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La laïcité en danger ?

samedi 12 mai 2007, par Marie-Antide

L’Assemblée Nationale turque a voté. A. Gül a été désigné par la quasi-totalité des participants (357). Malheureusement, le quorum de 367 votants n’ayant pas été atteint et ce vote a été invalidé par la Cour Constitutionnelle. Ce qui ouvre la perspective d’élections législatives anticipées.

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Le lendemain, l’armée a violemment accusé le gouvernement de ne pas défendre les valeurs laïques, accusation très rapidement contrée par le gouvernement qui, fait unique, a rappelé que celle-ci était sous les ordres du Premier Ministre.

Puis ce sont près de 300 000 personnes (ou 1 million ?) qui ont manifesté à Istanbul en scandant “Hepimiz kemalist, hepimiz Türk’üz”, “Darbe’ye karşıyız”,/ “Nous sommes tous kémalistes, nous sommes tous turcs. Nous sommes contre le coup d’Etat.

Turbulences, turbulences …

Alors la laïcité était-elle en danger ? Eh bien …. Non .

Et voici pour l’expliciter l’intégralité d’un article de JC Ploquin, paru dans La Croix, le 25 Avril dernier. Il s’agit un entretien avec le professeur Ihsan Dagi, professeur à la célèbre ODTÜ, l’Université technique du Moyen Orient, à Ankara et qui établit une claire distinction entre Laïcité et Kemalisme.

- La Croix : Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a renoncé à se présenter à la présidence de la République. Pourquoi cette perspective était-elle inacceptable pour le camp laïc, notamment l’armée ?

L’armée ne défend pas tant la laïcité que le kémalisme. La laïcité n’est pas en danger en Turquie, même avec un premier minitre, voire un président, issu de l’islam politique. Dans sa très grande majorité, la population considère qu’elle est une garantie démocratique et rejette la loi islamique comme forme de gouvernement.

Le kémalisme, lui, est un discours promu par cetains groupes sociaux pour défendre les intérêts qu’ils perdent, du fait de la tranformation de la société. L’économie de marché conduit au développement d’une société plus ouverte. De nouvelles forces sociales s’octroient des positions et des avantages dont bénéficiaient jusqu’ici la bureaucratie d’Etat.

- La Croix : Qu’est-ce qui définit aujoud’hui les héritiers du kémalisme ?

Paradoxalement, ce sont eux qui ont créé l’Etat, développé l’économie et tourné le pays vers l’Occident et notamment l’Europe. Mais le processus leur a échappé et aujourd’hui ils manifestent une forte opposition à l’Union Européenne, ils sont anti-globalisation et se montrent sceptiques envers la démocratie et la modernité politique. Pour eux, si la démocratie permet à Erdogan de prendre le pouvoir, c’est que quelque chose ne va pas dans le démocratie. Si les Droits de l’Homme permettent l’émergence de l’identité kurde, il faut changer d’option. Leur peur du monde extérieur est alimentée par le vision d’un Occident tramant des complots visant à démanteler le pays. La question kurde, la question arménienne, la question de Chypre sont considérées comme autant de pièges.

- La Croix : Quelle est leur marge de manœuvre aujourd’hui ?

Leur capacité à peser sur l’évolution de la Turquie est limitée. Ils n’ont jamais infilté les reins et les cœurs de la population. Leur place forte, c’est la bureaucratie, une base qu’ils ne peuvnt guère élargir car la Turquie a cessé d’être un Etat bureaucratique. Ils représentent entre 15% et 20% de l’électorat, ce qui est insuffisant pour stopper le parti d’Erdogan ou pour faire machine arrière par rapport à l’Union Européenne ou à la Convention européenne des Droits de l’Homme.

En revanche, les Européens doivent agir avec précaution. Prenez la question arménienne. Plusieurs sondages montrent que la population est prête à affronter le passé. Mais les groupes antieuropéens sont prompts à accuser les Européens de vouloir divisier le pays, élargir l’Arménie actuelle, créer un Kurdistan. Ils utilisent les votes sur le génocide à l’Assemblée nationales française, au Parlement Européen et peut être bientôt au Bundestag allemand pour refroidir le soutien de la population à l’adhésion à l’Union Européenne et stopper à terme, le processus de modernisation et de démocratisation. Les années 2002-2005 ont été une très mauvaise période pour les forces antieuropéennes en Turquie, le soutien à l’adhésion dans l’opinion oscillant entre 65% et 79%. Mais depuis deux ans, le scepticisme augmente, ce qui contraint le gouvernement à une pause dans les réformes.

Les Européens doivent veiller à ne pas donner des arguments facilement manipulables aux forces qui leur sont hostiles en Turquie.”

A suivre, au fil de l’actualité souvent palpitante que nous offre cette toute jeune démocratie turque !

- Le blog de Marie-Antide Fort

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