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Hanefi Avcı, l’auteur du dernier best-seller des librairies turques, sous les verrous

mardi 5 octobre 2010, par Jean Marcou

Hanefi Avcı Hanefi Avcı, l’ancien chef de la police d’Eskişehir, a été placé, mardi dernier, en détention provisoire à la prison de Metris d’Istanbul. Il est accusé de complicité avec une organisation terroriste et de violation du secret de l’instruction. En ces temps de révélations sulfureuses et de mises à jour de complots divers et variés, une telle annonce ne ferait pas autant de bruit, si elle ne concernait l’homme qui est l’auteur du livre qui est actuellement le best-seller des librairies turques.

Hanefi Avcı a en effet publié le mois dernier « Haliç’te Yaşayan Simonlar », un ouvrage fracassant qui dénonce le noyautage de la police turque par la confrérie de Fethullah Gülen, et qui montre de surcroît comment cette entreprise a débouché sur les multiples révélations de complots que l’on connaît, et sur les vagues d’arrestations spectaculaires de militaires ou de personnalités laïques qui les ont accompagnées. Ces dernières semaines, le livre d’Avcı a ainsi ouvert une série d’interrogations sur la transformation en cours de l’Etat et a réactivé sous une forme inattendue le débat sur l’agenda caché. Car, Hanefi Avcı met en cause la crédibilité de plusieurs affaires, y compris la fameuse affaire « Ergenekon », en estimant qu’elles reposent sur des preuves fragiles et en dénonçant le recours systématique à des écoutes téléphoniques douteuses, suscitées par des éléments de la police qui seraient liés à la confrérie Gülen.

Hanefi Avcı rejette les motifs qui ont justifié son arrestation et estime que celle-ci n’est que l’aboutissement de la contre-offensive qu’a lancée la confrérie Gülen, depuis la parution de son livre. Le chef d’inculpation, dont est l’objet ce policier célèbre, qui avait été récemment rappelé par son administration centrale, paraît en effet suspect. Il est accusé d’avoir entretenu des liens avec le « Commandement révolutionnaire », une obscure organisation d’extrême gauche, auteur du plasticage d’une permanence de l’AKP et d’une attaque au mortier dont l’objectif n’a jamais pu être élucidé. Le quotidien pro-gouvernemental « Zaman » relate la perquisition du domicile d’Avcı à Eskişehir, en expliquant que la police y a trouvé de faux papiers et une Kalachnikov non enregistrée officiellement, autant d’éléments qui prouveraient les activités illicites du policier, et qui laisseraient même supposer qu’il s’apprêtait à quitter le pays. En s’appuyant sur les allégations d’un journaliste du quotidien « Star », « Zaman » essaye ainsi d’étayer cette version des faits, en expliquant que le livre récemment publié par Hanefi Avcı n’aurait été qu’un contre-feu destiné à justifier les contacts téléphoniques qu’il a pu avoir avec certains membres du « Commandement révolutionnaire », en particulier une femme avec laquelle il aurait entretenu une relation intime. Hanefi Avcı dans son livre dénonce en effet les écoutes téléphoniques illégales et montre qu’il en a lui-même été l’objet à son insu.

Toutefois, l’arrestation d’Hanefi Avcı laisse perplexe beaucoup d’observateurs avertis. Le quotidien laïque « Vatan » estime peu probable que ce policier, qui s’est rendu célèbre dans le passé par la lutte qu’il a menée contre des organisations d’extrême gauche, ait pu être un sympathisant de l’une d’entre elles. Plusieurs éditorialistes (Hasan Cemal de « Milliyet » ou Ali Bayramoğlu de « Yeni Şafak »), pourtant critiques à l’égard de certaines des thèses développées par Hanefi Avcı dans son livre, se disent peu convaincus de la légitimité des motifs de sa mise en détention, et estiment que le manque de crédibilité des accusations formulées contre lui conforte l’hypothèse d’une contre-attaque de la confrérie Gülen.

Plus généralement, cette affaire est d’autant plus importante qu’elle intervient au moment où la société turque s’interroge sur les évolutions politiques récentes qui ont vu le gouvernement de l’AKP renforcer sa prégnance sur l’Etat et les administrations publiques, longtemps considérés comme le sanctuaire de la laïcité kémaliste. L’action de la confrérie Gülen dans cette révolution silencieuse a souvent été dénoncée par le camp laïque, au cours des dernières années. La nouveauté, avec le livre d’Hanefi Avcı, est que cette fois la mise en cause de la confrérie Gülen n’est pas le fait d’une personnalité très représentative du camp laïque, mais plutôt d’un professionnel respecté jouissant d’une expérience indéniable.

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Sources

Article publié sur le blog de l’OViPoT le 30 septembre 2010 sous le titre : Hanefi Avcı, l’auteur du dernier best-seller des librairies turques, sous les verrous

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