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Istanbul : des hôtels 5 étoiles étouffent le palais de Dolmabahçe

mercredi 13 août 2008, par traduction Anne Guezengar, Vercihan Ziflioglu

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Le palais de Dolmabahçe
Crédits : www.travelcreek.com

Selon Ertugrul Günay, ministre de la culture et du tourisme de l’actuel gouvernement turc, il est tout à fait probable que le Swissotel Bosphorus et le Ritz Carlton endommagent le palais de Dolmabahce. Dans un entretien au quotidien Turkish Daily News, il affirme qu’il aimerait que la Turquie soit suffisamment riche pour pouvoir les détruire.

Le ministre de la culture et du tourisme de Turquie, vient de porter de vives critiques à l’encontre du Swissotel et du Ritz Carlton - deux structures très controversées qui se dressent au cœur de la silhouette d’Istanbul. En obstruant son espace d’aération, ces deux bâtiments endommagent le palais de Dolmabahce.

Des hôtels de luxe défigurent la silhouette d’Istanbul.

Jusqu’à ce que le groupe Swissotel obtienne le feu vert pour y construire l’hôtel Bosphorus dans les années 90, les 10 hectares sur lesquels est situé le palais de Dolmabahce étaient un espace vert destiné à demeurer une aire touristique. Ensuite, c’est le Ritz Carlton qui accueillait à son tour ses premiers clients, malgré les vives critiques qui s’élevaient à l’époque contre la disgrâce que cette construction infligeait à la silhouette de la ville. Déjà cinquante ans avant la construction du Swissotel Bosphorus, c’est le stade Inönü qui avait été construit sur l’espace du palais.

Désapprouvant toute construction dans et autour de l’enceinte de Dolmabahce, le ministre estime que celle-ci a constitué la « première fissure » dans la protection du palais historique. « Le processus a débuté en 1940 avec la construction du stade Inönü. A l’époque on n’avait pas pensé à ses conséquences sur le palais. »Le Swissotel ressemble à un sarcophage, et le Gökkafes (comme on appelle le Ritz Carlton à Istanbul), quelques kilomètres plus loin, à une pierre tombale". Il ajoute que de tels bâtiments devraient être expropriés et détruits.

A son avis cette situation est caractéristique d’une absence de reconnaissance de l’héritage ottoman. Ce mépris pour les chefs d’œuvre historiques reflèterait celui que la République affichait vis-à-vis de l’histoire de l’Empire Ottoman.« Quand on n’est pas capable de protéger son propre héritage historique, d’autres savent l’utiliser. »

Le palais de Dolmabahce risque de mourir asphyxié

Ertugrul Güney a fait appel à des experts pour tenter de remédier au problème du manque de ventilation du palais.« L’espace vert sur lequel le Swissotel a été construit permettait à l’air de circuler jusqu’au palais », sa construction l’a privé de cette aération.

Selon Afife Batur, diplômée du département d’architecture de l’université technique d’Istanbul et membre de l’ICOMOS, le Conseil International des Monuments et des Sites Historiques, les accusations concernant le manque d’aération sont « très probablement fondées »et la forte odeur d’égouts qui sévit aux alentours du palais viendraient à l’appui de cette thèse. « Ces odeurs sont le signe que le système d’évacuation des eaux usées ne doit pas être conforme ». « Le palais a été construit sur des comblements et ses fondations sont en bois. On peut le comparer à un radeau flottant » ajoute-t-elle en soulignant que ses fondations constituent un modèle unique.

« Les fondations du palais doivent être parfaitement aérées. Sinon il est impossible de contrôler l’humidité. Sans système d’aération, le palais mourra de la même façon que meurent les êtres humains. » L’aération permet aussi de réduire les dégâts que l’iode et le sel marin peuvent provoquer.

Nous avons vendu notre ville pour une poignée de pennies.

« Dolmabahçe est une merveille architecturale, mais juste derrière lui se dresse une cage de pierre » s’insurge-t-elle. « Le Swissotel est une honte. Ces grands groupes ne peuvent pas construire de tels hôtels à proximité de leurs palais dans leur propre pays. Nous sommes une société extrêmement nationaliste. Mais c’est nous qui avons donné de pareilles autorisations. Nous avons vendu notre ville pour une poignée de pennies. Mais de quelle sorte de patriotisme s’agit-il ! »

Can Birdal de l’université Yildiz et Nur Akin de l’université des Beaux Arts estiment incompréhensible que le Swissotel ait pu obtenir un permis de construire.

Toutes les formalités nécessaires à l’obtention du permis de construire ont été approuvées par les autorités de l’époque, assure Yesim Dilmen, la responsable des relations publiques du Swissotel Bosphorus. « L’établissement est contrôlé par les mêmes autorités. Il n’y a rien d’autre à ajouter. »

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Sources

Source : Turkish Daily News , le 28 juin 2008 - Traduction Anne Guezengar pour Turquie Européenne.

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