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“Je veux changer le monde” il clamera, “et que l’on se souvienne de moi” il pensera tout bas

jeudi 14 juin 2007, par Julien Bartoletti

Petite histoire de l’Etre politique...
L’Etre politique comme tout Etre connaît une évolution que l’on peut cliver en trois phases : l’enfance, l’âge adulte, la vieillesse.

De plus trois archétypes peuvent venir définir cet Etre en venant déterminer son orientation politique et sa place dans l’Agora. Ces trois archétypes sont le proconformiste, l’anticonformiste et enfin, l’Aconformiste.

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Le proconformiste

Le proconformiste est celui qui considère la normalité comme juste. Il estime que le groupe a raison. Ce n’est pas le monde ou le système qui engendre des imperfections mais les individus non conformes ou anormaux. Le proconformiste, parfois nommé conservateur, cherchera à faire atteindre les anormaux à la normalité parce qu’il estime que celle-ci est juste. Il voudra en quelque sorte rétablir le monde.

L’anticonformiste

L’anticonformiste, quant à lui, rejettera coûte que coûte ce que le proconformiste défend car il estimera la normalité comme mauvaise. Avant d’agir, il devra observer ce qu’est le conformisme pour pouvoir en suite se porter en opposition. Il estimera montrer ainsi au groupe qu’il est différent et libre puisqu’il n’est pas comme eux. Cependant l’anti-conformiste n’est point libre puisqu’il doit attendre de savoir comment agit le conformiste pour pouvoir se démarquer en s’opposant à lui. Ainsi, l’anticonformiste est totalement dépendant du proconformiste. Ce dernier dira non, l’anticonformiste dira oui. Le conformiste s’émerveillera, l’anticonformiste s’ennuiera etcaetera, etcaetera… Il voudra ce que le proconformiste ne veut pas et refusera ce que le proconformiste désirera.

L’aconformiste

L’Aconformiste a un vis-à-vis par rapport à la normalité. Il n’estime pas qu’elle est juste ou mauvaise. Il juge en fonction des situations. L’Aconformiste est donc le seul individu à être libre face au conformisme dont les proconformistes sont les serviteurs, et les anti-conformistes les suiveurs. L’Aconformiste pourra avoir deux attitudes possibles.

Ou bien celui-ci, par sa neutralité face à la conformité, laissera le système agir et se consacrera à sa propre vie. Il s’agira alors d’un A-conformiste passif.

Ou bien l’Aconformiste voudra s’impliquer activement dans le monde parce qu’il estimera que le monde tel qu’il est provoque des injustices sur les individus et que le système conformiste n’a aucune légitimité suffisante pour justifier ces injustices. Il s’agira alors de l’Aconformiste actif qui n’est autre que l’enfant politique.

L’enfant politique

Oui, l’enfant politique est un Aconformiste actif. L’âge d’or du politique est bien celui de son enfance si l’on entend l’enfance comme le symbole de l’innocence. L’Aconformiste actif veut corriger les injustices dues au conformisme. Pour cela, il doit pénétrer l’Arène. « Je veux changer le monde… » clamera-t-il haut et fort « … et que l’on se souvienne de moi pour longtemps » pensera-t-il sans se l’avouer. Les yeux grands ouverts à l’affût de tout ce qui l’entoure, il cherchera à savoir ce qui ne va pas et comment le corriger. « Changer le monde et que l’on se souvienne de moi ».

Petit à petit, l’enfant politique grandit et c’est la deuxième partie de sa pensée qui prend le dessus. Alors, puisqu’il se rend compte que pour changer le monde il faut changer les esprits et que cela demande du temps et trop de travail, il s’adapte au conformisme soit en le sollicitant et le défendant soit en le rejetant. Il se positionnera par rapport aux références que ses semblables connaissent. Et ces références sont des références conformes. Rester un Aconformiste actif le ferait passer au mieux pour un original, au pire pour un fou. Alors l’enfant politique devient l’adulte politique.

L’adulte politique

L’adulte politique est alors soit proconformiste, soit anticonformiste (et dans les deux cas opportuniste). C’est plus simple, on le comprend mieux mais du coup il ne changera rien au monde par lui même. Ce n’est pas grave car maintenant que ses semblables le comprennent mieux il peut réussir sa carrière. L’individu politique lorsqu’il passe de l’enfance à l’âge adulte transforme alors son art en métier. Il ne pense plus en tant qu’artiste politique mais en tant que carriériste politique. Dans sa carrière, l’adulte politique en maniant l’outil du sophisme pourra, qu’il soit anticonformiste ou proconformiste, faire en sorte que l’on se souvienne de lui. Il n’aura pas changé le monde mais aura l’impression d’avoir mieux vécu que ceux dont on ne se souvient pas. Le temps passe, l’adulte politique trace sa carrière mais voit petit à petit sa place bien chaude qu’il s’était faite au sein de l’Agora grignotée par les autres. Alors, l’Etre politique, volontaire ou contraint et forcé, jette le roi à terre et entre dans l’âge de la retraite.

Le vieillard politique

Le vieillard politique est conscient depuis bien longtemps de n’avoir pas su changer le monde. Il se rend compte qu’il a perdu l’innocence de son enfance politique. A quoi bon regretter maintenant qu’il n’a de toute façon plus la force de changer ce monde. Alors le vieillard ferme les yeux et se laisse aller, il n’est plus ni proconformiste, ni anticonformiste, il est à nouveau un Aconformiste comme avant, à la différence que cette fois ci il est un Aconformiste passif. Il a retrouvé sa liberté face au conformisme mais trop tard, bientôt il sera un Aconformiste mort.

Le plus triste dans tout cela reste que certains de ces Etres passent directement à l’âge de l’adulte politique sans même passer par l’enfance politique. Je parle de ceux qui pensent que tout comme la barbe suffirait à faire un philosophe, la cravate suffirait à faire un politique. Ceux là, restent des adultes politiques pro ou anticonformistes de leur naissance (politique) jusqu’à leur mort (biologique). Ils n’auront alors jamais connu la liberté. Je dédicace cette petite histoire de l’Etre politique à ce triste personnage qu’est Alain Finkielkraut car parmi tous ses rugissements réactionnaires il en est un qui m’a marqué : « ce n’est pas aux enfants de faire de la politique car l’enfant politique ça ne veut rien dire ».

Je crois qu’il a tort.

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