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La face cachée de l’AKP

mardi 22 avril 2008, par Marillac

Dans l’ombre de M. Erdogan, leader du Parti de la Justice et du Développement (AKP) et chef du gouvernement, un homme d’affaires s’active. A la fois diplomate, financier et proche conseiller, il incarne le projet d’une droite libérale et traditionnelle. Portrait toujours actuel d’un homme et d’un parti, aujourd’hui placé dans l’oeil du cyclone.

A l’automne 2001, une rumeur parcourt la presse turque : Hasan Cüneyd Zapsu, le financier et conseiller de M. Erdogan, chef de l’AKP, aurait des liens avec Al-Qaïda. « Rien de fondé. A eux de ratisser le pilav », lance-t-il alors sarcastiquement. C’est une des rares saillies médiatiques d’un homme qui cultive le secret.
Membre fondateur de l’AKP, il n’est ni député, ni ministre. « Je préfère agir directement. J’aime rester à l’écart des fonctions hiérarchiques, » répond-il lorsqu’on l’interroge sur son rôle politique. Eminence grise de M. Erdogan, il intervient sur les dossiers les plus sensibles. En décembre 2002, deux piliers de l’administration Bush débarquent à Ankara pour prendre le pouls du nouveau pouvoir sur l’affaire irakienne : après un dîner en comité très restreint à l’ambassade américaine, M. Zapsu poursuit les conversations à l’Hôtel où sont descendus les deux émissaires.

Une famille kurde

Son entregent diplomatique, ses manières de chuchotements et ses dispositions libérales lui valent un réseau de relations dense et large. Grand homme d’affaires, il est connu comme le patron des magasins BIM, les ED turcs. Etudiant en management à Münich, il développe le commerce de son père avant de fonder, en 1977, son propre groupe : Azizler Holding. La famille Zapsu est installée de longue date à Istanbul : originaire du Hakkari, région montagneuse entre Irak et Iran, le grand-père, Abdurahmin Zapsu s’illustre parmi les groupes nationalistes kurdes qui fleurissent dans la capitale ottomane au début de ce siècle. Mais d’un nationalisme mâtiné de tradition : auteur d’une Grande Histoire de l’Islam, il est un des proches de Said-Nursi, père spirituel de la plus grande mouvance soufie turque actuelle, penseur de la continuité entre Islam et modernité. Hasan Cüneyd Zapsu est « cet enfant kurde » nourri de culture traditionnelle et libérale.
Des atouts qui font de lui l’homme incontournable des alliances conclues entre dynasties bourgeoises où se marient intérêts financiers, fidélités religieuses et solidarités politiques. Au cœur de cet écheveau, la famille Zapsu a toujours joué le rôle d’arbitre entre clans, jouant pour cela de son influence sur certaines communautés soufies du Sud-Est anatolien. Sur la scène publique, ces mouvements de fond ont pris la forme de bloc des droites : autour de Turgut Özal (Premier ministre puis Président de la république) durant les années 80, au sein de l’AKP désormais.

Le bloc des droites

L’homme d’affaires ne va donc pas sans l’homme politique, aussi discret soit-il. Dès 1990, il devient vice-président du Parti Démocrate fondé par Korkut Özal, le frère du défunt Président.
Un mouvement sans envergure dans l’ombre duquel survit l’idéal özalien d’un grand parti de droite. Il ne lui manque qu’un leader charismatique comme l’est le maire d’Istanbul à l’époque : Recep Tayyip Erdogan, vieille connaissance de la famille Özal. D’ailleurs, M. Zapsu n’aime-t-il pas répéter qu’« il est aux côtés de M. Erdogan depuis 1989 » ?
En coulisses les manœuvres se multiplient pour pousser à l’éclatement du vieux Parti Islamiste et au sacre de ses éléments réformateurs. En août 2001, on pense un temps rassembler ces derniers sous le toit du Parti Démocrate avant de fonder l’AKP.
Dès 1999, Hasan Cüneyd Zapsu est passé à l’offensive : il introduit son poulain auprès de ses confrères de la TÜSIAD, le MEDEF turc. En janvier 2002, direction les Etats-Unis. Au programme : le forum de Davos et une tournée des think tank et autres fondations d’études stratégiques.
« Nous avons franchi la porte de quelques 25 organismes. En Amérique, les politiques ne sont pas conçues par les partis mais par ces groupes », expliquait M. Zapsu à son retour. L’opération de communication est de taille : vanter à Washington le modèle d’un Islam moderne et ouvert sur le monde quelques 5 mois après le 11 septembre.
Moins d’un an après, l’AKP parvient seul au pouvoir. Il fait souffler le vent d’une tempête libérale sur le joug d’un régime hérité de la guerre froide. Avec un objectif : débarrasser le projet de société özalien de ses pesants tuteurs militaires. Et pour cela, « La transparence avant toute chose, le reste suivra », aime à rappeler M. Zapsu.

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