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A propos du discours de Leylekian : nationalisme arménien contre nationalisme turc (2)

lundi 22 juin 2009, par Baskın Oran, Traduction Sebahat Erol

Morale de l’histoire

C’était un discours si haineux, si effrayant (et foulant si facilement aux pieds les règles de bienséance d’un débat), qu’un instant, j’ai pensé : Bon sang, est-ce qu’il est possible que j’aie connu cet homme dans le passé ? Que je me sois disputé avec lui ? Non. C’est la première fois que nous nous rencontrons.

Je ne sais si vous êtes aussi naïfs que moi. Et puis, je me suis réveillé. Le fait que Leylekian, qui est lui-même un pur produit du système, dise à propos de mes amis et de moi que nous sommes portés aux nues par le système… Et ce faisant, tenir un véritable « discours de la haine »… (Dans un des extraits que je n’ai pas résumé, il utilisait le mot « vampirisation » à propos des Turcs !) Et par dessus le marché, faire comme si nous avions la grippe porcine (et, encore plus important, faire comme si les Arméniens étaient des imbéciles prêts à se faire duper), en mettant tout le monde en garde : Surtout, n’ayez aucun contact avec ces hommes. Tout cela se tient à merveille.

Parce que la situation actuelle fait parfaitement l’affaire de Leylekian qui craint comme la peste que la Turquie ne lâche du lest sur son négationnisme imbécile, voire qu’elle ne l’abandonne. Les Dashnaks de son genre ne se nourrissent que de ce négationnisme imbécile.
Parce que tout à coup, ils est devenu possible d’utiliser des alternatives au mot « génocide » qui s’était lourdement imposé grâce à notre pauvre politique négationniste menée jusqu’aujourd’hui par l’Etat turc (et bien entendu appliquée par nos diplomates à la retraite qui ont réussi à faire publier un communiqué nous traitant de « traîtres »). Même le Président des Etats-Unis a repris tel quel le terme que nous avons employé dans notre pétition de pardon. Cette évolution sème la panique chez les Dashnaks.

Parce que si l’on essaie de discuter le fait que les événements de 1915 sont des massacres organisés par l’Etat, ce serait particulièrement absurde, mais la Commission d’historiens va fixer pas à pas l’échelle qui remonte jusqu’en 1915. Et ainsi vont être mises en évidence les différences entre la tragédie juive et la tragédie arménienne. En même temps, les Turcs vont se rendre compte des horreurs commises par leurs ancêtres. Leylekian est conscient de tout cela.

Mais les Leylekian turcs ne sont conscients de rien du tout. Les Turcs instruits disent que nous sommes des « traîtres », les moins instruits demandent des comptes à ceux qui veulent demander pardon : « Comment pouvez-vous demander pardon à notre nom ? » En un seul mot, c’est fan-tas-tique !

Explication médicale de la panique

Mon ami Dilaver, médecin qui a une clinique en France, se trouve aussi au festival. Il est à côté de moi et il marmonne : « Le TSK [NDT : Forces armées turques] a besoin du PKK, Israël a besoin des Palestiniens, et les Dashnaks, du négationnisme turc. Les trois sont encore à la phase que nous qualifions en médecine de préobjectale. »

Comme je ne comprends pas, il m’explique :
« Pour l’enfant qui commence à téter sa mère, il n’existe pas d’objet. Lui-même n’existe pas, car il est en état de symbiose avec sa mère, dont il n’est qu’une partie. A ce stade, si la mère disparaît du champ de vision de l’enfant, celui-ci interprète cette disparition comme la sienne propre, il se considère perdu. C’est une véritable panique. »

Il ajoute : « Ensuite, il reconnaît les objets les découvrant un par un avec la bouche, c’est-à-dire en passant à la phase orale, et le sentiment de panique disparaît peu à peu. »

Il est évident que les souffrances des Arméniens, et naturellement leur tension, sont d’une importance incomparable. Sous prétexte que quelques milliers de « komitadjis » se sont révoltés, ce qui a constitué un atout pour les Etats européens, nous avons anéanti une grande civilisation arménienne en Anatolie ! Pourtant, tant que les choses continueront ainsi, les deux parties souffriront sans cesse. Il est désormais nécessaire que Turcs et Arméniens passent à la phase orale, qu’ils commencent à se parler.

Et nous sommes en train de vivre ce passage, nous en sommes conscients. Les uns commencent à découvrir qu’il existe au monde autre chose que le négationnisme, et les autres, autre chose que le mot génocide. En se touchant avec la bouche, comme l’enfant entrant dans la phase orale. Et dans les deux camps, il y en a qui se rendent compte que ces deux mots sont en train de disparaître du champ de vision et qui paniquent, c’est tout. Quant à la caravane, elle passe…

Premiere partie

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