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Turquie : malgré les discours rassurants des autorités turques, l’économie turque souffre d’un net ralentissement

lundi 10 novembre 2008, par Guillaume Perrier

C’est l’automobile qui a tiré la sonnette d’alarme. Véritable locomotive de l’industrie et du commerce extérieur turc, le secteur est le premier à souffrir du ralentissement de l’économie.

En septembre, l’usine Toyota d’Adapazari, à l’est d’Istanbul, a annoncé avoir suspendu sa production pendant deux semaines et mis des ouvriers au chômage technique, en raison d’un net infléchissement de la demande. Même décision chez Tofas, le fabriquant turc des véhicules Fiat, qui a revu ses prévisions de production à la baisse. Ford, premier constructeur en Turquie, doit faire de même la semaine prochaine.

Début octobre, l’association des fabricants de pièces détachées automobiles (Taysad) a estimé à environ 30 % la baisse des commandes pour les fournisseurs et les sous-traitants. Des milliers d’emplois pourraient être menacés, dans la région de la mer de Marmara.

L’industrie automobile turque, qui exporte 70 % de sa production vers les pays de l’Union européenne (UE), pâtit déjà de la baisse des ventes en Europe. Une mauvaise nouvelle aussi pour la balance commerciale, dont le déficit se creuse un peu plus chaque mois. Plus de 50 % des produits turcs sont exportés vers l’UE.

Plus inquiétant, la production industrielle dans son ensemble a baissé de 4 %, en août, a annoncé l’institut national de statistiques la semaine dernière. Une orientation « très inhabituelle en Turquie, selon l’économiste Seyfettin Gürsel, professeur à l’université de Bahçesehir. Cela risque de plomber fortement la croissance, qui devrait être proche de zéro au quatrième trimestre et début 2009. L’économie turque va prendre de plein fouet cette baisse de la demande sur les marchés européens ».

UN HAVRE DE SÉCURITÉ

Pour M. Gürsel, cette panne de croissance annoncée, alors que le gouvernement prévoit toujours une hausse de 4 % pour 2009, pourrait faire remonter le chômage, officiellement inférieur à 10 %. « Avec la forte croissance de la population active turque, cela peut augmenter très vite s’il n’y a plus de créations d’emplois », estime-t-il.

En revanche, le secteur bancaire devrait être relativement épargné par la crise financière mondiale. Comme l’a rappelé le directeur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’ancien ministre turc de l’économie Kemal Dervis, les réformes mises en place après la banqueroute de 2001 ont assaini le système financier. Mais le « secteur réel » souffre de la baisse des investissements étrangers.

Les milieux d’affaires turcs ont mis en garde le gouvernement contre le danger d’une récession. « Il est temps d’agir de façon concertée et d’écouter les conseils », a lancé, inquiète Arzuhan Dogan-Yalçindag, la présidente de la Tüsiad, la principale association patronale. Elle a aussi pressé le premier ministre Erdogan de signer au plus vite un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un nouveau prêt. Depuis mai, le gouvernement tergiverse et assure que la Turquie n’en a pas besoin. « La Turquie est un havre de sécurité, a assuré le ministre des finances, Kemal Unakitan, dimanche, sans convaincre. Quand les économies riches souffrent d’une pneumonie, la Turquie est touchée par un rhume. »

D’après le gouvernement, les règles drastiques imposées par le FMI pourraient réduire la marge de manœuvre face à une crise économique plus profonde. Une délégation de l’institution financière mondiale, présente en Turquie ces derniers jours, a rappelé qu’elle était prête à signer un nouvel accord-cadre.

Guillaume Perrier

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Sources

Source : Le Monde , le 23 Octobre 2008

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