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Le califat est européen !!!

mercredi 8 avril 2009, par Marillac

Le califat est européen !
On ne vous l’avait pas dit ?! Non bien sûr, on a préféré vous parler valeurs. Vous savez ces choses qui prennent chaud quand tombent les tricots de nos petites frontières et identités.
On ne vous l’avait pas dit. Voilà c’est fait. Vous nous en voyez désolés.
Explications.

Obama est en pleine tournée européenne, reçu partout comme une star : Strasbourg, Prague, Londres. Selon ses propres mots, l’étape EUROPEENNE la plus importante de son tour aura été la Turquie. Mince alors !
Il en est qui font des pieds, des mains et des crocs pour glaner un ou deux rayons des projecteurs médiatiques de l’Obamania. Ils s’en voient d’ailleurs de toutes les couleurs. Quand Ankara peut se targuer d’avoir déjà reçu, en Europe, Hillary Clinton le mois dernier et le président en personne ces jours passés.

President Obama qui, dès sa campagne avait annoncé qu’il renouerait les liens entre l’Amérique et l’islam, en se rendant tout d’abord dans un pays musulman. Les commentateurs ont longtemps parié sur l’Indonésie : plus grand pays musulman du monde, c’est aussi une terre connue et chère au cœur du président. Mais ce fut la Turquie. Alors pourquoi ce choix ? Pourquoi une telle importance accordée à un pays que l’Europe et la France ne cessent de noblement dédaigner ? Pourquoi un tel honneur pour Ankara : premier voyage officiel de M. Obama si on ne compte pas la traditionnelle visite rendue au voisin canadien ?

Deux raisons :

- Tout d’abord, le style et la personnalité Obama, premier « président américain » du G20, non plus leader du monde occidental mais président de la première puissance mondiale dans un monde qu’il faut bien qualifier de multipolaire au sein duquel toutes les forces comptent, tous les avis, toutes les sensibilités et toutes les voix ont une importance, un sens.
En regard, la philosophie et la pratique politiques de Rasmussen, le nouveau Secrétaire Général de l’OTAN, fleurent bon la vieille Europe forteresse, occidentale et chrétienne. Il suffit alors que la Turquie, seul pays émergent membre de l’OTAN, fasse remarquer le hiatus entre ce choix et les engagements de l’Alliance, notamment en Afghanistan, pour qu’on nous rejoue le petit théâtre des valeurs incompatibles et des principes bafoués par les… barbares. Incorrigibles Turcs. Mais passons.
En somme, un style Obama qui tout naturellement, n’hésite pas à surprendre l’Europe par… l’Orient !

- Ensuite, la position incontournable de la Turquie sur tous les dossiers les plus sensibles de l’administration Obama : la Palestine, Liban-Syrie, Caucase et Russie, Irak, Iran, Balkans [dossier qui revient souvent dans les rapports des conseillers de l’administration démocrate], Afghanistan – Pakistan. Relations avec le monde musulman, approvisionnement énergétique, gestion des ressources en eau, etc…

Sublime Porte

Si peu. Oui, mais qu’est-ce que cela implique ? Tout simplement ce que nous n’avons de cesse de répéter ici sur ce site depuis des années : que la présence et la montée en puissance de la Turquie sur l’échiquier stratégique régional et mondial est tout simplement corrélative à son intégration à l’Occident. Que sa crédibilité est d’autant plus forte à l’Ouest qu’elle est en mesure de faire la preuve de son parler « européen » sur des sujets qui ne le sont pas. Et que son prestige et sa crédibilité en Orient sont précisément proportionnels à sa capacité d’arrimage à l’Ouest. Comment les Kurdes d’Irak et par là le président irakien Talabanî considèrent-ils la Turquie si ce n’est comme la porte vers l’Europe ? Le renard syrien n’a-t-il pas saisi qu’une Turquie membre de l’UE, c’est une Syrie incluse dans la politique de voisinage de l’UE et non plus seulement coincée entre l’enclume américaine et le marteau isaraélien ? Les réformateurs iraniens, qui pointent leur nez pour les présidentielles de ce printemps, ne sont-ils pas convaincus, et ce depuis plus de dix ans, qu’un voisinage européen via la Turquie changerait l’ensemble de la donne stratégique dans la région ?

On peut utiliser la métaphore, désormais éculée, du pont entre l’Ouest et l’Est.
A plusieurs reprises, des spécialistes comme Alexandre Adler ou Cengiz Candar ont évoqué le retour de l’empire ottoman pour qualifier ce phénomène d’émergence stratégique. En n’oubliant pas de rappeler aux oublieux que l’empire ottoman ne fut pas ce club moyen-oriental auquel de généreux contributeurs veulent illico presto renvoyer la Turquie.
On peut enfin se souvenir de la « Sublime Porte ».

Alors oui, c’est parce que la Turquie est de plus en plus européenne et de plus en plus occidentale, de par les évolutions de sa société, de son économie et de ses politiques qu’elle est en mesure de peser sur la « rue arabe ». Demandez à cette étonnante jeunesse égyptienne qui parle à voix de plus en plus haute sur Internet. Demandez-lui donc de dire ses espoirs, sa foi ou ses valeurs.

Alors oui, c’est parce que la Turquie est de plus en plus européenne et de plus en plus occidentale qu’elle est en mesure de recoudre métaphoriquement les lambeaux de ce califat qu’elle avait elle-même déchiré en 1924.

Alors oui, le califat est européen. Au plus grand dam d’un Iznogoud dont la route ne saurait manquer Canossa ! Tôt ou tard...

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