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La lutte à l’huile, sport turc perpétué à Istanbul depuis des siècles

mercredi 13 juillet 2011, par Nathalie Ritzmann

La lutte turque à l’huile n’a rien du folklore. Héritage des jeux grecs de l’Antiquité consacré par les Ottomans à l’aube de leur dynastie, elle est une pratique sportive toujours jeune et actuelle. En témoigne d’ailleurs l’édition 2011 des rencontres annuelles de lutte de Kağıthane, tenue à Istanbul fin juin.

L’arrondissement de Kağıthane, celui des antiques espaces de détente et de pratique sportive (archers et cavaliers) ottomans est l’un des hauts-lieux de lutte turque à l’huile. Il accueille chaque année, au début de l’été, une compétition qui attire quelques milliers de spectateurs.

C’est durant son règne, peu après 1453, que le sultan Fatih Sultan Mehmet introduisit à Istanbul les tournois de lutte turque à l’huile, yağlı güreş en turc, soit près d’un siècle après la première compétition qui eut lieu à Kırkpınar près d’Edirne (Andrinople), en Thrace, capitale de la lutte à l’huile. Maintenues durant tout l’Empire ottoman, ces rencontres ont été plus épisodiques depuis la création de la République de Turquie. En 1993, la mairie de Kağıthane décida de les relancer en organisant des rencontres annuelles dont l’édition 2011 vient de s’achever.

Les épreuves de Kağıthane sont les dernières avant celles de Kırkpınar qui a lieu chaque année, début juillet. Elles constituent la seconde plus importante organisation en la matière dans le pays.

De nombreux clubs de lutte existent en Turquie, notamment en Thrace mais également en Mer Noire, réunis au sein d’une Fédération Nationale. À partir de dix heures du matin, plus de 200 sportifs venus d’Edirne, de Samsun, d’Amasya, de Kastamonu mais aussi d’Antalya, se sont affrontés sur la pelouse grasse, dans tous les sens du terme.

Le programme de ces rencontres a débuté par une prière, conformément à la coutume. Les lutteurs, uniquement vêtus d’une culotte en cuir de vache, sont enduits d’une épaisse couche d’huile d’olive.

Neuf catégories permettent de classifier les participants âgés de 7 à 40 ans. Les meilleurs portent le titre de pehlivan, nom d’origine perse donné aux lutteurs et qui signifie « héros » et de başpehlivan, titre suprême.

Après avoir enduit leur corps d’huile et lié leur culotte à l’aide de cordes, les rois du jour viennent saluer les visiteurs de maints gestes bien précis, symbolisant la force et le courage. Les lutteurs vont effleurer la pelouse de leur main droite, saluer le public. Certains effectuent des sauts devant leur public. Ils plongent ensuite la main dans une coupe transparente pour tirer au sort le nom de leur adversaire.

Le combat s’engage. Ils se livrent à un corps à corps impressionnant. L’objectif est de renverser l’adversaire en le faisant tomber sur le dos.
La qualité des lutteurs est aisément perceptible par un spectateur néophyte. Les jeunes sportifs présentent un physique mince, voire parfois frêle, et font preuve de fair-play, mais plus on grimpe les échelons et plus le physique change. Les muscles deviennent saillants et ce sont des athlètes à la carrure colossale, parfois architecturale, qui envahissent la scène et certains de ces monstres sacrés, pesant une centaine de kilos en moyenne, adoptent des attitudes dignes des grands acteurs. La température monte dans les gradins... et sur la pelouse.

La qualification peut se faire soit au tomber, soit au nombre de points marqués, au maximum 3. La durée du combat dépend de la résistance des adversaires mais il n’y a pas de temps imposé à la lutte.

***

La lutte à l’huile est un spectacle de toute beauté, au tempo très changeant. Les concurrents se retrouvent parfois de longs moments enlacés, soit debout, à genoux ou carrément allongés. Si l’un trouve un point d’appui pour faire virevolter l’autre, le rythme s’accélère aussitôt et les corps s’envolent littéralement. Les musiciens présents sur place, sont chargés, à travers les morceaux interprétés, d’insuffler un air particulier aux lutteurs, de leur donner de la force à travers la musique.

Tous les participants reçoivent un chapelet comportant une plaquette commémorative de la rencontre. Les vainqueurs des différentes catégories se sont vu remettre une médaille et le grand vainqueur, une coupe.

Ce dernier, en l’occurrence, Şaban Yılmaz de Samsun, a également gagné la somme de 6000 TL (soit environ 2600 €). Le second, Şükrü Kazan, a remporté 5000 TL (soit près de 2170 €) et les 3e ex-aequo, Recep Kara d’Ordu et Osman Aynur d’Antalya, ont chacun empoché 1000 TL (près de 435 €).

Les organisateurs de Kağıthane ont pour objectif de faire venir à Istanbul, lors des prochaines éditions, des lutteurs de Grèce. Ceux-ci ont la particularité d’ajouter de la poudre sur la couche d’huile dont ils sont enduits.

Il peut aussi être imaginé que le tournoi de lutte de Kağıthane soit inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité de l’Unesco, tel que cela a été le cas pour Kırkpınar le 16 novembre 2010.

- Cliquez ici pour parcourir la galerie photos d’une sélection parmi les 2000 clichés réalisés avec la participation de Jean-Marc Arakelian.

- En outre, deux vidéos sont visibles en cliquant ici et .

- Article publié sur le blog« Du bretzel au simit »

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