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Revenant sur l’échec du référendum, Giscard évoque un nouveau texte pour l’UE.

L’UMP ronge l’os européen et charge Chirac

lundi 26 septembre 2005, par Antoine Guiral

Libération

Les ennemis historiques comme les anciens amis de Jacques Chirac sont toujours les bienvenus à l’UMP. La convention du parti sur l’Europe, organisée depuis vendredi et jusqu’à samedi à Paris, a ainsi tout entière été bâtie pour faire porter le chapeau du non français au président de la République, dénoncer son choix de soutenir l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et pointer son absence de projet pour relancer l’UE. Un réquisitoire implacable destiné à enterrer Jacques Chirac et à stigmatiser, en creux, ceux qui soutiennent ses choix sur Ankara, comme Dominique de Villepin.

Fossoyeur.

Tout au long de la journée de vendredi, des orateurs français et étrangers se sont succédé pour lister les blocages européens et souligner la difficulté des actuels dirigeants français à les surmonter. Dans le rôle du fossoyeur en chef, Valéry Giscard d’Estaing, bien peu disert depuis le rejet de son texte constitutionnel le 29 mai, est apparu moins caustique qu’à son habitude. Il n’a pas pour autant ménagé ses charges : « Pour la première fois depuis cinquante ans, la France n’a plus de projet pour l’Europe. Depuis de Gaulle jusqu’à l’an dernier, elle a toujours eu un projet européen et elle a su faire aboutir ses propositions », a dit l’ex-chef de l’Etat. En clair, Chirac a échoué quand tous ses prédécesseurs avaient, eux, réussi à faire adhérer les Français à l’idée européenne.

Et VGE d’ajouter que « le référendum sur le traité constitutionnel a été perdu pour une raison simple : parce que c’était un référendum ». Toujours prompt à régler des comptes, il s’en est aussi pris à tous ceux qui avaient agité « l’odieuse manipulation du plan B ».

Dans son collimateur, ceux qui comme Laurent Fabius ou Philippe de Villiers sont à « la recherche des plus hautes fonctions de l’Etat » et à qui il convient « de ne poser qu’une question : « Montrez-nous ce fameux plan B, que vous avez fait gober aux Français » ».

Persuadé que « la première partie proprement constituante [de son texte] a été à peine contestée », Giscard d’Estaing ne désespère pas de voir un jour les Français l’approuver à nouveau. Sans parler explicitement d’un nouveau vote sur la Constitution, il a évoqué la possibilité, « après la grande consultation [présidentielle] de 2007, d’une nouvelle initiative française ». Même si le sujet est pour l’heure inavouable, plusieurs dirigeants de l’UMP travaillent sur une manière de faire revoter après 2007 les Français sur l’Europe. Il s’agirait de « leur proposer, avec l’accord des partenaires européens, un texte beaucoup plus accessible qui fixe un cadre géographique et des objectifs politiques clairs à l’Europe », assure un de ceux qui planchent sur ce dossier.

Sujet porteur.

A beaucoup plus courte échéance, l’UMP et son président, Nicolas Sarkozy, veulent faire de la question turque un élément de fracture majeure entre l’opinion publique et Jacques Chirac. Ils s’y sont attelés bien avant le référendum et n’ont pas l’intention de lâcher un tel sujet porteur. Avant même son discours de clôture ce samedi, le ministre de l’Intérieur a profité d’une table ronde opportunément intitulée « Quelles frontières pour l’Europe ? » pour laisser entendre à quel point le parti et ses militants sont dans leur immense majorité hostiles à l’entrée de la Turquie dans l’UE.

Alors que les négociations d’adhésion avec Ankara débutent le 3 octobre, c’est, par exemple, un ancien chiraquien de choc, Jacques Toubon, qui a jugé « incohérent » de faire de la Turquie un membre à part entière de l’Union et a dénoncé « un projet illusoire qui va polluer le débat européen pendant dix ans ». C’est aussi l’ancien ministre des Affaires étrangères de Chirac, Hervé de Charette, qui a fustigé « l’ouverture de ces négociations destinées, ne nous trompons pas, à préparer l’adhésion ». Quant à VGE, il a dénoncé « le double langage » de Chirac et Villepin qui consiste à laisser entendre aux Français que « les conditions [d’entrée de la Turquie] seront si sévères qu’elles feront capoter la négociation ».

« Pays amis ».

Face à un tel parterre, le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a été inaudible et à peine applaudi lorsqu’il a tenté de mettre en garde ceux qui veulent « décourager des pays amis, qui à l’intérieur de notre continent aspirent à un avenir européen ». Il est vrai que, juste avant qu’il ne prenne la parole, François Fillon, ancien ministre de l’Education nationale, désormais conseiller politique de Sarkozy, s’était chargé de l’exécuter : « Face au désarroi de notre diplomatie qui semble tétanisée par le vote du 29 mai, l’UMP entend porter un projet français pour l’Europe. » Et ce n’est en aucun cas celui de Jacques Chirac.

Par Antoine GUIRAL
samedi 24 septembre 2005

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