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Turquie : en 2 jours, Obama efface les années Bush

jeudi 9 avril 2009, par Marie-Antide

Le président Barack Hussein Obama a atterri à Ankara dimanche 5 Avril pour une visite officielle de deux jours qui clôt sa tournée européenne. L’enjeu de cette visite était double.

D’une part, il devait réaffirmer l’importance des liens entre les Etats-Unis et la Turquie, membre de l’Otan, mis à mal après le refus des Turcs de laisser l’armée américaine utiliser son territoire dans leur offensive irakienne en 2003. D’autre part, il voulait profiter de sa présence en Turquie, républicaine, laïque et musulmane, pour envoyer des messages forts au monde musulman.
Le discours qu’il a prononcé lundi 6 avril devant la Grande Assemblée nationale de Turquie a été construit en ce sens, avec clarté et habileté.

Pour reconquérir le cœur des Turcs, il parle à leur fierté. Fierté de s’être libérés seuls du joug des puissances occidentales après la Première Guerre mondiale ; fierté d’avoir eu un leader comme Atatürk, visionnaire génial toujours célébré aujourd’hui ; fierté enfin d’avoir construit une République laïque, respectée par les Etats-Unis et dans le monde. Il évoque aussi les succès des Turcs à l’étranger comme celui des deux basketteurs de NBA, Hedo Turkoglu et Mehmet Okur, dont il suit les exploits en fin connaisseur. Une fois ces compliments posés arrivent les sujets politiques.

Empathie et soutien

« En tant qu’ami de la Turquie et de l’UE », Obama réitère son soutien inconditionnel à l’intégration du pays dans l’Union au nom de la diversité de l’Europe : « L’Europe a toujours gagné par la diversité de ses peuples, de ses traditions, de ses croyances ; sa diversité ne l’a jamais affaiblie. L’intégration de la Turquie élargirait et renforcerait les fondations de l’Europe une fois de plus. »
Il insiste sur les avancées qu’a réalisées la Turquie en matière de liberté d’expression, de droit du citoyen et souligne l’importance du respect le droit des minorités et de leur diversité, appelant à la réouverture de séminaire de Halki qui serait un signal fort.

Concernant le massacre des Arméniens en 1915, le candidat Obama s’était engagé à faire reconnaître la qualification de génocide, terme que ne reconnaît pas l’Etat turc. Alors comment dire à l’autre ce qu’il doit faire sans le froisser ? En montrant une certaine empathie notamment sur un passé qui pèse lourd : oui, les Etats-Unis ont été esclavagistes, oui la conscience américaine n’est toujours pas en paix avec les massacres des Indiens d’Amérique… comme la conscience des Turcs ne l’est pas avec le massacre des Arméniens.
Appelant au travail sur la mémoire entre Turcs et Arméniens au nom de la nécessaire reconnaissance des fautes passées, Obama ne prononce pas le terme de génocide. Il préfère apporter son soutien à l’important processus actuellement en cours entre la Turquie et l’Arménie en vue du rétablissement des liens diplomatiques et de la réouverture des frontières.

Un vent nouveau dans le pays et dans la région

Pour Barack Obama, « les Etats-Unis ne sont pas en guerre avec l’Islam ». Lutter contre le terrorisme d’Al-Quaïda et de ses sbires reste certes une collaboration prioritaire mais elle ne doit plus être le seul dénominateur commun.
Il appelle à un engagement plus large, sur la base d’un respect mutuel, à une reconnaissance de l’Islam « qui a tant fait au cours des siècles pour améliorer le monde »… y compris aux Etats-Unis, où vivent de nombreux musulmans, où de nombreux citoyens ont vécu dans un pays à majorité musulmane. « Je le sais, car je suis l’un d’entre eux !  » Tonnerre d’applaudissements.

Il s’est ensuite rendu à Istanbul, où il a visité Sainte-Sophie, basilique au IVe siècle, mosquée en 1453 puis musée en 1935, avant de se rendre à la mosquée de Sultanahmet dite « Mosquée Bleue » à cause des ses faïences d’Iznik. Il a aussi rencontré les représentants des Eglises syriaque et arménienne, des communautés juive et musulmane, puis un amphithéâtre d’étudiants pour une séance de questions-réponses.

Cette visite du très charismatique Président américain fera date et a fait souffler un vent nouveau dans le pays et dans la région. Sur le plan international, il s’agit tout simplement de la fin de l’après-11-Septembre et de l’annonce d’une nouvelle ère de coopération entre deux mondes trop longtemps présentés comme ennemis par essence.
Sur la plan de la Turquie, Obama s’est impliqué au côté du pays comme aucun Président américain ne l’avait fait auparavant : en rencontrant tous les leaders politiques, en appelant à une normalisation des liens avec l’Arménie, à la reprise des réformes pour renforcer la démocratie, en rompant avec le concept de « démocratie musulmane modérée » énoncé par Bush pour ne parler que de « démocratie laïque », en réitérant enfin son soutien inconditionnel à l’intégration de la Turquie dans l’UE.

Obama a ensuite regagné Washington via Bagdad laissant derrière lui des années de travail en perspective, 70% d’opinion favorable en Turquie, beaucoup d’espoirs mais pas d’illusion… et bon nombre de polémiques. Celle créée en France sur son soutien à l’intégration sera traitée dans mon prochain article.

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