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Magie du Bosphore ou le rêve d’Orient au XVIIIe siècle,exposition au Havre jusqu au 30 aout

samedi 13 mars 2010, par Açikçay

Le XVIIIe siècle est une période de contacts multiples entre l’empire ottoman et l’Europe occidentale.

Au-delà des relations diplomatiques, cette exposition sur 2 sites relate la découverte de l’autre à travers le miroir de la peinture.

Du 5 mars au 30 août, la Magie du Bosphore s’emparera de la Maison de l’Armateur
et du Prieuré de Graville.
Pendant six mois, ces deux sites historiques nous feront découvrir le faste de la cour ottomane et la vision fantasmagorique des artistes du XVIIIe siècle.

http://www.ville-lehavre.fr

Exposition ouverte
les lundi, mardi, vendredi, samedi et dimanche
de 11 h à 18 h,
le mercredi de 14 h à 18 heures,
fermée le jeudi.

1. Maison de l’Armateur, 3, quai de l’Ile (à proximité du marché aux poissons) - 76600 Le Havre

2. Musée du Prieuré de Graville, rue de l’Abbaye - 76600 Le Havre

Renseignements : 02 35 24 51 00

ou www.musees-haute-normandie.fr

Interview d Anne Mézin

Historienne et spécialiste de la fonction consulaire à la
fin de l’Ancien régime et des relations interportuaires,
Anne Mézin est l’une des commissaires de l’exposition
Magie du Bosphore ou le rêve d’Orient au XVIIIe siècle.

Le rêve oriental apparaît vers 1720, à l’occasion de la venue de la première ambassade turque en France, source d’inspiration pour les peintres et les écrivains. Derviches tourneurs, cour flamboyante, janissaires et autres sultans aux costumes exubérants ont éveillé l’imaginaire des artistes occidentaux de l’époque.
Tandis que les peintres du Bosphore représentent
l’Empire ottoman tel qu’ils l’ont vu, les peintres
des « turqueries » se contentent de délivrer leur représentation idéalisée de l’Orient.
Les premiers, témoins d’un art de vivre qui les fascine, ont peint de magnifiques fresques historiques, des scènes de genre et de très beaux paysages orientaux. Au cœur du Prieuré de Graville, les visiteurs pourront découvrir ces peintures monumentales, parmi lesquelles de magnifiques vues du Bosphore, qui ne sont pas sans rappeler la lumière de l’estuaire de la Seine.
Les seconds ont laissé libre cours à leur imagination et décrit leur perception de l’Empire ottoman : des personnages vêtus à la turque dans des décors orientaux ou des scènes de harems seront présentés au sein de la Maison de l’Armateur. Outre les peintures et les gravures, des vêtements, des écritoires, des bols à hammam et autres tissus somptueux plongeront les visiteurs dans le luxe ottoman du XVIIIe siècle.
Parmi les œuvres exposées sur les deux sites, une grande partie, prêtée par des collectionneurs privés, sera présentée pour la première fois au public.

Quelles étaient les relations entre l’Empire ottoman et la France au XVIIIe siècle ?

Leurs échanges commerciaux étaient très importants. Les Français et d’autres Européens avaient obtenu du sultan la permission d’implanter des comptoirs dans de nombreuses villes côtières de la Méditerranée.
Constantinople, de nos jours Istanbul, était le débouché naturel de la mer Noire qui était interdite aux Européens jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. De riches caravanes y apportaient les épices,les parfums, soie ou café de l’Asie.
Pour les Européens, l’Empire ottoman était synonyme de négoce et de richesses. Sa culture extraordinaire, ses magnifiques paysages et son architecture ne les laissaient pas indifférents.

Quelle vision les Occidentaux avaient-ils de l’Empire ottoman ?

Les harems ont fasciné les Occidentaux. Dans les faits, ces institutions avaient pour unique but d’assurer la descendance du seigneur. Très institutionnels, les harems étaient sans folklore
et moins sensitifs que dans l’imaginaire des artistes de l’époque.
Les peintres du XVIIIe ont également été éblouis par les costumes des Ottomans : les janissaires, les eunuques ou les sultans étaient représentés revêtus de leurs plus beaux atours. Mais n’oublions pas que les écarts de richesse étaient très importants dans
l’Empire ottoman du XVIIIe siècle. En témoigne l’œuvre de François Rivière, intitulée Personnage en costume turc et présentée au Prieuré de Graville.

Comment cette exposition Magie du Bosphore s’intègre-t-elle au prieuré de Graville et à la Maison de l’Armateur ?

A l’époque, Marseille était la porte de l’Orient, mais les liaisons entre les ports étaient réelles et le commerce passait essentiellement par la navigation. Le Havre était un port très actif qui commerçait
également avec les peuples de Méditerranée et l’Empire ottoman.

Cette exposition s’intègre particulièrement bien dans la Maison de l’Armateur, demeure du XVIIIe siècle dont les riches propriétaires ont été imprégnés par la mode des « turqueries ».
Le Prieuré de Graville, avec son panorama sur l’estuaire de la Seine,est également un magnifique écrin pour les huiles monumentales,notamment les entrées d’ambassadeurs et les vues du Bosphore
qui y sont exposées.

Le Harem : entre fantasme et réalité

Chez les peuples musulmans, le harem est l’appartement des femmes. Par extension, on désigne par harem l’ensemble des épouses officielles d’un prince ainsi que les femmes placées à son service. Cette institution existait déjà dans l’Antiquité, en Egypte et en Grèce. Les derniers grands harems furent ceux des sultans et pachas de l’Empire ottoman.
Lieu interdit aux hommes (eunuques et enfants exceptés), les harems ont été l’objet de tous les fantasmes : l’image de la créature voluptueuse et docile aux poses langoureuses serait un mythe. Peintres ou écrivains occidentaux n’ont bien évidemment jamais pu pénétrer dans le saint des saints et se sont donc contentés d’y projeter leurs désirs.
Les historiens affirment aujourd’hui que le harem était une institution éducative : chaque femme y recevait
un enseignement dans la discipline pour laquelle elle manifestait le plus de talent (calligraphie, arts
décoratifs, musique, langues étrangères...). Des règles très précises régissaient le fonctionnement de cette mini-société, le recrutement des femmes et des courtisanes, leur éducation et celle de leurs enfants. Même le seigneur ne pouvait y agir à sa guise. Bien que choyées, les femmes ne pouvaient en sortir ; elles étaient gardées par les eunuques. Seule la reine-mère, ou « valide », participait à la vie sociale et politique.

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