc, est un spécialiste des coups d’éclat. Cet ancien membre du Parti d’action nationaliste (MHP, extrême droite), considéré comme « infréquentable » par l’establishment turc, selon Halil Berktay, n’hésite pas à injurier ceux qu’ils estime ennemis de sa cause. Pour M. Lagendijk, c’est un « provocateur » qui veut « mettre en difficulté le gouvernement ».

M. Lagendijk avait été régulièrement pris à partie par Kemal Kerinçsiz, qui avait qualifié sa présence lors des procès des intellectuels turcs d’« intrusion des forces étrangères » en le pointant du doigt. Jets de tomates pendant une conférence universitaire sur le génocide arménien, tirades incendiaires sur les plateaux de télévision contre les « manipulations » des « puissances étrangères » : le personnage et ses troupes manient avec dextérité l’arme médiatique.

Pour Halil Berktay, cet activisme est le signe d’une résistance d’une partie de l’armée, de la bureaucratie et de la magistrature - « l’Etat profond », selon l’expression consacrée en Turquie - confronté à une rationalisation du système politique à l’issue de laquelle « elles devront commencer à rendre des comptes ». Dans les cinq ans à venir, l’historien prédit d’ailleurs une lutte acharnée, en Turquie, entre partisans de la démocratie et de l’Etat de droit et les groupes anti-européens. M. Berktay n’hésite pas à tracer un parallèle avec les dernières années de l’Union soviétique, où une « vieille garde » communiste, à l’idéologie étatiste et nationaliste, s’opposait aux partisans de la « perestroïka ».

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