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Hommage à Semih Vaner

mardi 19 février 2008, par Faruk Bilici

- Faruk Bilici est professeur des universités à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), membre du comité de rédaction des Cémoti.

Politologue reconnu et respecté par le monde scientifique, Semih Vaner est mort le mardi 12 février. Né à Istanbul en 1945, Vaner était diplômé de la faculté de science politique de l’université de Lausanne et avait obtenu, en 1976, son doctorat à la Sorbonne. Il a enseigné la science politique à l’université de Bursa (Turquie) avant d’intégrer en 1982, en tant que chercheur, le Centre d’études et de recherches internationales (Ceri).

Devenu directeur de recherche dans cette même institution, il n’a eu de cesse de réfléchir aux grands problèmes contemporains autour de la Méditerranée et plus particulièrement de la Turquie. Les ouvrages qu’il a rédigés ou dirigés - tels que le Différend gréco-turc ; Modernisation autoritaire en Turquie et en Iran ; la Turquie en mouvement ou encore l’Europe avec ou sans la Turquie - sont le fruit d’une observation attentive mais surtout l’expression d’un souci de démocratisation de ce pays et de son intégration pleine et entière à l’Union européenne.

Semih Vaner a inauguré, en 2005, la collection Ceri-Fayard avec la Turquie. Devenu un ouvrage de référence complet et dédié à un autre grand chercheur et ami, Stéphane Yérasimos, la Turquie a réuni une quinzaine de spécialistes, pour aborder de nombreux aspects contemporains de la Turquie et mettre en avant sa spécificité dans le monde musulman : la démocratie représentative comme régime politique. Le passage de l’Empire ottoman à la République y est étudié en profondeur, au travers des thèmes fondamentaux que sont l’islam, les disparités régionales, la culture, l’économie, les relations extérieures et l’émigration. Ce panorama met en évidence les métamorphoses d’une puissance émergente, les contradictions d’une société jeune aux racines anciennes, passant en revue tous les aspects de la société dont Vaner était issu et sur laquelle son regard était sans concession.

Mais l’œuvre majeure de Semih Vaner est certainement la revue qu’il a fondée en 1985 : Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien (les Cémoti). Ces cahiers sont édités et diffusés avec le concours du Centre d’études et de recherches internationales, de la Fondation nationale des sciences politiques, du CNRS et bien d’autres organismes.

A leurs débuts très modestes, les Cémoti sont devenus en vingt ans la référence incontournable sur cette vaste zone géographique qui s’étend des Balkans et de la Méditerranée orientale à l’Asie centrale ex-soviétique et au Xinjiang en passant par le Caucase. Il s’agit d’un ensemble géopolitique ayant ses spécificités culturelles et linguistiques, en proie à des crises fréquentes et profondes qui se multiplient depuis l’effondrement du communisme, aujourd’hui une zone d’importance stratégique majeure.

Les Cémoti ont réuni durant ces années un très grand nombre de chercheurs, d’universitaires et le dernier numéro, dédié à Nos Vingt Ans ! Berlin-Kachgar (2005), fait précisément le bilan du travail accompli sous la direction de Vaner. Tous ses travaux et prises de positions indiquaient sa détermination, sa rigueur scientifique et son honnêteté intellectuelle. Son premier mot dans ce numéro sera notre dernier pour que Semih Vaner continue à vivre au travers de « sa » revue : « Chère lectrice, cher lecteur, à l’occasion du vingtième anniversaire de la création de notre revue, nous revenons vers vous avec un bébé sain et jovial ! C’est maintenant à vous de le faire grandir… »

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Sources

Source : « Libération », 18 février 2008.

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