Logo de Turquie Européenne
Accueil > Editoriaux > Obama, Ankara et nous...

Obama, Ankara et nous...

vendredi 28 novembre 2008, par Marillac

Succombons donc nous aussi à l’obamania ambiante, même avec quelques jours de retard.

Fi des enthousiasmes fraîchement douchés au son du « attendez de voir ce qu’il va faire ».

Fi des accusations de récupération. Voire de la peur d’être trop fleur bleue : en ce qui nous concerne à TE, le côté fleur bleue nous le revendiquons dans une magnifique charte graphique et jusque sur les délicieux pétales de notre logo.

Alors pourquoi pas Obama ?

Non, Obama ne sera pas l’Houdini glissant habilement l’éléphant turc dans l’écroulant magasin de porcelaine européen. Ce n’est pas le programme qu’il saura mettre en œuvre qui nous intéresse ici.
Non, juste le seul fait qu’il ait été élu.

Tout le monde l’a déjà dit tant et tant : cette victoire vient sceller les engagements de Jefferson et de Lincoln. La lutte pour les droits civiques, au moins symboliquement. Elle est, quoi qu’on en dise par ailleurs, le plus beau signe d’une société encore jeune et dynamique qui sait faire avancer les idées se déployant dans un espace démocratique des plus larges qui soit.

Cette victoire est encore celle d’un homme qui de par ses origines métissées est à la fois et paradoxalement le moins américain et le plus américain des occupants que la Maison Blanche n’ait jamais connus.

Ses origines et son parcours ont fait de lui un Américain américain, portant en lui l’idée même de nation américaine, celle du « nouveau monde » et celle d’une "démocratie de la frontière » : celle de l’unité autour d’un projet et de la transmission de valeurs communes.

C’est cette démocratie de la frontière dont la narration étendue à l’échelle de la planète peut symboliquement sous-tendre ce que l’on nomme globalisation :
- elle peut être impérialiste : Bush nous en a donné l’exemple le plus affligeant.
- elle peut être moins stupide, moins violente et parler secrètement à une bonne part de l’humanité : c’est une partie du message de la candidature Obama, une attente discrète du reste du monde.

Dans ce monde du marché globalisé et intégré qui exacerbe les passions identitaires en les échauffant les unes aux autres et où chaque nation, chaque peuple, chaque culture et chaque identité se cherche un Orient et un Occident (plus souvent un Orient qu’un Occident d’ailleurs), un modèle et un repoussoir au risque de bousculer les vieux cadres et idéaux de la citoyenneté démocratique, la simple possibilité de penser une citoyenneté non identitaire, non culturaliste, une citoyenneté du vouloir et non du terroir vient comme un baume après l’emballement identitaire de ces dernières années.

Or l’une des raisons d’être de Turquie Européenne, c’est la croyance en la possibilité pour l’UE, pour le projet européen de proposer ce baume et ce souffle démocratique. Laissons de côté tous les arguments savants sur le clash des civilisations, le potentiel économique et stratégique de la candidature turque.

Oui, laissons tomber tout cela. Il n’est en fait qu’une chose à dire : ce rêve de la Turquie dans l’UE porte pour nous le même sens, la même saveur et la même intensité que l’élection de Barack Obama à la Présidence des USA.

Parce qu’il ne s’agit justement pas que de la seule Turquie dans l’Europe, mais bien d’une tout autre Europe, d’un vrai projet européen, d’une véritable identité, une véritable citoyenneté aux antipodes des identités aux trop fortes odeurs de salpêtre de nos vieilles nations continentales.

Cela nous ne le savions pas, nous ne pouvions pas le formuler avec l’éclat qui nimbe l’élection de Barack Obama. Il aura fallu que le rêve américain nous fasse une piqûre de rappel.
Et ce rêve européen, ma foi, on ne peut plus refuser de le porter avec espoir et détermination.

Quant à la chute - « la Turquie en Europe, Yes we can ! » - admettons-le : elle était facile.

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0