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Nicolas Sarkozy et la religion

dimanche 31 janvier 2010, par Paul Dubois

Nicolas Sarkozy vient de prononcer ce 27 janvier 2010 un discours (1) au carré musulman du Cimetière militaire national Notre-Dame de Lorette, profané fin 2009. Discours de circonstance ou pas, celui-ci révèle en tout cas bien des indications sur les convictions de son auteur.

La présence de Nicolas Sarkozy à cet endroit, et les accroches de son discours, sont motivées par deux récents faits dramatiques. D’abord la profanation abjecte du carré musulman, évoquée précédemment. Ensuite, la mort en Afghanistan d’un soldat français, de confession musulmane, le 13 janvier dernier.

Partant de ces deux faits, le premier faisant l’objet d’une dénonciation vigoureuse, fort à propos, le discours utilise ensuite comme fil conducteur les sacrifices des français musulmans au cours de l’histoire, essentiellement pendant les grands conflits : première et deuxième guerres mondiales, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie.

L’hommage appuyé, vibrant, aurait toutefois gagné en profondeur et en honnêteté s’il avait rappelé que les réticences à l’enrôlement ont parfois été réprimées dans le sang, ou que ces anciens combattants ont pâti d’une différence de traitement honteuse, ostracisme qui perdure encore aujourd’hui, en dépit de quelques avancées récentes.

Il souligne surtout, en creux, combien le climat en France est devenu délétère vis à vis d’une partie de sa population. Certes, Nicolas Sarkozy n’est pas à lui seul à l’origine de ce racisme de basse intensité si profondément enraciné dans la population française, et il est inutile de s’attarder sur la trivialité du Front National dans ce domaine.

Mais on peut s’interroger sur l’état de déliquescence d’un Parti Socialiste. Celui-ci est incapable de rompre toute relation avec Georges Frêche en dépit de propos inadmissibles, répétés et parfaitement assumés. Les propos controversés de Manuel Valls sur les « blancs, white, blancos » font question aussi, fussent-ils une dénonciation de la ghettoïsation. Car le Parti Socialiste porte une lourde et vieille responsabilité dans la fabrication du concept de « diversité » qui, outre sa tartufferie, est surtout le produit de pratiques clientélistes bien épaisses revêtues pour l’apparence d’une fine pellicule de bonne conscience (ce point fera l’objet d’un prochain article).

Concernant le parti présidentiel, l’UMP, force est de constater que, des « auvergnats » de Brice Hortefeux au « jeune musulman » de Nadine Morano, en passant par Eric Raoult et son « devoir de réserve », Thierry Mariani et ses (entre autres) statistiques ethniques, etc., les déclarations des uns et des autres suffisent à se faire une idée de l’inconscient de la droite en la matière.

Dans ce contexte, ouvrir un débat sur l’identité nationale, dans des termes particulièrement malsains mêlant identité française, immigration et religion (« Nos églises et nos cathédrales ») revient à ouvrir le robinet de la fosse à purin. Mais au moins ce débat aura-t-il eu le mérite de mettre à bas les masques.

Il est donc piquant de voir dans le discours de Notre-Dame de Lorette Nicolas Sarkozy définir ce qu’est être français pour lui. Morceaux choisis : « Etre Français, c’est appartenir à une Nation qui s’est construite (...) en portant des valeurs et des idéaux à vocation universelle », « Etre Français, cela ne confère pas seulement des droits, cela confère également des devoirs. Et parmi ces devoirs, le premier d’entre eux est d’aimer la France », « être Français, c’est faire preuve d’un attachement profond, d’un attachement permanent aux valeurs et aux principes de notre République ». Pas mal, non ? Dommage de n’avoir pas dit ça clairement, au lieu d’ouvrir un débat biaisé.

Et ça : « La France a toujours su accueillir ceux qui l’ont choisie pour patrie, ceux qui, nés ailleurs, se sont reconnus dans sa langue, dans ses valeurs, dans ses lois ». Bon, évidemment, la France affrête pas mal de charters aussi, en ce moment. Mais c’est l’intention qui compte, non ?

Au delà de ces bons sentiments, pourtant, deux points doivent être soulignés et médités dans son discours. La laïcité s’est d’abord vu définie vis à vis des religions comme « la condition à la fois de leur libre exercice et de l’autonomie de l’Etat », parfait donc ... jusqu’à ce qu’il dise que la laïcité « C’est la reconnaissance par l’Etat de l’égale dignité des religions ». Il y a pourtant des millions de français ne se réclamant d’aucune religion, et qui se pensaient laïcs. Doit-on comprendre qu’ils sont « indignes » ? Rappelons l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ». L’Etat n’a rien à « reconnaitre » du tout en termes de religion !

Il est vrai que Nicolas Sarkozy semble avoir cette loi en ligne de mire puisqu’il dit aussi que « notre pays, pour avoir connu non seulement les guerres de religions, mais aussi les luttes fratricides d’un anticléricalisme d’Etat, ne peut pas laisser stigmatiser les citoyens français musulmans. ». Oser mettre sur le même plan les guerres de religion et la lutte pour extirper la religion des affaires de l’Etat, qui a aboutit à cette fameuse loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, cela signifie, toujours en creux, qu’il faut laisser les religions réinvestir les sphères de l’Etat, bref, remplacer, comme il l’avait déjà dit, le professeur par le prêtre !

Ainsi se dévoile, par petits bouts, mais selon une ligne constamment orientée, la vision de Nicolas Sarkozy pour la société française. Tout l’enjeu des années à venir consistera à déterminer s’il est en phase ou non avec l’évolution que prendra cette société.

(1) http://www.elysee.fr/documents/inde...

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