Logo de Turquie Européenne
Accueil > Revue de presse > Archives 2007 > 11 - Articles de novembre 2007 > Question kurde : le gouvernement turc est-il réellement sous pression (...)

Question kurde : le gouvernement turc est-il réellement sous pression ?

mardi 27 novembre 2007, par Jean Marcou

Turquie - Anniversaire de la mort d'Atatürk

Pour beaucoup d’observateurs, la crise kurde qui secoue la Turquie depuis la reprise des attentats du PKK, à fin du mois de septembre dernier, mettrait le gouvernement dans une situation intenable et cela accroîtrait d’autant le risque d’une intervention militaire turque en Irak du Nord.

Il est vrai que les dernières semaines ont vu le nationalisme s’exprimer, tant dans des instances politiques comme le Parlement, que dans la presse et dans la rue où les drapeaux turques sont toujours omniprésents bien après la fête nationale (29 octobre) et l’anniversaire de la mort d’Atatürk. Toutefois, dans un pays où le nationalisme est à fleur de peau et où les drapeaux turcs n’ont cessé de sortir à l’occasion des soubresauts politiques des derniers mois, il faut savoir raison garder : que le gouvernement ait eu à vivre des moments difficiles, sans doute, qu’il soit au bord du gouffre, c’est peu probable.

Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que depuis le printemps dernier, le même gouvernement a résisté à une mobilisation populaire beaucoup plus importante, celle des grandes manifestations laïques, et qu’il a déjà affronté une montée comparable du nationalisme sur la question kurde, lors des premiers attentats de l’été dernier. Cependant, toutes les tentatives faites pour instrumentaliser politiquement les réactions nationalistes aux embuscades qui surviennent en zone kurde, n’ont pour l’instant donné que peu de résultats. On dira que la situation d’aujourd’hui est différente et que les dernières actions du PKK ont été plus spectaculaires et plus meurtrières, certes. Pour autant, l’opinion publique rend-elle responsable Recep Tayyip Erdogan de cette situation ? Rien n’est moins sûr.

Le gouvernement vient d’engranger en effet plusieurs succès politiques d’importance (élections législatives et présidentielles, référendum sur le paquet constitutionnel). Il a donc les coudées franches pour aborder une situation, certes préoccupante, mais qui n’a rien de désespérée. Il est ainsi peu probable qu’il s’engage dans une aventure militaire en Irak du Nord, dont l’efficacité serait douteuse de l’avis de la plupart des experts et qui pourrait avoir des conséquences graves sur tous les plans. Au moment même d’ailleurs où, pour beaucoup d’observateurs internationaux, la probabilité d’une telle intervention reste faible, le problème du gouvernement est peut-être de pouvoir continuer à jouer sur les nerfs de ses partenaires américains, européens et irakiens pour les convaincre qu’il ne « bluffe » pas et qu’il peut toujours décider de frapper. Il ne s’agit donc pas, pour lui, de choisir la carte de l’apaisement mais de se décharger de la pression qui pèse sur lui pour la reporter sur d’autres. Dans cet état esprit, il s’est employé à convaincre qu’il était excédé par les attentats et Recep Tayyip Erdogan n’a pas hésité à dire plusieurs fois qu’il était « très en colère » et qu’il allait finir par faire un malheur.

Mais cette colère, qui n’a finalement débouché que sur de la diplomatie, est une attitude qui présente de nombreux avantages pour le leader de l’AKP. Elle a permis tout d’abord, de mettre, tant les Etats-Unis que Bagdad et les dirigeants de la région kurde d’Irak du Nord, sous la pression et d‘éloigner par ailleurs le spectre du vote d’une résolution sur le génocide arménien par le Congrès américain. Elle a vu ensuite la Turquie gagner la sympathie du monde arabe (jusqu’à celle de la Syrie, qui l’eût cru !), sans perdre celle d’Israël qui lui a reconnu le droit de se défendre. Elle a aidé également Ankara à ménager sa relation avec l’Union Européenne en lui permettant d’obtenir, le 6 novembre, un rapport d’évaluation de sa candidature beaucoup moins sévère que prévu. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que le choix de la voie diplomatique, dans un contexte de tensions, permet à l’AKP de ménager son électorat kurde qui, comme l’ont montré les dernières élections législatives, est désormais très important. Il y a dans le comportement actuel du gouvernement un exercice subtil mais qui peut rapporter gros…

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

Sources

Article publié par le site de l’OViPoT le samedi 24 novembre 2007

Nouveautés sur le Web

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0