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La Turquie peut-elle se passer du FMI ?

mardi 2 décembre 2008, par Guillaume Perrier

Les marchés s’impatientent. Depuis le début de la crise financière mondiale, les milieux d’affaires turcs réclament un peu de bon sens de la part du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan. « La Turquie devrait signer un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI), a répété Arzuhan Yalçindag, la présidente de la Tüsiad, le patronat turc. Cela ne blesserait pas son honneur. »

Malgré les pressions, le chef du gouvernement se montre réticent à l’idée de s’engager avec le FMI. Le dernier prêt, d’un montant de 10 milliards de dollars (8 milliards d’euros), a pris fin au mois de mai. Depuis, c’est le statu quo. « Pas question d’assombrir notre avenir en cédant au FMI », a claironné, fin octobre, M. Erdogan. Il accuse l’institution de vouloir « étrangler la Turquie ». « Nous signons des accords uniquement si nos intérêts sont satisfaits », a-t-il ajouté.

Changement de ton, ce week-end, au sommet du G20, à Washington, auquel la Turquie, 17e économie mondiale, était conviée. En marge de la réunion, M. Erdogan a multiplié les entretiens. Avec le patron de la Banque mondiale, mais surtout avec Dominique Strauss-Kahn, samedi. « La rencontre a été fructueuse, il pourrait y avoir un accord dans un futur proche », a déclaré le directeur général du FMI. Un prêt à moyen terme de la Réserve fédérale américaine (Fed) à la Turquie est également à l’étude.

En octobre, les discussions avec la délégation du FMI ont viré au dialogue de sourds. Une recommandation adressée à la Turquie a déplu : « Mettre en place un contrôle plus strict des dépenses publiques au niveau local. » Ce que refuse Ankara, à quatre mois d’élections municipales à fort enjeu. Le Parti de la justice et du développement au pouvoir espère confirmer sa percée dans le sud-est, à majorité kurde, et mène une politique dispendieuse dans les fiefs à conquérir. Un coûteux plan d’action pour cette région déshéritée est programmé. Le but est donc de gagner un peu de temps avant de signer.

Les dirigeants turcs soulignent volontiers que le système bancaire résiste bien au choc mondial. Mais, selon la plupart des analystes, l’économie turque montre d’inquiétants signes de faiblesse et risque, à trop tarder, de perdre son « avantage compétitif ». Un prêt de 20 milliards de dollars donnerait un peu d’air. Le représentant de la Banque mondiale en Turquie, Ulrich Zachau a souligné, la nécessité de réduire l’endettement. Le déficit de la balance des paiements devrait atteindre 50 milliards de dollars en 2008 : la conséquence d’un retrait important des capitaux étrangers, moteurs de la bonne santé de l’économie turque depuis 2003.

Le gouverneur de la banque centrale, Durgun Yilmaz, a annoncé une baisse de 5,5 % de la production industrielle pour le mois de septembre, le plus fort recul depuis 2002. Des milliers d’emplois disparaissent déjà dans le textile ou l’automobile, avertissent les entreprises. Et les prévisions de croissance officielles pour l’année 2009 (+ 4 %) semblent intenables : une croissance nulle, voire négative, est attendue pour la fin d’année. Dans ces conditions, une aide du FMI « n’est pas nécessaire mais serait bénéfique à l’économie turque », a déclaré M. Yilmaz.

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Sources

Source , Le Monde du 17 Novembre 2008

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