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La possibilité d’une adhésion

mercredi 28 septembre 2005, par Guillaume Klossa

C’est lundi prochain 3 octobre que devrait débuter officiellement le processus de négociation en vue de l’adhésion de la Turquie à l�Union européenne. Un commencement que les « non » français et néerlandais à la Constitution n’ont apparemment pas remis en question. En fait, trois camps s’affrontent. Ceux qui pensent à l’instar de Tony Blair que le rejet de la Constitution européenne - qui semble, si ce n’est définitivement, du moins provisoirement enterrée - signe la mort de l’Europe politique. Dès lors, l’Europe se réduit au marché et s’opposer à l’entrée de la Turquie sous prétexte qu’elle dissoudrait l’identité européenne perd son sens.

Il y a ensuite ceux qui voient dans l’adhésion turque un enjeu civilisationnel, c’est la thèse de Jacques Chirac et de la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union. Pour eux, intégrer la Turquie comme membre à part entière de l’Union européenne, c’est ancrer la démocratie dans un pays musulman laic, c’est prouver au monde musulman qu’il existe un modèle alternatif, celui d’un « islam ouvert, tolérant, limité à la sphère privée et compatible avec nos valeurs » pour reprendre les propos de Pierre Lellouche, partisan à certaines conditions de l’intégration turque.

Il y a enfin ceux qui considèrent comme Valéry Giscard, Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne mettrait un terme définitif au projet d’Europe puissance auquel ils tiennent. Conscients que les destins turc et européen sont liés, ils proposent un partenariat privilégié avec Ankara dont les contours restent à préciser. Dans l’absolu, aucun des trois camps n’a tort. La vraie question est de savoir quelle Europe nous voulons. Et à partir de là, se poser la question de la compatibilité de l’adhésion de la Turquie au projet politique européen. En l’absence de vision claire et commune de l’avenir politique de l’Union européenne, dire oui ou non à la Turquie ne peut susciter de part et d’autre que malaise et incompréhension.

Mais si l’Europe doit être clair sur son projet, les Turcs doivent également s’interroger sur leur volonté d’adhérer à l’Union européenne. Qu’ils le veuillent ou non, intégrer l’Europe, c’est adhérer à un système de valeurs qui n’est pas encore celui des Turcs d’aujourd’hui. C’est aussi avoir un regard critique sur son histoire, ce qui suppose notamment la reconnaissance du génocide arménien. Il faut aussi que la population turque soit consciente de ce que signifie « faire partie de l’Union européenne ». Il ne s’agit pas seulement d’appartenir à un club de riches comme cela est trop souvent écrit dans les médias turcs. S’il est important que les peuples de l’Union puissent se prononcer sur ce nouvel élargissement, comment imaginer que la Turquie puisse rejoindre les 25 sans qu’un vrai débat public et donc un référendum se tiennent au pays d’Ataturk. Pour l’instant, rien n’est prévu !

Par Guillaume Klossa, Président d’EuropaNova(28/09/2005)klossametro@yahoo.fr

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