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Turquie-Libye : le « Guide » des bonnes affaires

mardi 1er décembre 2009, par Joséphine Dedet

Deux heures trente sous la tente de Mouammar Kaddafi, une promenade avec le « Guide » dans les jardins de sa résidence de Bab al-Aziza, des sujets de conversation planétaires, comme la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU : lors de sa visite officielle à Tripoli, du 24 au 26 novembre, Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc, a eu droit à tous les honneurs.

Ses critiques à l’égard d’Israël, à propos de Gaza et de la colonisation, et l’amélioration très sensible des relations de la Turquie avec le monde arabo-musulman (en particulier avec Damas et Téhéran) lui valent les bonnes grâces du leader libyen. Qui n’a pas toujours été aussi bien disposé envers Ankara.

Le dernier voyage d’un Premier ministre turc à Tripoli – celui de Necmettin Erbakan, en 1996 – avait tourné au désastre. Alors que le bouillant islamiste bravait la colère des Américains et défiait son état-major en rendant visite à Kaddafi, l’imprévisible colonel l’avait ridiculisé en blâmant, en sa présence, l’amitié de la Turquie avec les États-Unis et Israël. Affront suprême : il avait pris le parti de la guérilla des séparatistes kurdes du PKK contre Ankara.

Aujourd’hui, on veut de part et d’autre oublier ces treize années de brouille. Erdogan et Baghdadi Mahmoudi, son homologue libyen, ont annoncé qu’à partir de ces fêtes de l’Aïd, leurs ressortissants n’auront plus besoin de visa pour se rendre d’un pays à l’autre – la Turquie a adopté la même mesure avec la Syrie en septembre dernier.

Accompagné de 150 entrepreneurs et de ses ministres du Commerce et des Transports, le Premier ministre turc a fixé l’objectif : que les échanges franchissent le cap des 10 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) l’année prochaine. Outre la signature d’un accord de libre-échange, prévue pour 2010, Ankara et Tripoli ont décidé de créer une banque agricole commune. Dotée d’un capital de 1 milliard de dollars, elle devrait permettre à la Libye, qui a connu une forte croissance démographique au cours de ces dernières décennies, d’assurer sa sécurité alimentaire en investissant à long terme dans l’agriculture turque.

En attendant l’adoption de mesures facilitant l’acheminement du pétrole libyen vers la Turquie, les deux pays se sont engagés à développer leurs liaisons aériennes et à rouvrir la ligne maritime Izmir-Tripoli, fermée en raison des sanctions internationales infligées à la Libye.

Erdogan, qui rendait aussi visite à Kaddafi en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine (UA), a apprécié que son interlocuteur lui propose de l’aider à développer ses relations avec le continent. Depuis que le Premier ministre turc a lancé une offensive de charme en direction de l’Afrique, en 2005, les échanges commerciaux de son pays avec le continent ont triplé, pour atteindre 18 milliards de dollars (11,9 milliards d’euros) en 2008. Organisatrice de plusieurs forums réunissant des hommes d’affaires turcs et africains, la Turquie est devenue membre non régional de la Banque africaine de développement en mars 2008 et prévoit d’ouvrir quatorze nouvelles ambassades sur le continent d’ici à 2010.

Joséphine Dedet

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Sources

Source : Jeune Afrique, le 30.11.09

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