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Elveda Elele

samedi 10 avril 2010, par Alain Mascarou

Vendredi noir : la Saison de la Turquie en France vient de connaître un sinistre épilogue ; hier, 9 avril, 18 h 30, à la mairie du X° arrondissement, l’association Elele, Migrations et Cultures de Turquie, fondée en 1984, annonçait son dépôt de bilan.

Elele est une association qui a œuvré pendant un quart de siècle en direction de l’intégration, de l’égalité hommes-femmes, avec le souci d’une approche globale, et non à court terme, ménageant des passerelles entre activités culturelles, éducatives, aide juridique, psychologique, administrative.

De l’impulsion donnée par sa fondatrice, Gaye Petek, de son intelligence politique, de sa générosité éclairée, de son sens de l’humain, ont rendu compte les témoignages. Avec ténacité, dignité, émotion, femmes, hommes, jeunes gens, en turc, en français, ont dit ce que leur a apporté l’association : l’apprentissage du français, le suivi scolaire, l’ouverture sur la culture française, la fierté de sa propre culture, l’exigence de niveau des manifestations artistiques, la lutte contre les mariages forcés (filles et garçons), l’aide aux femmes battues, le combat pour la laïcité, la défense des valeurs républicaines.

Le président, la directrice, une adjointe au Maire de Paris, se sont livrés à l’analyse impeccable, implacable, de la situation. Le CA du 12 mars a constaté 120 000 € d’endettement (on rappellera les 116 500 € de la location d’un jet privé par Alain Joyandet). Ceci est dû d’abord au lâchage par l’ACSE (sous la tutelle de Fadela Amara, chargée de la politique de la ville auprès du ministre de la ville), puis de la DAIC (sous la tutelle d’Éric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire) ; désengagements successifs, dû pour le second à un changement brutal des règles des conventions : appels à projets, mise en concurrence des associations.
Le programme de Mme Amara, c’est la mise « en quartiers » des immigrés, le concept discriminatoire de « culture des habitants des quartiers » et, avec la stigmatisation en « quartiers défavorisés », une logique de territoires décrits comme lieux de relégation.
Avec M. Besson, c’est l’inféodation aux attentes de l’État, la marchandisation de l’action sociale, l’empêchement de toute politique.

Les intervenants, entre tristesse, honte et colère, ont dénoncé l’atteinte à un contre-pouvoir inquiétant par sa force de mobilisation, une politique de musellement de la société civile, le refus de l’Autre. De fait, Elele « crève de n’être pas communautaire » et son refus des nouvelles règles du jeu est un acte de fermeté politique : plutôt « mourir debout ».

Il s’agit là d’un terrible coup dur, après la dissolution de l’AFEMOTI en 2008 et la mort de Semih Vaner, cet autre animateur exemplaire, créateur d’un espace de pensée et d’action aujourd’hui manquant.
Qui assurera désormais le lien entre Turcs de France et société française ? Dans cette décision de ne pas se plier à des injonctions aberrantes, est sensible un tel regain de combativité qu’on ne peut douter de la poussée de nouveaux bourgeons — à l’image de celui qui depuis quelques mois avait été greffé sur le logo des mains enserrées d’Abidine.

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